France Télécom se heurte à la rudesse scandinave
Brève rédigée le 12/06/2008 à 14h55 par Stéphane C.
Après les déclarations de l'ancien PDG de Telenor, Tormod Hermansen, la semaine dernière dans le grand quotidien norvégien Dagens Naeringsliv où celui-ci indiquait que « Telenor et TeliaSonera peuvent donner naissance à un vrai géant des télécoms » et suite aux propos de Mats Odell, ministre suédois de l'industrie, stipulant que l'opérateur suédois pourrait participer à la consolidation du marché « avec un autre » que France Télécom, les rumeurs vont bon train sur la possibilité d'une fusion entre TeliaSonera et Telenor.
Il semble bien que
le rachat de TeliaSonera par France Télécom ne soit pas une mesure qui jouisse d'une grande popularité. Ce sont tout d'abord
les investisseurs qui ont manifesté leur scepticisme à l'annonce d'un tel projet, faisant perdre plus de 7 % à l'action FT (
voir article). A présent, c'est au tour
des opinions publiques scandinaves de se montrer hostiles au projet du groupe français.
Les Echos révèlent en effet dans l'édition du 12 juin 2008 que le quotidien suédois
Svenska Dagbladet publiait récemment un article anti-
France Télécom dans lequel le journaliste proposait de «
quitte à discuter entre Etats, plutôt parler avec Oslo qu'avec Paris ». Il semblerait que
France Télécom ait
une forte image d'entreprise publique et que ce soit là
un des freins à une possible fusion des deux groupes, puisque la Suède n'est pas réfractaire habituellement à céder des entreprises nationales à des groupes étrangers (Absolut dernièrement racheté par Pernod Ricard).
En outre, Elof Isaksson, représentant du personnel au conseil d'administration de TeliaSonera, confiait au journal
Dagens Naeringsliv que l'offre de
France Télécom était «
ridicule » et «
inintéressante » soulignant que la force du groupe suédois résidait dans
sa croissance sur les marchés de l'Est. «
Nous n'avons pas besoin de France Télécom pour cela, mais eux ont besoin de nous » a-t-il déclaré, comme rapporté dans
Les Echos.
Fort de
ce repli nationaliste, Telenor apparaît alors comme
le voisin norvégien ami. Cependant,
une première tentative de fusion avec Telia (qui n'avait pas encore racheté Sonera)
avait échoué en 1999 en
raison notamment de difficultés à s'entendre sur le partage des pouvoirs et la localisation du siège de l'entreprise. Officiellement cependant, Telenor, qui est détenu à
54 % par l'Etat norvégien, n'a pas présenté d'offre mais déclare «
suivre la situation de près », d'après le
Financial Times.
Dans ce contexte particulièrement hostile,
France Télécom tente de convaincre non seulement
du bien-fondé de son offre mais également des dangers que représenterait la fusion entre Telenor et TeliaSonera. C'est notamment l'objet de documents que s'est procuré le
Financial Times et dont il publie des extraits dans son édition du 10 juin 2008.
Selon le groupe français,
la présence redondante des deux groupes scandinaves en Norvège, en Suède et au Danemark et
leurs participations minoritaires dans des grands groupes en Russie et en Ukraine ferait de leur rapprochement une démarche «
extrêmement complexe d'un point de vue réglementaire ».
De plus,
France Télécom rappelle qu'à cause
des lois anti-trust,
de nombreuses cessions d'actifs pourraient être exigées : en effet, dans les marchés où le groupe obtiendrait une position hégémonique, le plus petit des deux opérateurs serait contraint de vendre ses parts. Le groupe de télécommunications français soulève également
la question du volet social d'une telle fusion pronostiquant «
un impact sévère sur les effectifs », argument qui peut trouver un écho dans ces deux pays au taux de chômage très bas.
Enfin, les documents de
France Télécom soulignent
l'aspect politique de l'affaire. Si l'Etat suédois ne détient plus que 37,3 % et l'Etat finlandais 13,7 % du capital de TeliaSonera, l'Etat norvégien lui en revanche détient 54 % de Telenor. Or la loi norvégienne oblige l'Etat
à conserver au minimum 34 % de l'entité qui naîtrait de la fusion. Ainsi, FT met en garde les gouvernements suédois et finlandais contre
le fait de donner au gouvernement norvégien une influence significative dans les affaires du potentiel futur groupe, situation jugée «
hautement incertaine » par le groupe français.
Cependant, en mettant ainsi en exergue
les nombreuses zones géographiques où les deux entreprises scandinaves peuvent espérer opérer
des synergies, même si FT les présente comme potentiellement négatives, le groupe français fait, selon le
Financial Times, apparaître de façon criante ce que les analystes lui reprochent :
le manque de grandes synergies possibles avec TeliaSonera. En effet, seul le marché espagnol offre des perspectives économiques intéressantes à l'éventuelle fusion des deux groupes, du point de vue suédois.
De plus, même si Telenor ne proposait pas une réelle contre-offre de rachat de TeliaSonera, les deux groupes pourraient envisager
une alliance partielle ou le rachat de certains actifs uniquement.
Malgré l'énergie investie par
France Télécom dans la défense de son projet,
le scepticisme des investisseurs et
la méfiance nationaliste des scandinaves à l'égard de l'entreprise française pourraient bien
avoir raison des velléités expansionnistes du groupe en Europe du Nord et en Europe de l'Est.

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