La numérisation de la BNF suscite le débat
Article rédigé le 20/08/2009 à 12h13 par Stéphane Caruana
Avec la rumeur d’un accord entre la BNF et Google, la secrétaire d’Etat à l’économie numérique et le ministre de la Culture se veulent rassurant au sujet de l’exploitation des ouvrages, tout en soulignant l’importance de la numérisation pour l’avenir du livre.
Après l’industrie du cinéma et de la musique, c’est au tour
du monde du livre et de l’édition de se retrouver confronté au tournant technologique que représente le numérique.
La guerre commerciale que se livrent Sony et Amazon autour des ebooks est une des manifestations des nouveaux usages que le numérique peut faire émerger.
Jusqu’à présent, la France est restée en retrait. Les bibliothèques publiques françaises notamment sont
réticentes aux alliances avec les entreprises privées, mais n’ont pas
les moyens de numériser leurs propres fonds.
Seule
la bibliothèque municipale de Lyon s’est illustrée en signant un partenariat avec
Google, qui s’est imposé comme le numéro un de la
numérisation dans le monde.
Or, voilà que le bruit court que la prestigieuse BNF, emblème de la culture du livre à la française, pourrait confier ses ouvrages au géant américain afin que celui-ci les transforme en données numériques.
A peine la rumeur lancée, nos confrères de
Neteco ont obtenu une interview de
Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’Etat en charge de l’économie numérique. Pour celle-ci, il s’agit seulement de discussions entre la
BNF et
Google. Néanmoins,
NKM souligne
la nécessité de recourir à la numérisation des ouvrages, que cela concerne le fonds patrimonial français ou le secteur de l’édition, si l’industrie du livre veut rester dans la course.
Mais
Google fait peur et la secrétaire d’Etat le sait bien, qui pointe
l’existence d’acteurs français de la numérisation auxquels on pourrait avoir recours.
Du côté de la rue de Valois,
Frédéric Mitterrand fait entendre un son de cloche analogue. Il assure être «
un fervent défenseur de la numérisation du patrimoine culturel de l'Etat en raison des potentialités d'accès qu'elle recèle et d'élargissement des publics qu'elle permet ».
Cependant, il rappelle, lui qui sera bientôt confronté
au retour de l’Hadopi à l’Assemblée Nationale, que les solutions employées pour numériser les ouvrages doivent se dérouler «
dans le strict respect des droits d'auteur et s'inscrire pleinement dans la politique de numérisation du patrimoine culturel de l'Etat ». Une manière de dire que, si
Google était choisi, il ne pourrait pas exploiter commercialement les fonds comme bon lui semble.
Bien que la réalité économique impose que
des partenariats public-privé soient conclus au plus vite, la France doit encore se démener avec
ses vieux démons. Les bibliothèques françaises sont-elles prêtes
à rater le train du numérique, en campant fermement sur leurs principes datés ? Il conviendrait plutôt de négocier avec les acteurs privés de la
numérisation tant que ce sont elles qui sont en position de force.
Il n'y a aucun commentaire.