Vers une gouvernance de l'ICANN indépendante ?
Article rédigé le 30/09/2009 à 16h59 par Stéphane Caruana
L'ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers) se dirige-t-elle vers une gouvernance plus ouverte et moins dépendante du gouvernement américain ? C'est ce que semble croire Viviane Reding, commissaire européenne en charge de la Société de l'Information.
En mai dernier,
Viviane Reding, commissaire européenne en charge de la Société de l'Information, faisait le voeu
d'une ICANN totalement privatisée, ne dépendant plus d'aucun gouvernement et de la mise en place d'un «
G12 pour la gouvernance d'Internet », réunissant deux représentants d'Amérique du Nord, d'Amérique du Sud, d'Europe, d'Afrique et trois représentants d'Asie et d'Australie.
Elle exhortait alors
Barack Obama à profiter de la fin de l'accord liant l'
ICANN au Département du commerce américain pour jeter
les bases d'une nouvelle gouvernance de l'Internet, plus libre et multilatérale.
Or, le nouveau document, appelé «
Joint Project Agreement », qui devrait entrée en vigueur le 1er ou le 2 octobre, prévoirait la création de quatre «
review panels » indépendants, que
Viviane Reding (photo ci-contre), interrogée par
le Monde, décrit comme des «
mini-tribunaux ».
Chaque
panel devra veiller au principe du droit et de la gestion équitable dans un champ de compétence défini, qu'il s'agisse de
la concurrence, de
la sécurité des réseaux, de
la gestion des données par les détenteurs des noms de domaine et de
l'intérêt public.
En outre, les membres de ces
panels seront nommés en partie par
la direction de l'ICANN mais également par le
Governmental Advisory Commitee (GAC), composé de représentants des Etats et d'organisations internationales.
Bien que cette ouverture soit inférieure à ce que demandait
Viviane Reding, cette dernière se montre dithyrambique : «
Ce mouvement historique laisse entrevoir un Internet libre de toute intervention politique, et des mesures qui permettent aussi à la société civile ou économique d'avoir un droit de regard ».
Pour la commissaire européenne en charge de la Société de l'Information, il importe de se donner
les moyens de défendre la liberté d'Internet, tout en préservant
l'aspect multiculturel de cet outil : «
L'Internet ne peut pas être seulement anglais, il doit être aussi arabe, bulgare et grec, iranien, chinois ... » a-t-elle déclaré.
C'est pour cela que
Reding aimerait que des ponts soient bâtis, notamment lors du prochain sommet de Charm-el-Cheikh, entre le
GAC et
le forum de la gouvernance de l'Internet (IGF), mis en place par l'ONU.
En effet, avec sa vision occidento-centrée du monde et son américanophilie affichée, l'
ICANN s'est attirée de nombreuses critiques ces dernières années de la part des pays émergents, poussant notamment
la Russie et
la Chine à développer
des solutions techniques alternatives.
Afin que la gouvernance d'Internet ne se retrouve pas démanteler par les intérêts particuliers, il appartient donc à l'
ICANN de changer et de s'adapter aux demandes. Et c'est ce changement nécessaire que
Viviane Reding croit détecter dans le nouveau «
Joint Project Agreement ».
Reste que l'
ICANN est toujours soumise
au droit californien et que
la gestion de la racine d'Internet, dite fonction
IANA, demeure aux mains de la direction de la corporation.
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