Le Troll de la semaine : Jacques Séguéla et Internet
Article rédigé le 24/10/2009 à 00h12 par Charles P.
Même si l'intervention de Jacques Séguéla sur le plateau de « On n'est pas couché » a eu lieu le week end dernier, elle ne pouvait échapper à notre rubrique cette semaine. En effet, le publiciste s'est jeté dans une tirade anti-Internet qui sent bon le troll poilu sorti de sa caverne.
Rien ne laissait présager un tel discours. Interrogé par Laurent Ruquier sur ce que lui inspire l'affaire Julien Dray, également invité de l'émission « On n'est pas couché »,
Jacques Séguéla dévie le débat de prodigieuse façon
avec toute la délicatesse du troll en puissance.
Après la
colère de Finkielkraut face à un « Internet poubelle » et la vision de
Denis Olivennes d'un « tout à l'égout de la démocratie », Jacques Séguéla dégaine à son tour. A la différence des deux autres qui ont lancé une simple pique, le publiciste semble parfaitement familier avec les techniques trollesques de haute voltige pour appuyer son propos.
En effet, Jacques Séguéla va se livrer à une opération de saute-mouton, passant d'un sujet à l'autre pour arriver à une attaque anti-Internet. Maîtrisant parfaitement son discours, Jacques saisit tous les raccourcis et tous les prétextes pour livrer le modèle du troll parfait :
- « Pour moi, Julien Dray est innocent jusqu'à ce qu'il soit coupable. »
L'homme qui se réclame pourtant « inventeur de la pub » semble avoir perdu l'art du slogan au profit de la lapalissade grossière, ingrédient préféré du troll pour son introduction.
- « Il faut se méfier de cette espèce d'excès d'émotion qui nous monte à la gorge. »
De la part d'un homme qui a passé sa carrière à créer de l'émotion pour vendre des produits, cette phrase frise la mauvaise foi, mais le troll en est généralement gourmand.
- « Et il y a un cancer de cette société dont [Julien Dray] est victime. [...] Ce cancer qui s'appelle l'intox. »
A partir du constat précédent, il cherche la cause de cette supposée maladie. Ici le docteur Séguéla pointe du doigt l'intox, qui est, selon la définition couramment admise, « une information destinée à tromper les esprits ». Un peu comme si on disait « Dash lave plus blanc que blanc » ou « Pampers : même mouillées, elles sont sèches » pour inciter des gens à consommer ? Non, absolument pas. Pour Jacques Séguéla, l'intox vient d'ailleurs...
- « Elle est due au Net. Le Net est la plus grande saloperie qu'aient jamais inventée les hommes. C'est Dieu vivant parce que le Net permet à tous les hommes de communiquer avec les autres hommes. En quelques secondes, le Net peut détruire une réputation. »
Toute cette tirade pour en arriver là : Internet est l'ennemi. Affirmation implacable, comme une issue logique du cheminement de pensée « trollo-séguélaïenne » laissant bouche bée les interlocuteurs et poussant Laurent Ruquier, modérateur hyperactif, à fermer le topic.
La technique trollesque est parfaitement huilée : démarrer sur une vérité toute faite, embrayer sur l'avertissement de l'existence d'un problème gênant cette vérité avant de désigner un coupable idéal (au choix suivant ses préférences). Essayez, vous aussi, de mettre en place cette technique pendant vos dîners en famille ou lors de soirées mondaines, l'effet est garanti !
Pour conclure cet article, nous voulions répondre à l'importante question de Pierre Desproges, brillant procureur du
Tribunal des Flagrants Délires :
« Jacques Séguéla est-il un con ? De deux choses l'une : ou bien Jacques Séguéla est un con, et ça m'étonnerait quand même un peu, ou bien Jacques Séguéla n'est pas un con, et ça m'étonnerait quand même beaucoup ! »
Mais nous ne le ferons pas, car nous dépasserions les bornes. Et comme l'a dit si bien Pierre Dac,
« quand les bornes sont franchies, il n’y a plus de limite ».
Source : DegroupNews
dans le genre : "la Pub. est la plus grosse sal... que l'homme ait inventée"
c'est pas mal non ?
« Pampers : même mouillées, elles sont sèches »
signée J. S.
abominable - 24/10/2009 à 10h56
Je vais aussi commencer, à la troll, en assénant une lapalissade indiscutable : ce n'est pas "Dash qui lave plus blanc que blanc", mais . . . une autre marque que les anciens ont eu la malchance d'entendre seriner à longueur de journée sur les ondes.
Si Ségala (que je n'ai jamais supporté que lorsqu'il était pianiste dans un bordel grec) n'est pas le plus à même de dénoncer les accès d'internet, sa carrière dans le domaine le plus mensonger et manipulateur de la communication n'entraîne pas ipso facto qu'il ne dise que des âneries. Tout le monde a le droit au repentir . . . ou à des éclairs de lucidité, au choix.
Il y a une bonne quinzaine d'année, des chercheurs canadiens (le Canada avait alors une nette longueur d'avance sur l'utilisation de la toile à des fins pédagogiques) avançaient qu'internet allait "former des crétins". Je ne voudrais l'affirmer pour ma part, mais je sais déjà, par exemple, à quel point le téléphone mobile a participé à l'avancée culturelle de notre jeunesse : texto et babillages continuels considérés comme communication avec l'autre, ont, en toute modernité, créé un univers, un mode de pensée, une langue, des rites, (j'utilise volontairement des termes qui définissent une civilisation) qui dépasse largement l'outil.
Ségala, dans ses propos, n'a fait que reprendre à son compte une idée autrement mieux développé par Mitterrand - mais tout le monde ne peut avoir le talent oratoire de celui-ci : ". . . des gens que l'on jette en pâture aux chiens . . . ". Et rejoint tout à fait l'accusation directe, sans aucun sens oratoire cette fois-ci, reprise par l'actuelle majorité à l'encontre des médias, en particulier de la télé et du Figaro. Et là aussi (je ne porte aucun jugement), à propos dopinions, accusations, . . . portées à l'encontre d'une personne (Bérégovoy, Dray, Jean Sarkosy).
Liberté de la presse (et des médias) ? A condition que cette presse, ces médias respectent un minimum de déontologie, en particulier en vérifiant ses sources, et un minimum de la véracité des propos. Quon se souvienne de la finesse danalyse, de la recherche de la vérité, de la volonté dun minimum dobjectivité lors des dramatiques accusations portés à Outreau. Quon se souvienne de tous les bidonnages des actualités télévisées. La concurrence à linformation, le scoop nécessaire à laudience conduisent à bien des dérives, jamais à la réflexion
Or, tout média porte en germe, et ce nest pas nouveau, une puissance de résonnance, une capacité damplification qui fait que de la relation de lévènement, on passe à la création de cet événement. La sécurité des personnes na jamais été aussi bonne dans notre pays (ces 50 dernières années, comparées aux siècles qui précèdent), mais le sentiment général est lexact inverse. La relation systématique du moindre fait divers transcende celui-ci. Ce nest plus un fait divers, cest un événement essentiel, « vu à la télé ». Et quimporte si 3 semaines plus tard, il se dégonfle. Aucun média ne le relatera. « Le choc des images, le poids des mots », cest ce qui restera dans linconscient collectif.
Linternet est-il différent. Fondamentalement, non. En niveau, pire.
Jai connu de près, à deux reprises, « des rumeurs », dont la célèbre « rumeur dAmiens ». La seconde, qui mettait en cause un hypermarché (vipère dans un cheval de bois électrifié) na pas été médiatisé. Elle sest vite éteinte, de ce fait. La première, celle dAmiens accusait un commerçant de vêtements de profiter des cabines dessayage pour « faire disparaître » des jeunes filles. Commerçant, mais ce nest quune « coïncidence » de confession hébraïque. Un bon mélange pour attirer toute la presse. Des mois et des mois de rumeurs, amplifiées, déformées, malgré labsurdité. Un commerçant détruit, dans sa vie, dans son métier, . . . La tension a bien sûr fini par retomber. Quelques spécialistes ont disséqués ce quil sétait produit. Peu ont lu. Peu de médias ont relaté alors. Mais, cinq ans plus tard, à loccasion dune conversation ou dune autre, on continuait à entendre des personnes convainques que ce qui avait été vu dans les journaux, à la télé, avait forcément une part importante de vérité.
Les mêmes mécanismes (légendes urbaines fondées sur des peurs et fantasmes collectifs, dénigrement par un concurrent, vengeance dun client déçu) fleurissent chaque jour sur la toile, caisse de résonnance dune ampleur jamais atteinte. Alors quun minimum de prudence simpose aux médias traditionnels, rien nempêche, en quasi impunité, décrire ce que lon veut dans un blog, ou dans tel ou tel forum peu regardant. Et plus cest gros, plus cest « trash », plus cela concerne « une célébrité », mieux cela fonctionne.
Jai cité les mobiles, et leur influence sur lunivers, nouveau, que se créent enfants et adolescents, Leur aîné préfèrent les réseaux sociaux, qui nont de sociaux que le nom. La course « au nombre damis », la révélation de sa vie privée et de celles des autres, photos les plus intimes comprises, nont aucun frein. Peut-on, honnêtement, le souhaiter.
Encore un fois, Ségala nest pas le personnage le plus indiqué pour dénoncer les excès dInternet. Mais est-ce une raison pour refuser toute analyse critique à ce sujet,
Il sagit dun outil. Comme tout outil, il contient en soi le pire comme le meilleur.
On présente le meilleur, très souvent, surtout par ceux qui y ont tout intérêt. Laissons aussi sexprimer, même avec outrance mais cette outrance ne pourra jamais atteindre celle des effets damplification de la toile ceux qui appréhendent les dangers individuels, et aussi collectifs, daujourdhui, et aussi de demain, dun outil qui peut devenir vecteur de toutes les manipulations et désinformations, qui peut devenir le vecteur dune communication de lanonymat, qui peut, et cest le pire, devenir le vecteur dune a-culturation.
@+
JM
www.desphotos.net
ripadessa - 24/10/2009 à 14h02
"je me suis fait violence" pour TOUT lire, CAR ça valait le coup, je suis entièrement d'accord avec toi !!!
abominable - 24/10/2009 à 15h18
et alors ? où est le troll ?
ce n'est pas parce que quelqu'un exprime son opinion sur un sujet "chatouilleux", qu'il a forcément tort, d'autant plus qu'il est facile d'écrire les propos de quelqu'un sans tenir compte de l'intonation et du contexte de ces propos.
bien sur que le net est une saloperie, puisque il permet à tous les "crétins" de s'exprimer sans limite tout en étant écouté par d'autres "crétins".
bien sur que le net N'est PAS une saloperie, puisqu'il permet aux non-crétins de s'exprimer ... etc ...
bien sur que le net est une saloperie ... pour sarko père ... puisqu'il a empêché son fils de s'en foutre plein les poches sans rien branler, (provisoirement, certes !).
bien sur que le net N'est PAS une saloperie ... pour les contribuables ... puisqu'il a empêché sarko fils de s'en foutre plein les poches sans rien branler.
bien sur que le net est une saloperie, puisque les pédos et autres sous-humains peuvent assouvir leur monstruosité.
bien sur que le net N'est PAS une saloperie, puisque ces sous-humains peuvent être repérés sur le web alors qu'ils seraient totalement anonymes et in-repérables sans le web.
etc ...
bref, c'est l'histoire du verre à moitié plein ou à moitié vide et en cela, séguela n'a pas tout à fait tort de dire que le web est une saloperie, ... du moins en partie.
kouilAnski - 24/10/2009 à 16h21
"bref, c'est l'histoire du verre à moitié plein ou à moitié vide et en cela, séguela n'a pas tout à fait tort de dire que le web est une saloperie, ... du moins en partie. "
c'est comme tout : "tout dépend OU l'on se place" ?
abominable - 24/10/2009 à 16h48