Le Troll de la semaine : Eric Walter et la liberté sur Internet
A l'approche de la rentrée, l'activité de l'Hadopi s'accentue sensiblement et la haute autorité revient squatter notre colonne trollesque. L'imminence de l'envoi des premiers mails d'avertissement, qui pourrait avoir cours au mois de septembre, est l'occasion de se familiariser avec la rhétorique d'Eric Walter, secrétaire général d'Hadopi.
Eric Walter a été nommé secrétaire général de l'Hadopi en début d'année. Ce proche de
Nicolas Sarkozy, ancien conseiller des technologies de l’information et de la communication au ministère de l’Intérieur, avait la charge du service Internet de l'UMP durant la campagne présidentielle.
Désormais, il doit assurer «
la mise en œuvre des orientations et la préparation des décisions de la Haute Autorité » sous l'autorité de la présidente,
Marie-Françoise Marais.
C'est à ce titre qu'il a été interrogé par le journal
La Provence, qui profite du mois d'août pour publier
un dossier sur Hadopi, à l'heure même où la question
du coût de l'identification des adresses IP divise les opérateurs.
Face aux résultats d'un récent sondage publié par
20minutes qui révèle que
69 % des Français seraient prêts à renoncer au téléchargement illégal, dans l'hypothèse où ils s'y adonneraient, s'ils risquaient une suspension de connexion Internet et 1 500 euros d'amende,
Eric Walter a déclaré que cela prouvait que «
la majorité des Français a du bon sens et qu'elle n'a pas un comportement volontairement déviant ». Il est toujours de bon ton, lorsqu'on occupe un poste impopulaire, de flatter la population et de la rassurer sur sa présumée « normalité ».
Ainsi, contrairement à
Nathalie Kosciusko-Morizet qui semble avoir abandonné la langue de bois, le secrétaire général de l'Hadopi la manie visiblement avec art.
A la question de
La Provence : «
Avez-vous conscience que les regards du monde de la création sont braqués sur vous et que vous n'avez pas le droit à l'erreur dans votre mission ? »,
Eric Walter commence déjà à dédouaner la haute autorité de ses responsabilités, alors même que celle-ci n'a encore rien fait.
Il souligne tout d'abord que «
les Français sont les premiers à réagir dans ce domaine en menant une expérimentation de grande ampleur ». La riposte graduée, pour laquelle
Christine Albanel s'est battue sans relâche, n'est plus à présent
l'unique solution pour sauver les artistes français que l'on nous a vendu pendant des mois, mais
une simple expérimentation. En clair, l'essentiel est de participer et si cela rate, tant pis.
En outre,
Eric Walter rappelle que l'Hadopi entretient «
un dialogue et une concertation permanente avec le monde de la création ». De cette manière, si «
l'expérimentation » devait échouer, les choix stratégiques de la haute autorité ne pourraient pas être les seuls incriminés.
Enfin, pour rassurer dans les chaumières,
Eric Walter n'hésite pas à faire référence à la notion de liberté, si chère aux cœurs des Français. «
La mise en place de la Haute autorité » (et avec elle
le filtrage du net et
l'instauration d'une présomption de culpabilité) «
peut être considérée comme une chance pour internet et pour la liberté sur Internet » et sans doute pour
la garantie de la paix dans le monde, mais le papier du journaliste de
La Provence ne devait pas être assez long pour le retranscrire.
Dans ce monde idyllique décrit par
Eric Walter, où l'Hadopi est la gardienne des valeurs primordiales, on imagine sans mal les membres du collège de la haute autorité se tenant par la main et entonnant en chœur un émouvant
Heal the World. Après s'être acquittés des droits d'auteur, cela va sans dire.
Aller pas de problème, tu l'aura ton pin's rouge comme RDDV...
dumbo - 16/08/2010 à 07h01