Les pirates du livre numérique passés à la loupe
Le MOTif, observatoire du livre et de l'écrit créé par la région Ile-de-France, a dressé le portrait des cyber-pirates de livres numériques, mettant à jour des paramètres qui n'ont jamais été pris en compte dans l'analyse du téléchargement illégal de musique ou de films.
Grâce au livre numérique, le regard que portent les politiques sur les cyber-pirates pourrait changer. Déjà, nous avions noté avec quelle indulgence
Christine Albanel traitait du téléchargement illégal des livres numériques dans le rapport remis à
François Fillon au mois d'avril.
Par un mouvement qui n'est sans doute pas étranger aux théories sociologiques de
Pierre Bourdieu, le téléchargement illégal de livres numériques semble mériter une étude plus approfondie que le piratage de musique ou de films.
Ainsi, le laboratoire numérique du
MOTif, baptisé
ElabZ, entend dresser le portrait des cyber-pirates du livre : ceux qui téléchargent les fichiers illégaux et ceux qui les mettent à disposition.
Il apparaît tout d'abord que ceux-ci sont âgés
en moyenne de 29 ans, avec «
une nette surreprésentation des étudiants ». On retrouve cependant également des informaticiens, des journalistes, des retraités, des professionnels de la santé et de l'humanitaire, des animateurs ou des personnes sans emploi.
En marge, les auteurs de l'étude soulignent la part non négligeable de malvoyants et de non-voyants parmi les pirates du livre numérique, qui pallient par ce biais
le manque d'offres adaptées à leur handicap.
En outre, contrairement à une idée reçue, les internautes qui s'adonnent au téléchargement illégal d'ouvrages écrits sont de «
gros lecteurs » avec
un nombre médian de 25 livres lus pas an et qui consacrent par ailleurs en moyenne un budget
de 250 à 350 €/an au livre papier (contre 58 €/an et par habitant pour la moyenne nationale).
En s'intéressant à la consommation faite de ces fichiers téléchargés, les membres de ElabZ se sont rendus compte que la plupart n'était consommé
qu'une seule fois, «
dans une logique de bien d'expérience : le téléchargeur ne lit et ne garde que ce dont il a pu évaluer la qualité ». Le PDG des éditions
Penguin Books estime d'ailleurs qu'il n'y a pas de mentalité «
playlist » dans le téléchargement de livres numériques contrairement à ce qui se pratique au niveau de la musique où il est «
cool » de posséder des milliers de titres sur son lecteur MP3.
De plus, le piratage du livre numérique est en grande partie limité
par la difficulté de lire sur un écran d'ordinateur et par les coûts d'impression des ouvrages téléchargés (pratique qui semble restée très marginale).
Parmi les motivations qui poussent les internautes à télécharger illégalement des livres numériques, les auteurs de l'étude relèvent
le tarif de l'offre légale, jugé trop élevé,
la présence de DRM qui empêchent l'interopérabilité et enfin
la rareté de certains ouvrages qui ne sont parfois disponibles légalement ni en format papier ni en format numérique.
Du côté des uploaders, la mise à disposition
d'un contenu rare ou jugé trop cher, une certaine idée du
partage ou parfois même «
la volonté de diffuser des oeuvres jugées imparfaites car mal corrigées ou mal traduites » font office de moteurs à la pratique illégale.
Au final, un renforcement de
l'offre légale en ligne et une meilleure qualité de celle-ci pourrait inciter ces cyber-pirates à abandonner le téléchargement illégal.
Une baisse du coût des livres numériques ou encore la mise en place
de systèmes d'abonnements pourraient également convaincre ces internautes de consommer des
ebooks légalement.
Au lieu de se concentrer sur la répression, l'étude du laboratoire numérique du MOTif prouve que si les pouvoirs publics cherchent
à comprendre le phénomène du téléchargement illégal, ils peuvent en dégager des pistes pour des solutions adaptées.
Source : DegroupNews
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