Pascal Nègre fait le point sur la musique en ligne
Pascal Nègre, dirigeant d'Universal Music France, revient sur la situation de la musique en ligne dans un entretien accordé au Figaro. Le plus fervent supporter de la loi Hadopi estime qu'il faudra cinq ans pour que la majorité du chiffre d'affaires de la maison de disques provienne d'Internet.
Le PDG d'Universal Music France vient de sortir un livre intitulé
Sans Contrefaçon. Entre hommage appuyé à la chanson de Mylène Farmer et allusion au piratage qui constitue un délit de contrefaçon, le titre de l'ouvrage annonce la couleur.
Celui qui a soutenu la loi Hadopi de toutes ses forces s'est fait plus discret depuis que Christine Albanel a quitté la rue de Valois. A l'occasion de la sortie de son livre, il s'exprime dans les colonnes du Figaro à propos de la situation de la musique dans le paysage numérique actuel.
Selon lui, le problème majeur du développement de la musique sur Internet a été la gratuité. Cela aurait empêché de bâtir un modèle économique et seul
Apple serait venu changer la situation :
« nous avions peu d'alliés qui pariaient sur la monétisation de la musique. Les fournisseurs d'accès, eux, ont fait leur communication sur le téléchargement de musique : Wanadoo vend alors quelque chose qui ne lui appartient pas ! Il y a eu un glissement de valeur du contenu vers les télécoms. Ce n'est qu'avec Apple qu'on a eu un modèle. »
Apparemment, sans iTunes, l'industrie musicale aurait été incapable de s'immiscer dans l'économie numérique. En refusant de faire le deuil du CD,
les majors du disque ont en effet manqué l'étape de réflexion qui aurait pu accélérer leur développement sur Internet. Comme la place était vacante, il est normal que les opérateurs ou les acteurs du web se soit engouffrés dans la brèche. Pendant ce temps là,
Universal Music misait sur la Smart Video Card, produit en totale inadéquation avec l'époque.
Concernant les services de streaming gratuit (Deezer, Spotify), Pascal Nègre ne les a jamais portés dans son cœur... Jusqu'à aujourd'hui :
« Le modèle de Deezer - gratuit financé par la publicité - n'est un modèle ni pour eux ni pour nous. En revanche, je crois à l'offre d'abonnement avec Orange. Il y a une relation naturelle entre la création et les tuyaux. »
Rappelons qu'Universal Music est
partenaire de Neuf Music, devenu aujourd'hui
neufbox music, depuis 2007. Le label affirmait être en négociations avec d'autres
FAI lors du lancement de ce service mais rien n'a abouti à ce jour.
Alice a également lancé
Alice Music avec EMI à la fin de l'année 2007. L'idée de l'abonnement à un service conjointement à l'offre d'accès Internet n'est donc pas pas nouvelle.
Pascal Nègre affirme que
« d'ici à cinq ans, la majorité de notre chiffre d'affaires viendra du Net. Mais ce n'est plus notre seul revenu. Il y a aussi le merchandising, l'association aux marques… » Nous pourrions presque prendre cela comme un aveu de la rencontre manquée. Les lecteurs MP3 se sont banalisés il y a plusieurs années, Internet est devenu un hypermarché mondial. Mais, en refusant de croire au potentiel de la toile,
Universal Music s'est privé de la croissance fournie par le réseau des réseaux et devra attendre encore quelques années avant profiter de l'essor de l'économie numérique.
Quand on est patron d'une des plus grosses major du secteur avec pas loin d'1/3 du marché ([wikipédia]), on ne se dédouane pas aussi simplement avec un "ouin, c'est pas moi m'sieur, c'est les autres (qui n'ont rien fait)"! On anticipe, ... ou on se prépare, sinon à mourir, du moins à souffrir!
Allons Monsieur Nègre, vous ne pouviez pas ignorer l'essor qu'allait prendre internet: pourquoi n'avez-vous pas investi internet (au propre et au figuré) comme tout le monde et préparé en avance une offre dématérialisée (et légale) quand il en était encore temps?
Nous n'en serions pas là, et vous non plus...
Thibaud - 05/11/2010 à 11h34