Universal et Deezer ne sont pas loin du divorce
Deezzer entre dans une zone de turbulence. La plateforme de musique en streaming ne parvient pas à se mettre d'accord avec Universal Music pour les deux prochaines années. Depuis six mois elle propose les titres de son catalogue sans contrat. La major du disque reproche à Deezer de vouloir empêcher le développement des sites concurrents à commencer par Spotify. Faute d'accord, Universal pourrait lui interdire son catalogue et mettrait en péril l'introduction en bourse de Deezer.
Le ciel semble s'obscurcir pour Deezer. Menacée par le développement de son principal concurrent Spotify, la plateforme française d'écoute de musique en streaming voit son existence mise en péril par Universal, et ce, juste au moment où elle a réduit de manière drastique son offre gratuite.
Selon le journal Les Echos, Deezer propose, faute de contrat, depuis six mois tous les titres du catalogue d'Universal sans autorisation. En négociations depuis octobre 2010,
les deux entreprises ne sont pas parvenues à s'entendre pour les deux prochaines années.
Universal ne croit pas au streaming
Alors qu'il y a quelques semaines
Pascal Nègre, PDG d'Universal Music France, louait le modèle d'offres payantes de Deezer, il refuse de signer un accord avec le site de musique en streaming français. Pour Universal, le business modèle de Deezer consistant à proposer de la musique en streaming gratuitement et financé par la publicité n'est pas viable.
En 2010, les revenus publicitaires de l'ensemble de ces plateformes (Deezer, Spotify, Jiwa, Wormee...) ont généré
9,8 millions d'euros pour les maisons de disques, les offres payantes 14,6 millions et le téléchargement 47,4 millions. Quant à Deezer, il n'aurait généré que 7 millions d'euros de chiffre d'affaires et n'aurait reversé que 4 millions aux ayants-droit.
Universal fait les yeux doux à Spotify
Ce revirement profite à Spotify. Estimant que l'offre gratuite ne doit servir qu'à découvrir la musique,
Universal préfère le modèle du site suédois Spotify à celui de Deezer. Récemment,
Spotify a limité son offre gratuite à 10 heures d'écoute par mois et à 5 écoutes maximales par morceau. Or Deezer a lui aussi imité Spotify en
réduisant de manière encore plus drastique son offre gratuite puisque sa limitation est de cinq heures par mois.
Ce numéro de charme envers Spotify n'est-il pas plutôt lié à
l'accord avec Facebook ? Le réseau social aux
700 millions de membres devrait intégrer la plateforme suédoise très prochainement et surtout, elle devrait débarquer sur le marché américain. Autre argument en faveur de de Spotify : en Suède, la plateforme compte
700 000 abonnés payants pour une population de 9,2 millions d'habitants.
Enfin, il est aussi utile de rappeler que
Spotify serait sur le point de signer un partenariat avec SFR qui comme
Universal Music est une filiale de Vivendi.
De son côté, Deezer estime que le modèle de Spotify ne tiendra pas. La limite de cinq titres serait atteinte par 30 à 40 % des utilisateurs dès le deuxième mois et 100 % au bout de quatre mois. Mais, même s'il s'octroie 90 % du marché en France, avec
50 000 membres payants, qu'il possède un actionnaire de poids avec
Orange (11 % du capital), et que toutes les autres majors ont signé avec lui, Deezer n'impressionne pas la filiale de Vivendi. «
Deezer, qui a une part de marché de 90 % dans le streaming en France, ne peut pas avoir des règles du jeu différentes de celles s'appliquant aux autres plates-formes de streaming dans le monde » explique Pascal Nègre.
L'absence d'un accord pourrait être fatal au site français. Deezer serait obligé de retirer un des catalogues les plus fournis. La major représente 35 % du marché numérique et produit des artistes comme Justin Bieber, Lady Gaga ou Mylène Farmer.
Enfin, ce désaccord intervient au pire moment pour la plateforme de musique en streaming. A la recherche de fonds pour son développement,
Deezer songe à son introduction en bourse l'an prochain. En cas de perte du catalogue Universal, il n'est pas certain qu'Axel Dauchez, directeur général de Deezer, parvienne à lever les
50 à 200 millions d'euros escomptés pour son développement en Asie et en Amérique du Sud.
A l'image de grandes réussites françaises comme le TGV ou le Rafale, si Deezer ne surmonte pas cette crise, il risque de ne jamais s'exporter.
nicoge74 - 09/06/2011 à 15h42