Le Troll de la semaine : les producteurs de musique et Hadopi
Cette semaine, le Troll relate la chute d'un royaume. Il s'agit d'une fable contant les mésaventures d'un producteur qui, trop occupé à surveiller qu'on ne lui vole pas sa récolte des années passées, en oublie de cultiver ce qui sera sa récolte de demain.
Il était une fois un producteur de musique qui profita de l'explosion du marché du CD pour imposer un fonctionnement de l'industrie musicale. Grâce à
l'arrivée des compacts discs dans les hypermarchés, il avait juste à acheter des espaces publicitaires à la télévision (ou à sponsoriser une musique de l'été) pour vendre des palettes entières de marchandise.
Partisan du moindre effort, il continua à profiter de ce système visant à transformer l'objet culturel en pure source de profit. Entre lambada, soca dance, macarena, Crazy Frog ou René La Taupe, le jackpot était assuré.
Mais voilà qu'un jour, les fidèles acheteurs ont commencé à se détourner de ses produits sans saveur. Pire encore, au lieu de les acquérir légalement, les plus infidèles ont commencé à les voler.
En transformant la musique en usine à prix, le producteur lui en avait enlevé toute sa valeur. Dès lors, le public, se sentant lésé dans l'affaire, a trouvé des moyens détournés de jouir de quelques produits culturels.
Le producteur, plutôt que de remettre en cause le fonctionnement de son royaume, a créé une garde rapprochée chargée de protéger ses intérêts. Ainsi,
l'Hadopi était née appliquant la riposte graduée dans toute la contrée.
Malheureusement, l'effet escompté ne vint pas : le public ne veut plus acheter de CD parce qu'il ne se sert plus de cette vieille technologie pour lire la musique. D'un autre côté, l'offre en ligne des grandes plateformes n'étant pas des plus convaincantes (tarifs élevées, formats de fichier imposés, ergonomie désastreuse...), le public n'a pas jugé cette solution d'un grand intérêt. Les acheteurs de jadis ont tenté de signifier leur insatisfaction en réclamant
des échoppes virtuelles mieux achalandées avec des fichiers plus faciles à utiliser en déclarant qu'ils étaient prêts à payer mais seulement pour une offre de qualité.
Marc Guez, représentant du royaume du producteur (Directeur Général de la
SCPP), dut intervenir. Mais sa mission n'était pas de rassurer les fidèles d'autrefois sur le fait que leur message avait été bien entendu. La parole délivrée fut celle-ci :
« L’exemple de la Corée du Sud, où une version plus musclée de la Hadopi a été mise en place, est significatif. De nombreux contrevenants ont vu leur connexion à Internet coupée. L’effet a été très rapide : la première année, le marché du disque à repris 30 %, et les plates-formes légales de téléchargement ou de streaming ont vu leur chiffre d’affaires doubler. La conclusion est qu’une riposte graduée ferme peut bouleverser les usages et rééquilibrer le marché. »
C'est ainsi que la seule piste évoquée pour obliger les acheteurs à continuer d'acheter fut la menace de renforcer les pouvoirs la garde rapprochée :
les insatisfaits n'ont qu'à se satisfaire de moins. Ceux qui avaient contribué jadis à la fortune du producteur étaient donc traités avec peu d'égard et devaient se contenter de leur sort pour ne pas en connaître un pire.
Mais pire encore, le producteur, dans une folie paranoïaque, ne parlait plus de développement d'offres, de croissance du public mais centrait son discours sur
les moyens de forcer les acheteurs à acheter :
« Nous travaillons [...] sur des logiciels de filtrage qui pourront être installés dans les entreprises ou sur l’ordinateur familial. »
Et le producteur se transforma en policier, ce qui provoqua la colère de la garde rapprochée dont c'est l'activité. L'Hadopi, fâchée de voir qu'on lui pique son métier, crut bon de rappeler que le producteur devait se concentrer sur
« le développement encore plus rapide d’offres légales complètes, financièrement raisonnables, et répondant aux attentes des utilisateurs. »
Malheureusement, plutôt que de consacrer son activité à innover, à concevoir le terrain pour constituer son trésor de demain, le producteur s'enferma dans la surveillance désespérée d'un trésor passé qu'il n'arrivait pas à faire fructifier.
Moralité : Quand le producteur ne produit plus mais joue au policier, les œuvres et le public sont bien mal protégés.
Heureusement, un village d'irréductibles croit à
un système plus juste, plus équitable pour les artistes et le public. Ami lecteur, n'hésite pas à visiter
CD1D.com pour t'en convaincre.
Répression ? Sur les centres et non utilisateurs finaux, P2P vaste hypocrisie dans les termes, toujours des centres dans le piratage du fait de la nécessité de constituer des catalogues. Un peu plus développé ci-dessous :
http://iiscn.wordpress.com/2011/05/15/piratage-hadopi-etc
Aucune offre légale non monopolistique, non pénible pour les utilisateurs, et respectant le caractère privé de leurs bibliothèques (disco, video, sito thèques) ne peut se mettre en place sans ces "tiers de confiance" et "comptes de licences contrats" personnels associés.
Quant à la licence globale, ce serait bien évidemment la pire des solutions :
http://iiscn.wordpress.com/2011/07/03/licence-glob(...)
yt75 - 09/07/2011 à 16h25
kally - 09/07/2011 à 22h32
Il y a les artistes à payer (chanteurs, musiciens), même si ce n'est pas la plus grande part, mais tout les techniciens, les locaux, le matériel qui coûte une fortune, et toute le processus de fabrication et de distribution, bien qu'avec le téléchargement, ces derniers frais sont amoindris.
Il est probable que la part que prennent les producteurs soit excessive, mais sans producteurs et sans argent plus de CD.
Alors certes, il existe quelques perles de musique ayant été fait par des amateurs, avec leurs fonds personnels et du matériel moindre mais suffisant, mais il n'y en a pas des millions.
Enfin bref, je n'ai guère envie de rentrer dans un débat où de toute façon on considérera toujours que j'ai tort, mais j'ai dit ce que j'avais à dire.
sangen48 - 10/07/2011 à 22h10
Le 09 juillet 2011 - 00 h 09, charles.p a écrit :
...le public ne veut plus acheter de CD parce qu'il ne se sert plus de cette vieille technologie pour lire la musique...
Et si on commençait par arrêter cette généralisation, car une grosse partie des gens qui aiment la musique achètent encore des CD ou des Vinyles.
Si on veut que les gens trouve de la valeur et respecte la musique, c'est bien plus facile de le faire avec un objet matériel que dématérialisé.
On fait croire à tout le monde que le CD est ringard, ce qui est totalement faux, et trop de gens tombent dans le panneau.
Pfunk - 11/07/2011 à 12h52
il y a aussi autre chose en lien direct : c'est que voler un mp3 en téléchargeant des torrents sur internet c'est facile, voler un cd en magasin c'est tout de suite beaucoup plus dur, et pourtant le résultat est le même. si vous volez un cd en magasin, vous atterrirez probablement chez les flic, pourquoi n'en serait il pas de même sur internet ?
une citation décrit bien cette état d'esprit : "les gens devront choisir entre le bien et la facilité".
si on suit le raisonnement de bien des gens, alors on va se mettre à voler la bouffe parce qu'après tout c'est indispensable ? n'est-ce pas une raison suffisante ? oh tien ! ma connexion internet rame ! qu'à cela ne tienne : je vais voler 15km de fibres optiques à la sncf, ces fumiers de grévistes l'ont bien mérité, puis je vais me relier directement au backbone.
c'est ironique mais pas tant que ça finalement.
sangen48 - 11/07/2011 à 12h53