« You've been rick-rolled ! » : pour certains, cette expression fleure bon le gag tandis que pour d'autres, elle reste complètement énigmatique. Les branchés de la culture web connaissent certainement le phénomène du rick-rolling. Mais est-ce aussi drôle quand la Maison Blanche tente de s'immiscer dans le jeu sur Twitter avec un bon train de retard ?
Les blagues les plus courtes sont souvent les meilleures. Mais les plus répétitives peuvent l'être également. Et la communauté du web a le don pour capter des perles et en créer des imitations, souvent avec de la surenchère. C'est ainsi que le phénomène dramatic chipmunk, petite vidéo d'un chien de prairie sur une musique tonitruante, s'est vu décliné dans des centaines de versions plus ou moins réussies avec des parodies de Star Wars, de James Bond ou autre.
Internet est en effet une formidable usine à réplication pour tenter de décupler, le plus souvent, le potentiel humoristique de certains événements. Et le phénomène du rick-rolling n'a pas échappé à la règle allant jusqu'à investir la communication de la Maison Blanche.
Revenons aux racines du rick-rolling. Au mois de mai 2007, sur le forum 4chan, un internaute publie un message concernant une vidéo exclusive du jeu GTA IV, le lien censé amener vers la dite vidéo dirige en fait vers le clip « Never gonna give you up » de Rick Astley. Inutile de dire que nombre d'internautes se sont faits rouler, ou « rick-rolled » dans ce cas précis, en cliquant sur le lien et la blague a rapidement pris de l'ampleur.
Le rick-rolling a atteint son apogée hype en 2008 lorsque des membres d'Anonymous ont rick-rollé l'Eglise de Scientologie lors d'une manifestation. Le groupe a tout simplement diffusé et entonné la fameuse chanson devant le siège de l'Eglise, comme on peut le voir sur la vidéo ci-dessous.
Par la suite, le rick-rolling a quitté les sphères confidentielles des geeks et autres mordus du net pour aller vers le grand public. YouTube s'est lui-même rick-rollé en mettant le clip sur sa page d'accueil pour le 1er avril. Et le rick-rolling a ensuite investi les manifestations populaires comme le baseball ou Thanksgiving. A signaler d'ailleurs que Rick Astley a rick-rollé en personne la parade de Thanksgiving de New York en novembre 2008.
Mais on sent que le rick-rolling, en quittant le statut de private joke pour devenir une public joke, perd de sa saveur. Preuve en est la pitoyable tentative de MTV de surfer sur la vague en rick-rollant sa cérémonie de remise de prix devant un public peu convaincu.
Et après deux ans de silence, le rick-rolling renaît de ses cendres grâce à un groupe d'élus de l'Oregon qui glissent des bouts de paroles de la chanson dans chacun de leur discours et en mettant ces interventions bout à bout dans une vidéo. Bref, le buzz repart mais plutôt grâce aux moyens employés qu'à la nature de la blague.
Et justement comment sait-on que tel ou tel événement est dépassé, démodé, éculé et plus drôle du tout ? Quand la sphère politique s'en empare. De même que Lorie ne se remettra certainement jamais de la récupération de la positive attitude par Jean-Pierre Raffarin, le rick-rolling a certainement été enterré quand la Maison Blanche s'en est mêlée.
La noble institution s'est amusée à rick-roller son propre fil Twitter dans un message parlant de la politique fiscale américaine à quelques jours de la renégociation de la dette publique.
Mais apparemment les investisseurs de Wall Street n'ont pas apprécié la blague...