Le rapport Olivennes : un danger pour la culture ?
Rédigé par Charles P.
Verrouiller le système
La commission dirigée par
Denis Olivennes pouvait semer le doute sur son indépendance. Etant patron de la
FNAC, on le voit mal décréter que les initiatives visant à emprunter d'autres voies de distribution que la voie classique sont prometteuses. En effet, les enseignes de distribution et les majors du disque ont installé un système bien rôdé pour empêcher toute perte de profit. Déjà les rachats massifs des labels de musique ont contribué à mettre l'industrie musicale dans une situation alarmante.
Plus de 70 % du marché mondial est uniquement partagé entre 4 majors : EMI, Sony, Warner et Universal (qui représente à elle seule un quart des ventes de disques dans le monde).
Les modes de distribution ont transformé l'objet culturel en produit de consommation de masse : on achète un disque en même temps que ses pâtes au supermarché. Bref tout est réuni pour verrouiller un mode de consommation culturelle sur un schéma de vente bien établi : offre marketée à outrance, matraquage publicitaire, volonté d'un retour sur investissement rapide… Mais quand on s'évertue à vendre un disque ou un film comme un paquet de biscuits, ne participe-t-on pas au déclin du paysage culturel ? A force de vouloir vendre en masse par tous les moyens, l'industrie du disque ne s'est-elle pas prise elle même à son propre piège ?
Tout a été mis en place pour faire du CD un graal intemporel. Mais en bloquant totalement le support, l'économie musicale s'est plongée dans une impasse.
Ce petit disque fête ses 25 ans cette année et aucun successeur probant n'a été trouvé par l'industrie musicale. On peut juste citer les Minidisc, DVD-Audio et SACD qui peinent à prendre leur place. Or, à titre de comparaison, la vidéo a vu pas moins de quatre générations se succéder : VHS, Laserdisc, DVD et maintenant Bluray/HD-DVD.
En figeant un support de cette façon, il est tout à fait normal que son intérêt soit moindre au fil des ans, surtout après deux décennies. Et aucune des majors ne se pose la question de savoir si le CD Audio est encore pertinent à l'heure de la dématérialisation des contenus, surtout quand le mp3 fait son apparition au milieu des années 90. Au lieu de chercher dans cette voie,
la majeure partie de l'industrie musicale va faire comme si le mp3 n'existait pas.
D'ailleurs pour rétablir quelques vérités, il est incorrect de penser qu'une chanson au format mp3 est une copie exacte de sa source sur CD. Le format mp3 impose une perte de qualité sonore qui varie suivant la fréquence d'échantillonnage, de la même façon qu'une copie sur cassette d'un CD n'était pas de qualité égale... Mais personne ne s'est jamais plaint de ces cassettes enregistrées qui circulaient un peu partout.
De plus, le son du CD n'est pas si parfait puisque la richesse son spectre sonore est loin derrière un disque vinyle. Il n'est d'ailleurs pas rare que les rééditions CD d'anciens albums parus en 33 Tours soient de piètre qualité, il faut souvent attendre des éditions remasterisées (retravaillées à partir des bandes originales) pour bénéficier de bonnes conditions d'écoute. Prenons l'exemple de la discographie de
The Cure, tout d'abord disponible en vinyle, puis une première fois en CD (au son abominable pour 25 euros par album), puis en CD remasterisé édition deluxe (encore 27 euros par disque). Au final, on essaie de vous vendre trois fois de suite les mêmes albums mais avec des qualités sonores différentes. Et ceci est le cas pour la grande majorité des disques, tant l'industrie a refusé de s'ouvrir à des supports extérieurs, préférant aligner rééditions sur rééditions.
En refusant de se renouveler, les acteurs du domaine musical ont raté le train de l'Internet, et les Internautes sont aujourd'hui victimes de cette erreur.