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Le rapport Olivennes : un danger pour la culture ?

Rédigé par Charles P.
Sommaire :



Les pistes glissantes du rapport

Alors que la suppression des DRM (verrous limitant l'utilisation des fichiers téléchargés) était une évidence naturelle tant leur concept est absurde, la prise en compte de nouveaux délais pour la VOD (disponibilité simultanée avec l'édition DVD, soit 6 mois après la sortie en salles) est une bonne voie pour le développement d'offres légales plus alléchantes. Mais une piste dangereuse fait son entrée : la création d'une autorité contre le piratage. Là où le bât blesse c'est que cette autorité serait au service de l'industrie du disque, et on peut imaginer les dérapages que cela pourrait créer avec l'instauration de radars par les FAI : un contrôle des flux Internet pour des intérêts privés. Car la grande question est : est-on prêt à céder une part de nos libertés individuelles au nom des bénéfices de l'industrie du disque et du cinéma ?

Le rapport de la commission Olivennes prône une transparence totale des activités des internautes. Certes, mais ces internautes n'ont-ils pas droit en retour à un peu d'honnêteté de la part de l'industrie ? Les ventes de disques chutent, c'est un fait, mais il existe une multitude de facteurs pour expliquer cette baisse :
  • le CD est un format vieillissant qui n'offre plus un grand intérêt, et pour un prix qui n'est plus du tout attractif

  • le DVD a pris une part non négligeable dans les dépenses culturelles

  • le pouvoir d'achat n'a pas augmenté de façon importante alors que la culture et la technologie demandent toujours plus d'investissements (Internet, téléphonie mobile, DVD, jeux vidéo...), le budget se divise donc en conséquence et privilégiant à chaque fois les nouveaux supports

Voilà autant de raisons pouvant justifier la baisse des ventes, en plus du téléchargement. Mais punir les téléchargeurs grâce à un système de filtrage est assurément plus facile à mettre en oeuvre plutôt que de trouver des solutions pour améliorer le pouvoir d'achat.

Sony Ericsson W580i
Il faut d'ailleurs préciser que les labels parlent de « ventes de disques » et non d'une baisse des achats consacrés à la musique. Si le support CD affiche une baisse effective, l'achat de contenu sur mobile (sonneries, chansons...) explose, preuve qu'un nouveau marché se dessine. La dernière preuve en date pourrait être le disque de platine de Bob Sinclar (remis par Pascal Nègre lui-même) pour la vente de son album « Soundz of Freedom » fourni avec un mobile Sony Ericsson à plus de 300 000 exemplaires (source : lesmobiles.com). De même, le CNC (Centre National de la Cinématograhie) constate une baisse de ventes des DVD de 5,2 % entre 2005 et 2006 mais sur la même période le prix d'un DVD à l'unité a augmenté de près de 6 %, passant de 13,80 € à 14,50 €. La hausse de prix est sûrement plus en relation avec la baisse des volumes de vente que le téléchargement illégal.

Barbara Hendricks
Ce système de filtrage, que les différents FAI ont accepté de tester (en échange d'un accord sur la VOD ?), n'est que l'ultime recours d'une industrie qui n'a pas su saisir les différentes opportunités de développement et tente de sauver les derniers remparts de son empire en fin de règne. Les industries du disque et du cinéma sont trop frileuses pour tenter de nouvelles approches en direction du public. Elles s'écartent elles-mêmes de la relation artiste-public, laissant effectivement le champ libre à des alternatives dont elles sont exclues. La dernière initiative en date est celle de Barbara Hendricks qui, s'inspirant de la démarche de Radiohead, laisse à l'auditeur le choix du prix de son album en téléchargement. Il y a fort à parier que ces offres directement de l'artiste vers le public feront des émules dans les années à venir, aussi bien dans le domaine de la musique que du cinéma, rendant obsolètes les activités de Messieurs Olivennes et Nègre.

L'internaute paiera donc pour le manque d'audace de l'industrie culturelle, et il est probable qu'il le paie cher. Entre surveillance, filtrage et autres radars, le rapport Olivennes se concentre sur un internaute présumé coupable de piller les ressources culturelles, alors qu'au contraire, Internet est le meilleur moyen de les faire circuler. Le risque est de transformer l'exception culturelle française en système clos, qui se sclérose, par peur des mutations apportées par les nouvelles technologies.

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