A 10:40 dans Fibre optique

Soisy-sur-Seine, une commune qui a pris en main son destin numérique avec la fibre optique

17
NOV
2014
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Des élus ont compris l’enjeu de la fibre optique et savent faire preuve de ténacité pour raccorder leurs administrés au Très Haut Débit. Après nous être rendus à Nîmes cet été pour visiter son réseau THD, nous nous sommes déplacés à Soisy-sur-Seine. Grâce à leur maire, tous les habitants de cette commune peuvent profiter d’une connexion en 100 Mb/s. Un exemple à suivre. DegroupNews a voulu comprendre comment cette commune est passée de 2 Mb/s à 100 Mb/s en 18 mois !

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Pour tenir ses objectifs de couverture en Très Haut Débit, la France ne pourra pas uniquement compter sur les quatre grands opérateurs de réseaux (Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free). Les réseaux d’initiative publique devraient se multiplier dans les années à venir car ils présentent de nombreux avantages (rapidité du déploiement, rentabilité pour les communes à long terme). En 2012, la Communauté d’Agglomération Seine Essonne (CASE) confie la création et la gestion de son réseau à l’opérateur d’infrastructures Covage. Ainsi la commune de Soisy-sur-Seine, membre de l’agglomération, est parvenue à apporter la fibre à tous ses habitants en 18 mois. Aujourd’hui, déjà plus de 20% d’entre eux ont souscrit à une offre Très Haut Débit. DegroupNews s’est rendu sur place pour comprendre cet exploit. A cette occasion, nous avons rencontré les hommes qui sont derrière ce projet : Jean-Baptiste Rousseau, le maire de Soisy-sur-Seine et Sidney Hue le directeur Covage du réseau SETHD.

 

Un contexte favorable pour basculer sur le tout fibre optique

Située à une demi-heure de Paris dans l’Essonne, Soisy-sur-Seine était une commune particulièrement sinistrée en matière de connexion Internet. La plupart des habitants disposaient, il y a encore deux ans, d’une connexion n’excédant pas 2 Mb/s en ADSL et pour la télévision tous devaient passer par le satellite. En outre, et c’est toujours le cas, Soisy-sur-Seine dispose d’une couverture GSM toujours aussi médiocre. Lors de nos déplacements, nous étions la majeure partie du temps en 2G voire sans réseau quel que soit l’opérateur !

La connexion Internet : un enjeu électoral

Jean-Baptiste Rousseau, maire de Noisy-Sur-SeineFace à la demande de ses administrés (par ailleurs des électeurs), le très énergique maire de Soisy-sur-Seine Jean-Baptiste Rousseau a décidé de prendre à bras le corps le chantier du Très Haut Débit. En effet, c’est au cours de la campagne électorale des élections municipales de 2008 que la question de la connexion Internet s’est invitée dans les débats se transformant en enjeu. Bien qu’étranger à l’univers du numérique et des réseaux, Jean-Baptiste Rousseau a demandé de l’aide au secrétariat à l’économie numérique et à Orange pour une montée en Débit. Pour faire son choix, Jean-Baptiste Rousseau a confié l’étude de son projet à TACTIS, un cabinet de conseil stratégique et d’assistance spécialisé dans l’aménagement du territoire en 2010. L’expert en solutions réseau a donc proposé deux solutions : une montée en débit sur l’ADSL pour 750 000 euros contre un million d’euros pour un basculement sur de la fibre optique. Cette technologie était une évidence.

Soisy-sur-Seine : une taille critique pour une Délégation de Service Public

Pour déployer son réseau, Soisy-sur-Seine a été confrontée à un problème de taille dû à l’étroitesse de son territoire. Ne désarmant pas Jean-Baptiste Rousseau est donc allé à la rencontre des communes environnantes rencontrant les problématiques de connexion. En outre, cette commune a dû faire face à son éligibilité en zone AMII.

Quand la Zone AMII se transforme en zone ennemie

Une Zone AMII (Appel à Manifestation d’Intention d’investissement) est une zone dans laquelle un appel auprès des opérateurs est lancé dans le cadre du programme national « Très Haut Débit ». Lorsqu’un opérateur jette son dévolu sur la zone, il s’engage à déployer une boucle locale en Très Haut Débit dans les cinq ans. Or en étant choisie par un opérateur (pour Soisy c’est SFR qui devait installer la fibre optique), une commune n’a plus le droit  de poser sa fibre, les administrations ne devant pas entrer en concurrence avec les opérateurs privés. Si une commune décide de passer outre, elle ne sera pas éligible aux subventions. A contrario, si l’opérateur ne tient pas ses engagements, aucune sanction n’est prévue. Pour Jean-Baptiste Rousseau, le système des zones AMII est "une manière intelligente de freiner le projet d’aménagement du territoire".

Heureusement, pour Soisy-sur-Seine, le projet avec Covage avait été lancé avant la reconnaissance comme zone AMII. Malgré ce chemin parsemé d’embûches et d’âpres négociations avec les élus des autres communes de la Communauté d’Agglomérations Seine Essonne (Soisy-sur-Seine, Etiolles, Saint-Germain les Corbeil, Corbeil-Essonnes et le Coudray-Montceaux), ces cinq communes lançaient en avril 2012 le réseau SETHD, Seine Essonne Très Haut Débit.

SETHD : un partenariat entre le public et le privé gagnant-gagnant

Ainsi ces cinq communes ont signé une délégation de service public avec Covage pour déployer leur réseau en fibre optique. D’une durée de 25 ans, cette DSP a confié à Covage la pose des équipements sur les 5 communes et l’exploitation du réseau. Au terme de cette échéance, le réseau reviendra aux communes qui pourront décider de confier son exploitation à un autre opérateur ou le faire elle même.

La commercialisation des offres se fait par des opérateurs alternatifs, en attendant l'arrivée ultérieure des opérateurs nationaux. Actuellement trois opérateurs sont présents pour les particuliers (WiBox, Comcable et Knet) et 26 proposent leurs offres aux entreprises.

Covage supporte la majeure partie des coûts

Le 24 septembre 2013, le maire de Soisy-sur-Seine annonçait devant 700 habitants la commercialisation des premières offres THD sur sa commune au 1er novembre 2013. La  première phase qui est achevée a permis de rendre éligibles à la fibre 9200 foyers  mais à terme, Covage s’engage dans une seconde phase à étendre cette éligibilité aux  35 000 logements de la Communauté d’Agglomération Seine Essonne. Pour que cette dernière soit lancée, il faut qu’un opérateur d’envergure nationale s’engage à venir sur le réseau. Il se murmure que cela ne devrait pas tarder…

Le coût total du réseau s’élève à 17,5 millions d’euros dont 7,5 millions ont été consacrés à la première phase. Pour la mener à bien, la CASE a consacré 3,5 millions d’euros de subventions, le reste étant à la charge de Covage. Si le projet dépasse un certain niveau de rentabilité pour Covage, la subvention sera reversée à la communauté d’agglomération.

2 500 logements raccordables en 18 mois

En 18 mois, Covage a donc déployé trois NRO (Noeud de raccordement optique), des points de mutualisation GPON et de la fibre à travers toute la commune. Pour déployer de la fibre optique en si peu de temps, Covage n’a pas hésité à tirer sa fibre en aérien quand cela était nécessaire et possible, lui évitant ainsi de gros travaux de génie civil. En outre la pose de shelters préfabriqués pour les NRO est aussi un énorme gain de temps.

Aujourd’hui, les habitants de Soisy-sur-Seine bénéficient d’une connexion en 100 Mb/s sur de la fibre mutualisée. En revanche, les entreprises bénéficient d’une fibre dédiée permettant de meilleures capacités en bande passante. Avec 20% de  clients raccordés en 12 mois, la pénétration dans les logements de Soisy-sur-Seine n'a rien à envier à celle constatée dans les zones très denses, très prisées par les opérateurs nationaux.

Les premiers connectés essuient les plâtres

Malgré des débits en ADSL très médiocres et la présence de trois opérateurs (WiBox, Knet et Comcable), 80 % des abonnés n’ont pas encore basculé sur une offre fibre optique. Pour Covage, un des freins majeurs est l’absence d’un grand opérateur connu du grand public. Pourtant, en rachetant Citiplay, WiBox propose des offres aux particuliers dignes de celles des grands opérateurs nationaux. Malheureusement, WiBox a été victime des aléas liés à la mise en production industrielle du réseau : délais d’attente de deux mois pour être raccordé (contre deux semaines aujourd’hui), problèmes techniques, problèmes de réception de la télévision.

D’après le témoignage d’un habitant de Soisy-sur-Seine, l’offre de WiBox manque d’informations sur le site de l’opérateur et pour la télévision, l’offre de Canalsat reste bien meilleure à ses yeux. Toutefois, ce dernier n’a pas hésité une seconde à basculer sur la fibre optique tant cette technologie lui a changé son quotidien : accès à la musique en haute définition avec Qobuz, accès à Canalsat à la demande en connectant le Cube Canal+ à Internet et possibilité de stocker des films. Enfin, il a été agréablement surpris par le temps de pose de la fibre dans sa maison (4 heures) et par la discrétion du câble parcourant son domicile.

Concernant les entreprises éligibles, Covage reconnaît rencontrer un problème de pénétration dans les petites entreprises. Les opérateurs envisagent de revoir leurs offres fibre à destination des professionnels. Toutefois certains établissements comme  le foyer de vie de la fondation Serge Dassault n’ont pas hésité à basculer sur une offre fibre pour faire entrer leurs services dans le très haut débit et imaginer de nouveaux services.

Pour avoir la fibre mieux vaut un élu motivé

Les solutions technologiques (fibre optique en aérien), les acteurs (opérateurs d’infrastructures comme Covage), le partenariat entre le public et le privé et les élus de la CASE prouvent que malgré le manque de moyens financiers, c’est surtout la volonté et l’abnégation de certains qui permettront de déployer rapidement la fibre optique. Enfin, apporter la fibre optique est un bon gage de réélection.

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