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Homme confus avec deux téléphones mobilesOrange semble être le grand gagnant de l’arrivée de Free sur le marché du mobile. Avec l’entrée en scène du trublion, SFR et Bouygues Telecom ont été mis en difficulté et leurs investissements devraient en pâtir. D’un autre côté, Free a pris du retard dans le déploiement de son réseau mobile et met la fibre de côté. L’opérateur historique avait-il tout prévu ?

Cela pourrait être une histoire digne de Usual Suspects où le loup n’est pas celui qu’on croit. L’arrivée de Free dans le secteur du mobile a changé la donne dans le secteur mais qui est le véritable gagnant dans l’affaire ? Certains se contenteront de dire « le consommateur ! » vu la baisse des tarifs constatée mais regardons plus loin. A qui profite réellement l’entrée en scène de Free Mobile ? Suivons le fil d’une hypothèse orangée.

SFR et Bouygues Telecom fragilisés

Depuis l’arrivée de Free Mobile, les deux opérateurs accusent le coup. Que ce soit dans la filiale de Vivendi ou dans celle du groupe Bouygues, on a annoncé des plans d’économie. Avec une rentabilité en baisse, les capacités d’investissement de SFR et de Bouygues Telecom sont affaiblies. Les deux opérateurs chercheraient d’ailleurs à mutualiser leurs réseaux mobiles afin d’en réduire les coûts.

Seul Orange semble épargné par le raz-de-marée Free Mobile. Il faut dire que l’opérateur engrange une coquette somme grâce à l’itinérance. Il semble que l’impact de l’entrée d’un quatrième opérateur soit limité chez Orange. Stéphane Richard avait rappelé, lors des auditions à l’Assemblée nationale, que l’opérateur était peu inquiet de l’effet Free Mobile à long terme alors que les dirigeants de SFR et Bouygues Telecom tiraient la sonnette d’alarme.

Il faut également rappeler que, contrairement à ses concurrents, Orange réalise une grande partie de son chiffre d’affaires à l’étranger. La baisse de valeur sur le secteur du mobile dans l’Hexagone a donc des répercussions moins importantes que chez SFR et Bouygues Telecom.

L’arrivée de Free Mobile a donc été plutôt bénéfique pour Orange puisqu’elle a fragilisé ses deux principaux adversaires tout en lui assurant une ressource supplémentaire grâce à l’accord d’itinérance.

Free est-il coincé sur le mobile ?

Le deuxième enjeu d’importance est la façon dont Orange serait apparemment parvenu à tenir Free en captivité. En reliant les différents événement survenus depuis l’attribution de la quatrième licence de téléphonie mobile, plusieurs pistes viennent à l’esprit.

Antenne relais téléphonie mobileTout d’abord, l’opérateur historique parvient à tirer un loyer de l’utilisation de son réseau mobile et gagne sur plusieurs tableaux. En attirant plus d’abonnés que son réseau ne peut en accueillir, Free a été obligé d’augmenter le volume de l’accord d’itinérance pour éviter que le service ne soit trop dégradé. Les déçus de SFR et de Bouygues Telecom partis chez Free Mobile utilisent donc en grande partie le réseau d’Orange.

En réduisant la valeur des forfaits mobiles, Free a également réduit les capacités d’investissements que le secteur pouvait lui apporter. La constitution de son infrastructures mobile pourrait donc être plus problématique que prévu.

Nous apprenons d’ailleurs aujourd’hui que Free aurait du retard dans le déploiement de son réseau mobile. Selon les chiffres révélés par l’ANFR (Agence Nationale des Fréquences), Free Mobile aurait déployé 1 779 sites à la fin de l’année 2012 et serait donc loin de l’objectif de 2 500 sites qu’il s’était fixé pour cette date.

Ce retard n’est pas vraiment préjudiciable pour l’opérateur puisque la prochaine étape officielle de couverture est pour 2015 avec un taux minimal de 75 % de la population requis. Toutefois, l’écart entre le chiffre espéré est celui constaté montre bien que les limites de la marge de manœuvre de Free : il doit investir massivement dans son réseau pour acquérir son indépendance tout en payant l’utilisation du réseau d’Orange alors qu’il a entamé une guerre des prix. La position peut-elle être tenable alors que le rebond s’annonce difficile sur le fixe ?


Orange a-t-il obtenu un recul de Free sur la fibre ?

On se demande également si Free n’a pas obtenu l’accord d’itinérance mobile contre un changement de position sur la fibre optique. En effet, le trublion de l’Internet avait très tôt tenté d’amorcer le virage du très haut débit. Toutefois, les événements ont pris une tournure assez complexe.

Fibre optiqueAprès avoir déployé le FTTH dans plusieurs agglomérations de France (Montpellier, Paris, Valenciennes…), Free s’est désengagé des nombreux immeubles qu’il n’a pu fibrer dans les délais impartis, laissant le champ libre à Orange pour s’en occuper. En outre, Free a signé un accord de co-financement avec l’opérateur historique alors qu’il faisait plutôt cavalier seul sur la fibre.

Autre retournement de situation lors de la plénière du GRACO où Laurent Laganier, directeur de la réglementation et des relations avec les collectivités d’Iliad, a clairement annoncé que le très haut débit n’était pas une priorité : « Nous avons le sentiment que le haut débit à 10 Mb/s est suffisant pour quelques années, voire une décennie. »

Free se transforme-t-il en militant actif de l’utilisation de la boucle locale de l’opérateur historique permettant à ce dernier de conserver une source de revenus pour son réseau de cuivre ? Orange laisserait-il Free avancer sur le mobile en échange d’un recul sur le fixe ? Tout porterait à croire que l’entreprise dirigée par Stéphane Richard a tiré les bonnes ficelles.

Quel enjeu pour Orange ?

L’équation serait simple : Orange aurait compté sur Free pour fragiliser ses deux principaux concurrents tout en négociant savamment avec le trublion. En calmant les ardeurs de Free sur la fibre et en réduisant les capacités d’investissements de SFR et de Bouygues Telecom sur les réseaux de nouvelle génération, l’opérateur historique s’offre le champ libre pour construire une nouvelle boucle locale fibre qu’il pourra ensuite louer aux autres opérateurs pendant plusieurs décennies.

Usual SuspectVoilà quelques hypothèses qui peuvent laisser penser qu’Orange est le Keyser Söze des opérateurs, victime parmi d’autres en surface mais tirant les ficelles dans l’ombre pour mieux asseoir son pouvoir. Mais, comme dans le scénario du film précité, il ne s’agit que d’une seule version de l’histoire.

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