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www2012 : l’ouverture n’est pas l’anarchie !

20
AVR
2012
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Porte ouverteCette quatrième et avant-dernière journée du www2012 fut riche en événements. Attardons-nous sur la conférence de ce matin qui a vu s’exprimer tour à tour Neelie Kroes, Tim Berners-Lee et Gilles Babinet. Le débat a atteint des sommets intenses notamment grâce à une question de Harry Halpin. Revenons sur cette matinée haute en couleurs.

La journée a débuté par une passionnante keynote de Chris Welty à propos de Watson, la machine qui a réussi à battre un champion de Jeopardy. Le chercheur d’IBM a décortiqué les problématiques de l’intelligence artificielle dans la réponse à des questions. Ces thèmes sont assez éloignés de la thématique de DegroupNews donc je ne vais pas m’étendre dessus. Toutefois, si vous avez l’occasion de jeter un coup d’oeil sur la vidéo de la conférence, n’hésitez pas, vos neurones vous remercieront.

Neelie Kroes Internet EuropeConcentrons-nous plutôt sur la keynote de Neelie Kroes, commissaire européenne à la société de l’information et Vice-président de la Commission Européenne, et de la table ronde qui a suivi son intervention. Alors qu’on pouvait s’attendre à un discours très institutionnel, Neelie Kroes a surpris l’assemblée en sortant des menottes et en les attachant à ses poignets. Ces menottes lui ont été envoyées par la Free Software Foundation avec une demande de soutien en faveur de l’ouverture d’Internet. La commissaire a donc expliqué que ces bracelets ne sont pas fermés et qu’on peut se débarrasser de ces menottes numériques.

Son discours s’est partiellement fait l’écho de celui de Tim Berners-Lee. En effet, Neelie Kroes estime que seule une plateforme ouverte et universelle peut apporter de l’innovation, la concurrence et la liberté de choix. La commissaire a ensuite souligné la nécessité de trouver des nouveaux modèles permettant aux créateurs de rendre leur production accessible tout en garantissant une valeur à la création et la juste rémunération qui en découle. Toutefois, Neelie Kroes a une approche plus consensuelle que celle de l’inventeur du web puisqu’elle n’hésite pas à envisager une régulation des connexions au nom de la gestion du trafic, ce qui lui permet de scander « L’ouverture n’est pas l’anarchie » sans trop de risque.

Après ce discours, nous passions à la table ronde. Autour de la commissaire européenne, nous retrouvons donc Tim Berners-Lee et Gilles Babinet, ancien président du CNNum. Ainsi, trois visions s’affrontent : Berners-Lee incarnant l’ouverture totale, Kroes la régulation modérée et Babinet « le bad guy » comme il le définit lui-même. En effet, celui qui était à la tête du Conseil National Numérique il y a quelques jours encore devait travailler sur le dossier Hadopi. Au cours du débat, Tim Berners-Lee ne va pas y aller avec le dos de la cuillère en déclarant qu’Hadopi est une stupidité.

menottesCette table ronde a rapidement dévié de son sujet de base qui était « le web : un droit universel ? » pour aller lorgner du côté des questions liées au copyright et aux libertés. Parmi les déclarations détonantes on peut citer celle de Tim Berners-Lee qui qualifie les PIPA, SOPA et CISPA de « lois infâmes » ou une de Neelie Kroes affirmant : « Vous pensez que les sociétés de copyright protègent les droits des artistes en ligne mais il n’en est rien ! ».

Les trois intervenants prennent position mais une question de l’assemblée va quelque peut perturber le débat. Harry Halpin, membre du W3C et chercheur eu Centre Pompidou, va mettre en lumière une contradiction puisque la Commission Européenne semble militer pour un Internet plus libre mais autorise en même temps les Etats à surveiller les dissidents de certains pays comme la Syrie. Bref, la CE a encore des efforts à faire sur la transparence des actions des Etats concernant Internet.

La table ronde a rempli sa mission première : instaurer un débat, lever le voile sur certaines divergences et certains paradoxes. Et s’il fallait retenir une chose, ce serait la conclusion offerte par l’inégalable Tim Berners-Lee : « Imagine the world that you want, go geek and go do it ! »

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