A 12:14 dans Fibre optique, Normandie, RIP

David Botté (Covage) : « Notre objectif est d’atteindre 3 millions de prises fibre le plus rapidement possible »

7
OCT
2019
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David Botté, directeur de Covage Normandie, revient pour DegroupNews sur le déploiement de la fibre sur le réseau d’initiative publique du Calvados. L’occasion également de faire un point sur les ambitions du groupe au niveau national.

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David Botté, directeur Covage NormandieDegroupNews : 70 000 lignes raccordables de plus en France à fin juin 2019 : les derniers chiffres de déploiement de Covage étaient plutôt bons par rapport aux trimestres précédents. Comment s’explique cette accélération ?

David Botté : Cela s’explique par une structuration et une industrialisation très forte chez Covage, qui tout au long de l’année 2018 a permis de réaliser énormément d’études de conception du réseau, l’étape essentielle et la plus complexe. Le résultat de ces études se traduit aujourd’hui par la matérialisation de prises raccordables. Ce bon trimestre n’est pas une exception, c’est vraiment une tendance pour les trimestres et années à venir pour Covage. Avec toujours l’objectif d’atteindre 3 millions de prises raccordables d’ici 2022.

Les AMEL (Appels à manifestation d'engagements locaux) devaient s’arrêter en juin. Ils semblent finalement en passe d’être pérennisés. De nouvelles opportunités pour Covage ? 

Nous avons déjà été retenus pour les projets AMEL de la Savoie et de la Saône-et-Loire. Des engagements de même nature ont été pris sur la partie de la métropole de Lille où Covage a engagé le déploiement. Les consultations courent encore, et nous sommes en recherche de nouveaux projets. Actuellement, Covage est engagé sur 2,4 millions de prises, et l’objectif est d’atteindre 3 millions de prises le plus rapidement possible.

Entre les RIP et les AMEL, Covage a-t-il une préférence ? On pourrait penser que les AMEL vous offrent un cadre plus "souple".

La souplesse va davantage se retrouver lors de l’exploitation du réseau. Que l’on soit sur de l’investissement propre en AMEL ou sur des RIP, nous travaillons avec des partenaires publics qui sont très vigilants. Dans les deux cas, la puissance de notre engagement est telle que, finalement, la contrainte est similaire. Nous ne faisons aucune différence sur les modalités de déploiement et nous nous fixons les mêmes objectifs.

Il y a quand même une différence en matière de complétude du déploiement…

Nous pourrions être un peu plus souple sur la complétude dans le cadre des AMEL, mais aujourd’hui l’objectif n’est pas de donner des statistiques. Il s'agit avant tout d’aller chercher beaucoup de prises pour assurer la rentabilité de nos engagements. Notre volonté est de déployer le plus de prises possible, dans le délai le plus court possible pour les commercialiser le plus vite possible. Nous n’avons aucun intérêt à jouer sur la statistique, où à se dire "c’est un peu compliqué, on ne va pas y aller".

Les anciens réseaux Tutor réaménagés pour les opérateurs nationaux

L’échéance pour le réseau d’initiative publique déployé par Covage dans le Calvados, c’est également 2022, pour du 100% fibre.

C’est 100% en 2022 en effet, pour un total de 250 000 prises, sans doute un peu plus parce qu’il y a une pression immobilière forte sur le département. Entre ce territoire et Cœur Côte Fleurie (RIP de l’agglomération de Deauville également déployé par Covage, ndlr), nous allons approcher les 300 000 prises sur ce secteur géographique en 2022.

La reprise du réseau Tutor par Covage a été un point bloquant pour le déploiement dans le Calvados. Où en est-on aujourd'hui ?

L’acquisition de l’entreprise et l’intégration des salariés n’ont pas posé de problèmes, mais la construction du réseau telle qu’elle avait été effectuée par Tutor reposait sur une architecture qui n’est pas du tout celle qui répond aux règles de l’art, ni aux besoins des OCEN (opérateurs d’envergure nationale – Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free, ndlr). Cela a nécessité une intervention de grande ampleur, qui commence à produire ses effets. Une première zone ayant bénéficié de cette réingénierie, sur le secteur de Bayeux, accueille désormais plusieurs grands opérateurs – Bouygues, Orange et SFR. Ils commercialisent dès à présent leurs offres sur 10 000 logements.

Cette opération de maintenance à grande échelle sera achevée d’ici 2021. Sur le Calvados, ce sont plus de 90 000 prises qui doivent faire l’objet d’une réingénierie. Ce travail est en cours, il a pris beaucoup de temps à être organisé, les process n’existaient pas. Or nous intervenons sur un réseau activé, avec près de 1 000 entreprises abonnées, pas de coupure de service possible, et aussi des abonnés grand public qui n’auraient pas supporté qu’on leur coupe le réseau pendant plusieurs mois.

L’adaptation des anciens réseaux Tutor concerne d’autres RIP, comment cela se passe sur ces territoires ?

Covage est la seule entreprise actuellement à faire face à cette réingénierie. Cela concerne des réseaux en Ile-de-France, en Savoie et dans le Calvados principalement. C’est un exercice auquel personne n’a été confronté, et cela pourra faire école sur des problématique ultérieures, portant sur des défauts de conception que d’autres concurrents pourraient rencontrer compte tenu des plannings de déploiement actuellement assez serrés. Je pense que nous sommes en train d’acquérir une expérience qui nous servira fortement à l’avenir.

Fibre dans le Calvados : un coup d'accélérateur pour la commercialisation ?

Olivier Collin, vice-président du département en charge de l'aménagement, déplorait il y a encore quelques mois la difficile pénétration de la fibre sur le réseau d’initiative publique du Calvados. L’arrivée des OCEN change-t-elle la donne ?

Oui. Il y a plusieurs phénomènes en jeu. D’abord, Tutor a eu de grosses difficultés à tenir ses engagements sur les plannings de déploiement, ce qui a généré une certaine défiance des Calvadosiens sur la capacité à faire. Ensuite, les OCEN ont une puissance marketing avec laquelle les opérateurs alternatifs ont du mal à rivaliser. Et il y a eu aussi, en parallèle du déploiement du très haut débit, comme dans beaucoup de départements, des initiatives sur l’ADSL qui ont très fortement augmenté les débits, sur des zones blanches qui étaient prioritaires dans nos déploiements. Tout cela a un peu ralenti la commercialisation.

La donne est désormais totalement différente. Les besoins des particuliers et des entreprises vers le THD sont plus marqués. L’arrivée de Covage comme un acteur qui s’inscrit sur la durée, avec un partenariat très fort du département et des réalisations matérielles – nos derniers chiffres de déploiement le prouvent - permet d’instaurer la confiance sur notre volonté de finir et d’être là longtemps. Et enfin avec l’arrivée des OCEN à partir de 2019, pour laisser l’ADSL de côté et privilégier la fibre, font que dans l’esprit des administrés, la fibre n’est plus un avenir mais une réalité immédiate.

Un exemple sur Bayeux : sur les deux mois d’été, qui ne sont pourtant pas les meilleurs pour la commercialisation, SFR, Bouygues et Orange ont pris ensemble des commandes qui couvrent déjà 10% de cette zone, avec une accélération massive des demandes dès la rentrée. Pour ne citer qu’Orange, cela représente 300 commandes en l’espace de trois semaines.

Cela nous incite à la confiance sur les taux de pénétration, d’autant plus que le secteur de Bayeux est une ville déjà très concentrée, avec des équipements ADSL puissants et du VDSL2, et où, malgré tout, il y a de moins en moins de réticence à passer sur la fibre. Le taux de pénétration dans ces zones très urbaines nous laisse présager de bons résultats dans les zones très rurales où la fibre commence à apparaître, et où l’ADSL reste très difficile.

Avez-vous une visibilité quant à l’arrivée des OCEN sur les autres RIP concernés par cette réingénierie ?

Tout à fait, ils souhaitent venir et seront présents dès que ces réseaux auront été réaménagés, dès le début de l’année 2020. Aujourd’hui, il s’agit là aussi d’un process industrialisé au niveau de Covage. Cela nous permet d’avoir la confiance des OCEN comme des opérateurs alternatifs, qui sont aussi des acteurs puissants. C’est une feuille de route que nous entendons dérouler jusqu’en 2022.

Cession de Covage : où est-on ?

Cette intervention a un coût, qui doit supporter les financements supplémentaires pour adapter le réseau ?

Dans le cas d’un réseau d’initiative publique, cela se fait dans un esprit de co-partage. Nous avons racheté Tutor, nous sommes responsables de ce que Tutor a fait, mais les collectivités ont accepté cette ingénierie, voire même, ce sont elles qui l’ont réclamée. Et ce n’est pas une erreur de leur part : à l’époque c’était tout à fait envisageable, puisqu’on parle de réseaux qui ont été initiés en 2010-2011, alors que les règles ont été fixées en 2015. Donc aujourd’hui, chacun doit faire sa part.

Si on prend l’exemple du Calvados, cela a impliqué un investissement public supplémentaire de 37 millions d’euros entre la région et le département. Pas seulement propre à notre réingénierie : il y a eu aussi une accélération du calendrier pour une couverture 100% FttH du Calvados initialement prévue en 2030 et ramenée à 2022. Le solde est pris en charge par Covage, ce qui aboutit à un investissement en propre de 210 millions d’euros de la part de l’entreprise, et de 90 millions de financement public.

Ce sont des montants conséquents. Comment Covage finance-t-il ces opérations de déploiement ?

Nous sommes soutenus par deux fonds, qui sont nos actionnaires à hauteur de 50% chacun, et nous sommes accompagnés par un partenaire bancaire qui finance nos projets. Tous ces financements sont complètement calés pour l’ensemble des projets que nous avons à gérer. Nous avons une confiance assez aisée de nos partenaires financiers et des investisseurs actionnaires, qui sont très fortement mobilisés sur nos projets, ce qui nous permet d’être assez sereins sur l’avenir.

Des informations circulent depuis plusieurs mois quant à la volonté de désengagement de l’un des deux actionnaires de Covage, où en est-on ?

Nous avons un primo-actionnaire (Cube Infrastructure, ndlr) qui était plutôt sur une démarche de court terme, sur un investissement de 7 à 8 ans. Il arrive un peu "en bout de cycle", et à présent nous nous préparons à faire entrer un actionnaire sur le plus long terme. Il y a des fonds spécialisés dans les investissements. Dès lors que la maturité du premier actionnaire arrive à son terme, nous veillons à voir si un nouvel entrant pourrait être intéressé. Nous sommes plutôt dans une posture de "qui sera le meilleur" plutôt que d’aller chercher les investisseurs. Nous retiendrons le plus stable, celui qui correspond à notre secteur d’activité pour assurer le développement de l’entreprise.

Le profil de ce nouvel investisseur serait-il plutôt financier ou industriel ?

 Je ne suis pas en mesure de fournir d’information ou d’opinion plus précise à ce stade. Mais je ne suis pas convaincu que la concentration du secteur soit tout à fait d’actualité. Les autorités de l’Etat pourraient le voir un peu "spécialement"...

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