95% des foyers éligibles à la fibre : qui sont les 5% de Français qui ne le sont pas ?

Par Maxime Blondet publié le 15/06/2026 à 12h13

Si 95 % de la France a la fibre optique, pourquoi 2,3 millions de foyers sont-ils encore de côté ?

95% des foyers éligibles à la fibre : qui sont les 5% de Français qui ne le sont pas (et pourquoi) ?

Alors que le chantier du déploiement de la fibre optique devait s'achever à la fin de l'année 2025, selon l'objectif fixé par l'État et le plan Très Haut Débit, il se poursuit encore et toujours. Mais quand bien même l'objectif n'a pas été attient, les opérateurs ne sont plus très loin du but. 

En effet, selon, les dernières statistiques de l'Arcep, sur les 45,1 millions de locaux présents sur le territoire national, 42,8 millions sont raccordables à la fibre optique, ce qui représente une couverture de 94,9 %. 

Il reste donc 2,3 millions de locaux à rendre raccordables. C'est-à-dire qui ne sont toujours pas éligibles à la fibre optique

Où vivent les oubliés de la fibre ?

Pour le savoir, il suffit de se plonger dans l'open data de l'Arcep. Et on se rend très vite compte qu'il existe encore des communes dans lesquelles le déploiement de la fibre optique... n'a pas encore commencé : 549 très exactement. Parmi elles, 432 se situent dans la seule région Auvergne Rhône-Alpes.

RégionCommunesPart
Auvergne Rhône-Alpes43278,7 %
Occitanie448,0 %
Grand Est417,5 %
Bretagne234,2 %
Corse30,5 %
PACA20,4 %
Bourgogne Franche-Comté20,4 %
Normandie10,2 %
Nouvelle Aquitaine10,2 %

À lui seul, le département du Puy-de-Dôme concentre 29% des communes qui n'ont pas encore la fibre, devant l'Allier (16,2%), la Haute-Loire (14%), le Cantal (11,7%).

Du document de l'Arcep, on peut aussi dégager plusieurs tendances : la quasi totalité de ces communes non fibrées sont situées en zones rurales (96%) et une très large majorité se situent en montagne (70%). À quelques exceptions près  : l'Allier, dans les plaines et le bocage du bourbonnais, la Bretagne avec de nombreuses îles qui ne sont pas encore raccordées à la fibre et le bassin Lorrain.

C'est d'ailleurs dans le bassin sidérurgique lorrain que se trouvent les plus grandes communes où la fibre n'est toujours pas arrivée. Avec pour ne citer que les plus grandes : Amnéville (5446 locaux), Rombas (4923 locaux), Hagondange (4751 locaux), Val de Briey (4403 locaux). 

Néanmoins, ces 549 communes représentent seulement près de 15000 logements. Ce qui veut dire que sur les 2,3 millions de locaux à rendre raccordables, l'écrasante majorité se trouvent dans des communes où le déploiement de la fibre est en cours mais pas encore achevé. Si vous êtes concerné, notre carte des déploiements de la fibre vous permettra de savoir à quelle horizon le Très Haut Débit va arriver.

Et vous allez voir que les raisons pour lesquelles il reste 2,3 millions de locaux à rendre raccordables sont très diverses.

Déploiement de la fibre : pourquoi ça coince pour 2,3 millions de locaux ?

Le déploiement de la fibre, c'est un comme le Tour de France : les coureurs avalent 80% des kilomètres dans la plaine, à toute vitesse. Et les 20% restants se parcourent en haute montagne, là où chaque mètre gagné demande un effort surhumain. 

Pour la fibre optique, c'est un peu pareil : on est entré dans la phase des raccordements complexes, là où la rentabilité commerciale se heurte à la réalité du terrain. Voici les trois grandes raisons pour lesquelles ça bloque encore.

Le coût exorbitant des "raccordements longs" en zone rurale

C'est le problème numéro un. En pleine campagne ou en zone de moyenne montagne, certaines habitations, des fermes ou des maisons isolées, se situent à plusieurs centaines de mètres, voire à plus d'un kilomètre, du point de raccordement le plus proche.

  • Le problème : pour amener la fibre jusqu'à ces maisons, il faut parfois poser des dizaines de nouveaux poteaux ou creuser de longues tranchées.
  • Le chiffre qui coince : alors qu'un raccordement classique en ville coûte quelques centaines d'euros à l'opérateur, un raccordement complexe en zone isolée peut grimper à plus de 5000€ pour une seule maison. Les opérateurs et les collectivités locales se renvoient souvent la balle pour savoir qui doit payer la facture.

Le casse-tête des infrastructures saturées ou endommagées

Pour déployer la fibre, les opérateurs ne creusent pas de nouvelles routes partout : ils utilisent le réseau existant. Soit ils passent par les fourreaux souterrains d'Orange, soit ils utilisent les poteaux électriques ou téléphoniques, en aérien. Ce qui pose parfois des problèmes.

  • Les fourreaux bouchés : parfois, les gaines souterraines sont écrasées par le temps, bouchées par de la terre ou saturées par d'autres câbles. Et il est impossible d'y passer la fibre sans de lourds travaux de génie civil.
  • La solidité des poteaux : avant de poser une ligne de fibre aérienne, l'opérateur doit faire une étude de charge. Si le poteau en bois ou en béton est jugé trop fragile ou trop vieux, il est interdit d'y toucher tant qu'il n'a pas été remplacé. Or, remplacer un poteau demande des autorisations administratives et des mois d'attente.

Les blocages juridiques et administratifs (même en ville !)

On s'imagine souvent que les 5 % restants sont tous au fond des bois, mais c'est faux. Des milliers de foyers en plein centre-ville sont privés de fibre à cause de blocages administratifs.

  • Les refus des syndics de copropriété : dans certains immeubles, l'accord pour installer la fibre doit être voté en assemblée générale. Si le vote est repoussé, si le syndic traîne à signer la convention avec l'opérateur d'infrastructure, ou s'il y a un désaccord esthétique sur le passage des câbles dans les parties communes, tout l'immeuble reste bloqué.
  • Les autorisations de voirie et les sites classés : si la fibre doit traverser un monument historique, une zone protégée ou le terrain d'un voisin récalcitrant, avec une servitude de passage, l'opérateur se retrouve face à un mur juridique qui peut figer la situation pendant des mois.

Ces 5 % ne sont pas de la mauvaise volonté pure des opérateurs, c'est le point de friction où la géographie, l'état des vieilles infrastructures françaises et la bureaucratie administrative se rencontrent.

C'est ce que l'Arcep et le gouvernement appellent le chantier de la complétude, et c'est de loin le plus difficile !

Maxime Blondet

Maxime Blondet

Responsable éditorial DegroupTest

Curieux et polyvalent, j’ai fait mes armes en presse écrite, en radio et à la télévision avant de plonger dans la rédaction web. Du fait divers aux grands enjeux de société, en passant par le divertissement, j’ai exploré des thématiques très variées. Depuis 2019, j’ai rejoint DegroupTest pour décrypter l’univers des télécommunications, un secteur en constante évolution que je prends toujours autant de plaisir à explorer.

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