Orange/Bouygues Telecom : retour sur un échec

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AVR
2016
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Finalement il n’aura pas fallu attendre la fin du week-end pour connaître la couleur de la fumée à propos de la fusion Orange/Bouygues Telecom. Non habemus fusion operator. Les conseils d’administration ont sorti la fumée noire et décidé d’arrêter les négociations. Le marché français des télécoms restera pour un moment à 4 opérateurs.

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Alors que la plupart des journalistes et les analystes boursiers s'enthousiasmaient à propos de l'éventuelle fusion entre Orange et Bouygues Telecom, la croyant acquise, ils ont vite déchanté vendredi soir peu après 19h. Coup sur coup sont tombés les communiqués de presse des groupes Orange et Bouygues qui ont décidé de mettre fin à leurs discussions en vue d'un rapprochement.

Orange/Bouygues Telecom : retour sur un échec

Trop de monde autour de la table

Les raisons de l'échec des négociations sont multiples. Comme il a été dit, les négociations à 4, voire 5 avec l’État, rendent les discussions bien compliquées.

Selon le communiqué de presse de Bouygues, le conseil d'administration a pris en compte quatre critères pour prendre sa décision :

  • les garanties sociales et d'emplois des salariés
  • le niveau de participation du groupe dans l'actionnariat d'Orange
  • le risque d'échec devant l'Autorité de la concurrence
  • la valeur de l'entreprise Bouygues Telecom

Sur l'ensemble de ces points, les administrateurs n'ont pas été satisfaits. Si l'on regarde de plus près, on comprend que l’État a pu faire obstacle et que les négociations entre les quatre opérateurs étaient loin d'être bouclées.

L’État empêche Bouygues de prendre le contrôle d'Orange

Tout d'abord, l’État a posé des conditions importantes à l'entrée du groupe Bouygues dans l'actionnariat d'Orange souhaitant rester l'actionnaire principal. Ainsi, il était interdit au groupe de BTP de monter au capital pendant 7  ans et d'exercer le droit de votes doubles pendant 10 ans, cantonnant alors Bouygues à demeurer un actionnaire minoritaire sur le long terme. Pourtant, la stratégie initiale était de prendre, petit à petit, le contrôle de ce géant mondial des télécoms.

Des actions Orange trop élevées et Bouygues Telecom pas assez valorisé

Le prix des actions Orange trop élevées et la valorisation de Bouygues Telecom trop basse semblent avoir eu raison de la motivation de Martin Bouygues.

Xavier Niel trop exigeant ?

Dans une interview donnée au Figaro, ce dernier, précise également que « si nous étions quatre à la table des négociations, nous n’étions que trois à vouloir aboutir. Manifestement, l’un des protagonistes nourrissait l’ambition d’avoir le maximum en payant le minimum, tout en gardant la possibilité de se retirer ». Comprendre : Xavier Niel, le patron d'Iliad/Free.

Une hypothèse crédible quand on se rappelle des propos de Stéphane Richard à propos de Xavier Niel lors du Show Hello début mars : « C’est une constante chez lui. De temps en temps, il faut lui dire, mon cher Xavier, tu ne peux pas avoir le beurre, l’argent du beurre et la crémière ! ».

La fin de la consolidation en France ?

C'est en tout cas la quatrième opération de consolidation des télécoms qui échoue et ce pourrait être bien la dernière. Selon le groupe Bouygues, « l’hypothèse d’une consolidation devient désormais durablement exclue ». Il y a en effet peu de chances pour ce qu'il se passe quelque chose ces prochains mois, de surcroît à l'approche de l'élection présidentielle.

Les prix trop bas pour l'investissement

Pour autant, l'état actuel de ce marché à 4 opérateurs inquiète Sébastien Soriano, le président de l'ARCEP. Pour lui le marché est viable, « si les opérateurs gardent leurs nerfs et évitent de partir dans des guerres de promotion inconsidérée ». Référence aux diverses promotions à 4€ lancées à Noël 2015 et ces dernières semaines.

L'industrie des télécoms demande des investissements importants dans les réseaux fixes et mobiles. Le gouvernement a pour ambition de fibrer entièrement la France d'ici à 2020-2025. Le pays est en retard, se classant seulement 44e en matière des débits dans le monde. Une aberration pour la cinquième puissance économique mondiale.

Bouygues Telecom peut continuer seul

Martin Bouygues précise également que Bouygues Telecom n'est pas acculé, « que cette opération n'était pas vitale pour l'entreprise » et « qu'elle est viable dans un marché à quatre ». Le groupe Bouygues va soutenir coûte que coûte sa filiale dans ses investissements et notamment dans la 4G et dans la fibre. La mutualisation des réseaux mobiles avec SFR devraient l'y aider.

Fin de la guerre des prix ?

En revanche, la guerre des prix semble terminée. Pour faire fasse aux investissements, les opérateurs vont probablement stopper les fortes promotions ou du moins, en réduire la fréquence.

Rien ne change pour Orange

Au final, la consolidation n'était objectivement pas nécessaire à Orange. L'opérateur a été leader en 2015 sur les recrutements mobiles avec près de 50% de parts de marché. Ainsi que sur le fixe avec 40% de part de marché. Il investit massivement dans la 4G et la fibre optique où il vient de dépasser le million de clients.

Free rate une occasion

Free a communiqué vendredi soir, après Orange et Bouygues. Il réaffirme ses objectifs de déploiement dans le mobile et le fixe : 1 500 sites 4G d'ici à la fin de l'année pour une couverture proche de 75% et 9 millions de prises fibre optique d'ici à 2018.

Free était l'autre opérateur qui avait le plus besoin de la consolidation pour lui permettre de compléter son modeste portefeuille de fréquences et d'acquérir un réseau mobile national clefs en main.

SFR échoue encore à faire disparaître un concurrent

Enfin SFR n'a pas officiellement réagit à l'annonce. Lui aussi avait un intérêt à la consolidation. En 2015, l'opérateur au carré rouge a perdu 1,2 million de clients et sa dette s'est creusée pour atteindre 14,4 milliards d'euros. La disparition d'un concurrent aurait permis d'arrêter la guerre des prix. D'autant que SFR vient d'annoncer une augmentation de 2€ sur ses offres fixes.

Un bienfait pour les consommateurs ?

Le fait de rester à quatre opérateurs devrait permettre de maintenir des prix bas, ce qui n'était pas garanti avec la disparition de l'un des agitateurs du marché, notamment dans le fixe.

Un échec qui ne remet pas en cause les investissements

Les investissements quant à eux ne devraient pas autant souffrir que ce que les Cassandre annoncent. Les opérateurs ont des obligations de déploiement à respecter, notamment sur le mobile. Pour le fixe, Orange a trouvé un relais de croissance dans le déploiement de la fibre optique et ne devrait pas s'arrêter. Enfin, l'ARCEP aidera certainement les plus petits opérateurs comme Bouygues Telecom et Free à participer à ce déploiement.

La bourse chahutée

Prenant cette fusion pour acquise, les analystes de bourses ne s'attendaient pas à une telle issue. Du coup, c'est la douche froide sur les différents titres télécoms ce matin.

A l'heure où nous écrivons cette article, Orange perd 5%, Bouygues 14,8%, Iliad (maison-mère de Free) 14% et SFR 15%.

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