A 12:52 dans Culture

Les Huit Salopards, le come-back risqué de Tarantino

18
JAN
2016
Partager cette actu sur :

Chef-d’œuvre pour certains, film de trop pour d’autres, Les Huit Salopards divise la critique depuis sa sortie en salles. L’occasion de donner notre avis sur le nouveau-né de Tarantino et son casting de luxe. Alors, classique du ciné ou western médiocre ?

FacebookTwitter

les_8_salopards

Trois ans après Django Unchained, Quentin Tarantino fait son come-back dans les salles obscures. Cette fois, le vilain petit canard du cinéma nous emmène dans l’hiver glacé du Wyoming, au cœur de l’Ouest américain. Un univers qu’il voulait revisiter depuis un moment, fort de sa passion pour le western et de ses connaissances en la matière. Pour ne rien gâcher, l’ami Quentin s’est offert les services d’Ennio Morricone pour poser sa patte sur la bande originale. Bref, des experts du genre aux commandes d’un film qu’on attendait avec impatience. Au programme : monts enneigés, manteaux de fourrure et parties de flingues. Forcément.

Peu après la guerre de Sécession, une diligence rouge vif brave le blizzard en direction de Red Rock. À son bord, le chasseur de primes John Ruth et sa prisonnière Daisy Domergue, condamnée à la potence pour un énième meurtre. Sur la route, les deux salopards sont ralentis par l’appel à l’aide du major Marquis Warren, ancien officier de la guerre civile. Ce dernier prend place à leurs côtés avant d’être rejoint par Chris Mannix, promu shérif de Red Rock et perdu dans la poudreuse. Face aux caprices de la météo, les quatre gaillards font halte dans un gîte déjà occupé. Ils y retrouvent le cow-boy Joe Gage, l’ancien général Sanford Smithers, le bourreau Oswaldo Mobray et le Mexicain Bob, responsable du relais en l’absence de la propriétaire.

Que les hostilités commencent

Coincés par le blizzard, les huit mercenaires comprennent qu’ils vont devoir cohabiter. Problème : la confiance ne règne pas et l’atmosphère devient vite pesante. Sur le modèle de Reservoir Dogs, le huis-clos vire au règlement de comptes. L’impitoyable John Ruth en est certain : l’un d’entre eux ment sur son identité. Le gîte se transforme en traquenard dont on devine rapidement l’issue sanglante.

Côté scénario, le film est scindé en deux parties. La première laisse place aux envolées lyriques dont Tarantino a le secret, jouant avec les références géopolitiques et sociales. Le réalisateur nous plonge dans l’Amérique post-Sécession, fragilisée par les guerres meurtrières et les conflits raciaux. Dans ce cadre, difficile de garder patience si l’on n’apprécie pas les talents d’écriture de QT. Les dialogues traînent en longueur mais restent le fruit d’un travail exceptionnel de remise en contexte. À ce niveau, Tarantino fait encore très fort.

Dans une deuxième partie, la philosophie laisse place à l’action. Un événement vient bouleverser la monotonie et offre un second souffle au film. Une tout autre tournure emmenée par l’arrivée d’une voix-off, à la fois surprenante et bien placée. Cet entracte rompt l’ambiance intimiste, clôture le portrait des personnages et nous transporte brutalement vers l’affrontement. Loin d’être amicale, la relation entre les protagonistes va se détériorer au fil des révélations de chacun. Forcés d’en découdre, les huit salopards en ont fini avec les amabilités.

les_8_salopards2

Un casting sur-mesure

Dans ce western très confidentiel, Tarantino fait la part belle aux personnages. Comme à son habitude, il les façonne avec soin et tire le meilleur de ses acteurs. Fidèle parmi les fidèles, Samuel L. Jackson fait sa cinquième apparition dans un film de QT. Et certainement sa meilleure dans le rôle d’un Marquis Warren aux commandes de la partie. Le major fait preuve d’un charisme à toute épreuve et mène la danse avec brio. À ses côtés, Kurt Russell démontre l’étendue de son talent en impitoyable chasseur de primes et confirme sa performance de psychopathe dans Boulevard de la mort. On retrouve également Tim Roth et Michael Madsen, révélés dans Reservoir Dogs et amis de longue date.

De son côté, Jennifer Jason Leigh incarne une Daisy Domergue détraquée mais diablement maline. Pour son premier rôle dans l’univers Tarantino, l’actrice californienne joue avec nos nerfs et ceux de ses compagnons. À la fois délicate et enragée, Daisy retarde sans cesse l’échéance sur ses véritables intentions. Pendant plus de deux heures, le mystère pèse sur cette criminelle aussi discrète que fantasque. Un double jeu qui lui vaut une mention spéciale dans cet environnement masculin et rompu aux joutes du western.

Tarantino fait du Tarantino

Pour le reste, Les Huit Salopards rejoint la caste des films marqués du sceau de Tarantino. Si la bande-son judicieuse et les décors atypiques sont à saluer, c’est sur les plans et son obsession du cadrage que le film porte définitivement son empreinte. Jusqu’au moindre détail et cette traînée de neige qui se glisse à travers la porte en bois, Quentin Tarantino pousse l’esthétisme toujours plus loin et propose des images superbes. Sans oublier son pêché mignon pour les chapitres, réhabilitant chaque fois son côté anti-conformiste.

Bref, tout y passe pour reconnaître sa patte. Sans vous spoiler, on peut également annoncer que le sang est au rendez-vous. Les conversations sur le sens de la vie prennent une place majeure mais sont vite rattrapées par l’ego des uns et des autres, sagement équipés d’un flingue et d’une soif de vengeance qui apparaît tôt ou tard. Comme tout Tarantino qui se respecte, les longues tirades ne servent que d’apéritif. Pour le plat de résistance, attendez la première salve et dégustez le reste.

FacebookTwitter

Articles en relation

comments powered by Disqus