A 11:38 dans Dossier, Dossier, Formats

Mehdi, 21 ans, auto-entrepreneur et opérateur télécom

19
DEC
2014
Partager cette actu sur :

 Mehdi Bouteiller, 21 ans, a pris en main le destin numérique de sa commune située en zone blanche en devenant opérateur.

FacebookTwitterGoogle+

La fibre optique se déploie à un bon rythme en France et chaque semaine, de nouvelles communes deviennent éligibles au très haut débit. Toutefois, il existe encore de nombreuses zones blanches en France privées d’Internet. C’est notamment le cas de l’Hérault, département dans lequel plusieurs communes avoisinant Montpellier ne disposent pas d’un débit suffisant pour profiter des multiples usages (streaming, SVOD, domotique) qu’offre aujourd’hui Internet.

Heureusement, des entrepreneurs débrouillards et motivés forcent le destin en apportant eux-mêmes le haut débit à leurs voisins, à l’instar de Mehdi Bouteiller, un jeune auto-entrepreneur devenu opérateur pour connecter sa région.

mehdi bouteiller

En avril dernier, l’Autorité de Régulation des Communications Electroniques et des Postes (ARCEP) donnait à Mehdi Bouteiller le statut officiel d’opérateur. A seulement 21 ans, ce jeune entrepreneur dépité par l’absence de haut débit à Dio-et-Valquières s’était en effet lancé le défi de connecter sa commune par ses propres moyens. DegroupNews l’a rencontré.  

Un parcours atypique

Avant de devenir opérateur, Mehdi Bouteiller a touché à plusieurs domaines. Il arrête l'école le jour de ses 16 ans pour poursuivre des études dans l’électronique et la sonorisation. Quelques mois plus tard, le jeune entrepreneur s’engage dans la Marine Nationale qu’il quitte un an après pour s’occuper de chevaux dans un centre équestre.

En 2012, doté du statut d’auto-entrepreneur, il se lance dans la pose de câblage réseau et dans l'installation de kits radios en tant que prestataire de Blue Networks Technologies, un petit opérateur de Montpellier. Epris de liberté, il décide d’aller plus loin en exploitant lui-même son réseau télécom : en avril dernier, l'ARCEP valide sa demande : il devient officiellement opérateur, au même titre qu’Orange ou Bouygues Telecom.

Une vocation présente depuis l'enfance

Ce n'est pas par hasard que Mehdi s'est tourné vers ce domaine. Le jeune homme est en effet passionné depuis son plus jeune âge par les télécommunications. Enfant, il interceptait les conversations des avions de ligne avec son grand-père à l'aide de "scanner" et d'antennes directives. Il fabriquait également des petites stations d'émission FM, toujours à l'aide d'antennes directives. Passionné par le monde de l'émission radio, il demandait régulièrement à son grand-père de l'emmener voir de près les grandes stations TDF (Télédiffusion de France). "J'ai commencé à m'intéresser aux télécommunications grâce aux sondes Voyager 1 et Voyager 2 parties au fin fond du système solaire dans les années 1970. Aujourd'hui, à des milliards de kilomètres, les liaisons sont encore actives et c'est fascinant !" explique-t-il.

Le haut débit participatif : une initiative à but non lucratif

Pour commencer, Mehdi Bouteiller a mis en place un réseau haut débit participatif. Pour ce faire, il a fait preuve de débrouillardise en dénichant un pylône sur Le Bon Coin vendu par un radioamateur. Il l’a ensuite installé en hauteur, dans le Domaine de la Garenne, et l'a connecté électriquement au réseau de la propriété. Une alimentation de secours prend en charge l'alimentation du pylône pendant 3 heures en cas de ruptures EDF.

mehdi-bouteiller-pylone

Sur ce pylône de 20 mètres de haut est placé un émetteur relié par voie radio au réseau public départemental Num’Hér@ult mis en place par le délégataire Covage. Cela permet aux habitants résidant dans un périmètre de 20 km de profiter d’une connexion symétrique de 6 Mb/s au lieu de 2 Mb/s par le passé.

rocket domaine de la garenne - mehdi bouteiller

Mhz Bouteiller Connect’ : 56 abonnés en quelques mois

A l’heure actuelle, 56 foyers profitent du haut débit grâce à l’initiative de Mehdi Bouteiller pour seulement 10€/mois. D’ici un mois, il remplacera ce pylône par un autre (lui aussi acheté à un particulier !) qui supportera plus d’antennes et donc desservira plus d’abonnés.

dio-valquieres-bederieux

Pour devenir l’opérateur Mhz Bouteiller Connect’, Mehdi a dû faire preuve d’abnégation devant les lenteurs administratives et les divers conflits d’intérêt. Malgré tous ces obstacles, il n’en garde pas moins le sourire et ne se décourage pas. Il a d’ailleurs des projets plein la tête pour apporter le haut voire le très haut débit à tous.

mbouteiller-prullier

Notre opérateur en herbe souhaite en effet compléter son offre avec la boucle locale radio qu’il a créée en collaboration avec son partenaire initial, Blue Networks Technologies. Pour ce faire, il prévoit d'implanter un pylône sur le Pic du Tantajo. Le but de l’opération : desservir les abonnés non éligibles au réseau départemental de Num’Hér@ult. Il songe également à se lancer dans le très haut débit en utilisant le réseau fibre optique de Num’Hér@ult dès 2015.

Les abonnés au cœur des préoccupations

Pour Mehdi Bouteiller et son partenaire Blue Networks, une seule priorité compte : la satisfaction de leurs clients. « Chez nous, on appelle les clients par leurs noms et pas par un numéro » explique Pascal Rullier, le président de Blue Networks. Fier d’apporter un service de proximité à ses abonnés, il mise beaucoup sur la relation avec le client. D’ailleurs, les coupures Internet que subissent ses abonnés sont automatiquement décomptées du prix de l’abonnement sans que les clients aient à réclamer quoi que ce soit : « Les gens payent pour un service, si ce service n’est pas totalement rendu, ils n’ont pas à payer ». Une philosophie dont les grands opérateurs pourraient s’inspirer…

Une solution palliative pour réduire la fracture numérique

La technologie radio utilisée par Blue Networks Technologies a donc de nombreux avantages : son déploiement est rapide, elle offre une couverture de 10 km de périmètre autour des relais et permet des débits allant jusqu’à 30 Mb/s. En outre, il s’agit d’une technologie symétrique : le débit montant est donc égal au débit descendant, ce qui est un véritable atout notamment pour les entreprises qui souhaiteraient s’implanter dans la région.

Toutefois, pour Mehdi Bouteiller comme pour Blue Networks Technologies, la technologie radio est une solution alternative « en attendant mieux ». Quoi qu’il en soit, ces petits opérateurs attachés à leurs clients et à leur région permettent aujourd’hui à de nombreux foyers de sortir de l’isolement numérique en attendant que les grands opérateurs raccordent enfin ces logements au très haut débit.

Le projet ambitieux de Mehdi Bouteiller prouve que la fracture numérique n’est pas une fatalité et que de simples citoyens armés de bonne volonté peuvent prendre leur destin en main.

FacebookTwitterGoogle+

Articles en relation

comments powered by Disqus