A 13:52 dans Occitanie

Reportage : voyage à Nîmes-Métropole, pays de la fibre optique pour les entreprises

3
JUIL
2014
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Nîmes réseau GeckoToutes les agglomérations, toutes les collectivités veulent la fibre optique. Toutefois, certains élus doutent encore de son utilité et beaucoup ignorent qu’il existe de multiples façons de déployer un réseau Très Haut Débit, de l’exploiter et de le rentabiliser. Nîmes Métropole a pris son destin en main en matière de numérique il y a 5 ans. En France, il est aussi un cas à part dans la fibre optique. Invités par l’opérateur d’infrastructure Covage, nous sommes allés à la rencontre de ceux qui ont fait le réseau et de ceux qui l’utilisent.

S’il faut attendre la fibre d’Orange, de SFR, de Free ou le câble de Numericable, le déploiement du très haut débit en France risque de prendre beaucoup de temps. Or aujourd’hui, se passer de la fibre optique est un luxe que les entreprises et les administrations en priorité ne peuvent plus se permettre. Comme le dit très bien la FIRIP (la Fédération des Industriels des Réseaux d’Initiative Publique) : « La France doit être dans le peloton de tête au niveau mondial sur les infrastructures du XXIème siècle ».
Il existe de nombreuses façons encore méconnues de déployer un réseau de fibre optique notamment les réseaux d’initiative publique qui utilisent le savoir-faire des opérateurs d’infrastructures.

Premières armes dans le réseau Haut Débit

Nîmes Métropole a fait ce choix il y a déjà 5 ans en utilisant les compétences de Covage. En 2009, l’agglomération nîmoise a pris son destin numérique en main. Aujourd’hui, elle est fière de son réseau fibre qui raccorde les 27 communes de son agglomération et toutes ses zones d’activités. Pour parvenir à ce résultat, Nîmes Métropole a fait des choix audacieux et a su s’entourer d’acteurs compétents.

En septembre 2009, la situation numérique de Nîmes n’est pas des plus brillantes. Sur 100 000 lignes, 15 000 n’excédaient pas les 2 Mb/s et 2 500 n’avaient pas d’accès à Internet. Devant la grogne des usagers, la métropole a décidé de prendre le contrôle du développement numérique sous forme de régie avec deux objectifs : dans un premier temps, lutter contre la fracture numérique en apportant du haut débit à tous puis dans un second temps déployer de la fibre optique pour les administrations, les entreprises et les particuliers.

Pour apporter le haut débit, Nîmes Métropole a constitué une régie et mis en place un réseau Wi-Fi couvrant toutes les zones blanches en 4 Mb/s symétriques. Devant la rapidité d’exécution des travaux (trois mois) et le succès des offres Nîmes Métropole a décidé de réitérer cette opération pour le déploiement de son réseau fibre optique.

Pas de DSP mais un partenariat avec les entreprises

Contrairement aux autres collectivités, Nîmes n’a pas opté pour la Délégation de Service Public (une DSP est un ensemble de contrats par lesquels une collectivité locale confie à une entreprise privée la gestion d’un service public) pour le déploiement de son réseau de fibre optique mais a imaginé un partenariat avec l’opérateur d’infrastructures Covage et les opérateurs locaux.

Cyril Iver

Cyril Yver (photo ci-contre), Directeur adjoint des systèmes d’Information à Nîmes Métropole, nous explique que la métropole a préféré mettre en place des contrats « très légers » qui permettent beaucoup plus de souplesse et donnent plus de liberté. Ainsi, Nîmes Métropole a pris en charge de déploiement de la fibre optique et en est restée propriétaire. Quant à son exploitation, elle l’a confiée à Covage. Enfin, ce sont les opérateurs locaux (30 actuellement) qui s’occupent de la commercialisation des offres THD.

Un réseau fibre optique en quatre ans

Grâce à ce mode de fonctionnement, les résultats ont été spectaculaires. En 4 ans l’agglomération nîmoise est passée de 60 km de fibre optique à 365 km pour un coût de 7,5 millions d’euros dont 1 million du fonds européen. Tous les services publics (Mairies, écoles, hôpitaux…) des 27 communes de l’agglomération ont été raccordés en Très Haut Débit avec le réseau Gecko, 16 zones d’activités sont desservies ce qui représente 1 500 entreprises éligibles.

Quand la fibre optique rapporte à l’agglomération

Les contribuables de Nîmes Métropole peuvent avoir le sourire. Aujourd’hui, la location du réseau par leur agglomération rapporte environ 700 000 d’euros de recettes par an. Mais ce n’est pas tout. En raccordant toutes les communes de l’agglomération sur Gecko, Nîmes Métropole réalise environ 1 million d’euros d’économies par an. Plus d’abonnement Internet à payer, plus de frais de téléphonie, économies de papier, la liste des postes devrait encore s’allonger.

Une offre Très Haut Débit à la carte pour les entreprises

Les grands bénéficiaires de ce réseau restent les entreprises. Nîmes Métropole leur garantit un raccordement en moins de huit semaines. Même les entreprises situées en centre ville peuvent être raccordées (sous réserve de faisabilité technique) ainsi que celles situés sur le tracé du réseau. Les entreprises peuvent choisir leur débit (jusqu’à 1 Gb/s) mais surtout, avec 30 opérateurs, elles profitent d’une concurrence accrue qui leur garantit de payer le prix juste et large panels de services.

Des prix divisés par 10

Nîmes Métropole a mis un test d’éligibilité pour les entreprises sur son site et précise qu’elle peut aussi faire du cas par cas. Actuellement, 120 entreprises ont déjà basculé sur le réseau Gecko. Parmi les obstacles au basculement sur le Très Haut Débit, Cyril Yver cite les engagements auprès des autres opérateurs ADSL et aussi la méconnaissance du réseau et de la fibre optique. « Les PME pensent encore trop comme des particuliers » déplore Cyril Yver.

Dans les années à venir, le nombre d’entreprises connectées en THD devraient augmenter massivement car outre les avantages techniques, la fibre optique a permis de diviser par 10 le prix de l’accès à Internet et par 4 le prix des abonnements téléphoniques.

Covage fait vivre le réseau

Vincent ArcasSi Nîmes a construit le réseau, c’est Covage qui met toute son expertise pour l’allumer et le faire connaître. Vincent Arcas (photo ci-contre), responsable commercial Sud Ouest de Covage, explique que le rôle de l’opérateur d’infrastructures à Nîmes est de s’occuper des démarches auprès des collectivités, d’informer les entreprises et de référencer et accompagner les opérateurs. « Le but de Covage est d‘apporter un maximum d’opérateurs nationaux et internationaux comme Verizon et de développer les opérateurs locaux en permettant à des SSII de devenir opérateur ». Avant l’arrivée de Covage, seuls 4 opérateurs étaient présents. Aujourd’hui, ils sont 30 dont sept locaux qui représentent 43% des commandes. Ce succès s’explique par leur agilité pour répondre aux besoins des entreprises.

Fibre optique grand public, Orange déploie à son rythme

Bien que le réseau Gecko soit un véritable succès, son usage restera limité aux entreprises et aux administrations. Pour le grand public, c’est Orange qui doit se charger du déploiement du FTTH. Fin 2015 l’opérateur sera à 15% de couverture de la population en Très Haut Débit. Le rythme est plus lent que prévu et et il est souhaitable que de nouvelles synergies soient trouvées avec GECKO notamment pour accélérer les déploiements.

Nîmes déborde d’idées

Troisième facteur d’attractivité pour l’agglomération après le foncier et les infrastructures routières, la fibre optique pourrait prendre encore plus d’ampleur avec l’explosion des usages. D’ores et déjà, Nîmes Métropole fait du système d’information avec la mise en place d’un cloud sur lequel elle a développé des applications en mode SAAS (Sofware as a service – logiciel en tant que service). Vidéo protection Haute Définition pour surveiller la voie publique, tableaux interactifs dans les écoles (400 classes sur 500), dématérialisation des délibérations et des conseil municipaux, téléphonie sur IP, gestion de l’imagerie de services de radiologie pour les professions de santé, Nîmes Agglomération multiplie les usages numériques. « Notre objectif est de mettre en place un système d’informations complet pour les communes et de développer le concept de smart city déjà engagé » annonce Cyril Yver.

Cloud de Nîmes-Métropole

Gecko fait des émules

Le modèle de développement choisi par Nîmes Métropole pour son réseau en fibre optique essaime déjà. Les agglomérations de Calais, Alès et Béziers procèdent de la même façon en lien avec Covage. Comme le dit Cyril Yver : « il existe autre chose que la DSP, notre modèle permet un retour sur investissement. Le risque d’un réseau public est de tuer la concurrence. Nous faisons attention à ce que l’écosystème du monde des télécoms continue à se développer »Si le réseau et le modèle choisis par Nîmes Métropole sont une réussite, qu’en est-il pour les entreprises ? Qu’apporte réellement le très haut débit à une entreprise ? Nicolas Ponce de Leon, patron de KPI expertises, un cabinet d’experts automobiles, nous a reçu dans ses locaux pour nous parler fibre optique. Le métier de son entreprise consiste à assurer la bonne réparation au bon prix d’un véhicule accidenté.

Un débit de 20 Mb/s symétrique qui change tout

Composé de plusieurs sites dispatchés sur la région, KPI Expertise avait de très gros besoins en connectivités notamment en téléversement (upload). Malheureusement, son siège était distant de 4,5 km du premier NRA , il ne disposait que d’un débit inférieur à 3 Mb/s.

Une facture Internet divisée par trois

En 2008, KPI Expertise est passé sur une offre fibre de Complétel en 20Mb/s symétriques mais facturée au tarif exorbitant de 2050€/mois. En septembre 2011, le cabinet est passé sur l’offre d’ABtel basée sur le réseau Gecko. Si KPI est resté sur une offre en 20 Mb/s en revanche sa facture a été divisée par trois.

Démonstration de Nexus Portail d'échange de l'automobile

La fibre optique crée un nouveau métier

En basculant sur la fibre optique et en devenant le premier cabinet fibré, KPI a pu développer ses propres outils informatiques et apparaître comme un précurseur dans la gestion électronique des documents. En effet, l’activité de KPI est très gourmande en données. Les experts travaillent en permanence avec des tablettes (près de 30 sont utilisées) depuis lesquelles ils font remonter vers le serveur principal à Nîmes et vers des serveurs locaux toutes les informations concernant les véhicules (photos, rapports, cartes grises numérisées…).

La fibre optique permet une synchronisation en temps réel. Le débit descendant permet de récupérer un maximum d’informations. De plus, avec l’utilisation de Nexus, un portail web développée par KPI pour fluidifier les échanges entre les différents acteurs de l’automobile (experts – réparateurs – déconstructeurs – assurés – assureurs), la fibre est devenue indispensable. D’ailleurs, le succès des outils est tel que d’autres cabinets commencent à s’équiper de cette solution et KPI Expertise a même créé une filiale pour développer ses solutions.

Nicolas Ponce de Leon
Pour Nicolas Ponce de Leon (photo ci-contre), la fibre optique répond à son besoin de connexion grâce au débit montant et descendant mais aussi et surtout grâce au ping (temps de latence). Avec des ping de l’ordre de 30 millisecondes, la fibre optique permet d’avoir des temps de réactions très courts et octroie une navigation fluide dans le service VPN (réseau privé virtuel). Un ping supérieur à 120 millisecondes occasionne une gêne dans le travail qui peut rapidement devenir handicapante. Enfin, la fibre est fiable et assure un débit garanti. KPI ne veut pas s’arrêter en si bon chemin et imagine déjà de nouveaux usages comme l’hébergement de services avec un datacenter.

L’exemple de Nîmes Agglomération montre qu’il est possible de développer la fibre optique dans les administrations et dans les entreprises rapidement et avec un retour sur investissement très rapide. Enfin, quand une entreprise bascule dans le très haut débit, non seulement elle ne fait plus machine arrière, mais en plus elle peut se transformer radicalement. La fibre optique est une aventure qui peut emmener très loin et vers des territoires encore inconnus.

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