A 17:11 dans Amérique, International

Etats-Unis : la Neutralité du Net refait le show avec John Oliver

10
MAI
2017
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Alors que le régulateur américain FCC envisage de détricoter les avancées réalisées sous Obama, l’humoriste John Oliver lance un nouvel appel au flood. Pas sûr que cela suffise.

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Neutralité du net : Ajit Pai vs John OliverTout à son chantier de démantèlement de l’ère Obama, Donald Trump a confié les clés de la régulation des télécommunications à Ajit Pai, adversaire notoire de la Neutralité du Net. L’intéressé n’a pas tardé à faire savoir qu’il entendait revenir sur l’une des mesures phares du précédent mandat : la reclassification des FAI sous le Titre II de la loi sur les Communications. Une catégorie qui met l’accent sur les obligations de service public des fournisseurs d’accès, et leur interdit notamment toute pratique discriminatoire en matière d’acheminement des données.

2014 : John Oliver fait crasher la FCC

Une décision prise début 2015 sous l'impulsion de la Maison Blanche, dans le sillage du débat public initié par l’humoriste John Oliver dans son émission Last Week Tonight, diffusée sur HBO. A l’issue d’une chronique hilarante s’employant à démonter les arguments des opposants à la neutralité, opérateurs en tête, le présentateur lançait un appel à tous les téléspectateurs à aller déposer leur commentaire sur la question sur le site de la FCC.

Résultat : les serveurs du régulateur crashaient quelques heures plus tard, et recevront au total 4 millions de témoignages. Un épisode dont l’impact sur la décision finale de Barack Obama de reclassifier les FAI sous le titre II fait encore débat. Mais qui a indéniablement contribué à vulgariser les enjeux de la neutralité auprès du grand public.

2017 : retour à la case départ ?

De quoi permettre à la Federal Communications Commission, l’équivalent de l’Arcep outre-Atlantique, d’interdire aux fournisseurs d’accès de faire payer les services de contenus, par exemple Netflix, pour un accès privilégié à leur bande passante. Inacceptable aux yeux d’Ajit Pai, nouveau patron de la FCC - et ancien juriste chez Verizon - pour qui ce changement de pied risque de faire grand tort à l’économie du secteur. Et de brandir des statistiques de déploiement prouvant le coup d’arrêt des investissements des FAI dans ce domaine depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle donne début 2015. Des chiffres néanmoins contestés par les défenseurs du principe de neutralité.

John Oliver dit « gofccyourself »

M. Pai milite donc pour un retour des Verizon, At&T, Comcast et consorts sous le titre I, plus permissif, et a soumis des propositions en ce sens. Celle-ci doivent faire l'objet d'un vote le 18 mai prochain. Entretemps, le public est à nouveau invité à déposer ses commentaires sur le site de la FCC.

L’occasion était trop belle pour l’équipe de Last Week Tonight, qui a tenté dimanche dernier de rééditer son exploit. Nouveau segment corrosif sur M. Pai et sa tasse géante en particulier, et sur l’hypocrisie des FAI sur la question en général. Et nouvel appel au flood, au moyen d’une URL, gofccyourself.com, redirigeant vers le formulaire de consultation du projet, plus compliqué à trouver qu’il y a trois ans. Nouvelle pluie de messages sur le site du régulateur, qui aurait pu tenir bon s’il n’avait pas également essuyé une série d’attaques Ddos.

Baroud d’honneur

L’explication émane toutefois de la FCC elle-même, et ne convainc pas vraiment les opposants au projet, qui l’accusent de vouloir camoufler l’effet Oliver, si tant est qu’il existe. On notera toutefois que sur les 350 000 commentaires suscités par le nouveau plan depuis sa publication le 26 avril dernier, 150 000 l’ont été depuis la diffusion de l’émission le 7 mai dernier.

Quoi qu’il en soit, le bras de fer risque fort de ne pas tourner à l’avantage des défenseurs de la Neutralité cette fois-ci. Car si l’opération d’il y a trois ans avait contribué à faire plier une FCC et une administration beaucoup plus ouvertes aux principes de l'Internet ouvert, il sera sans doute bien plus compliqué de faire reculer les porteurs du projet actuel. A commencer par Ajit Pai et le président Trump, résolus à renverser une situation inacceptable à leurs yeux.

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