Pour le PDG de Deutsche Telekom, la neutralité du net n’existe pas

30
OCT
2015
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Timotheus Höttges, le PDG de l’opérateur allemand Deutsche Telecom, vient de publier un texte au sujet de sa vision de la neutralité du net dans les années à venir. Pour lui, la qualité doit se payer et l’Internet à plusieurs vitesses est inévitable.

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Mercredi dernier, le Parlement européen a adopté un texte au sujet de l'Internet ouvert. Cette nouvelle règle fait l'objet de nombreuses critiques de la part des défenseurs de la neutralité du net, principe selon lequel tout contenu quel qu'il soit doit être traité de manière équitable par les fournisseurs d'accès Internet. En effet, si le texte précise que tous les utilisateurs doivent avoir accès à un Internet ouvert, certaines exceptions laissent la possibilité aux fournisseurs d'accès Internet de contourner cette neutralité en privilégiant l'accès à certains contenus et sites.

Si cette réglementation exaspère une bonne partie des acteurs du web, elle réjouit en revanche bon nombre d'opérateurs, à commencer par Deutsche Telekom, l'opérateur historique allemand. Son PDG, Timotheus Höttges, vient en effet d'exprimer sa satisfaction quant à l'adoption du texte par les parlementaires européens et donne en même temps son point de vue au sujet de l'avenir d'internet et de sa neutralité.

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Timotheus Höttges, PDG de Deutsche Telekom

Pour le PDG, l'Internet à plusieurs vitesses est inévitable et ne constitue pas une régression pour le consommateur. « Un email peut arriver avec quelques millisecondes de retard. Une vidéoconférence, elle, ne devrait pas subir de latence en cas de pic de trafic. C'est pourquoi la possibilité de donner priorité à des services sensibles si le réseau est saturé doit exister » explique-t-il. Pour le PDG de Deutsche Telekom, il s'agit donc d'une avancée pour le consommateur et non de la fin d'une liberté.

L'Internet à plusieurs vitesses existe déjà

En outre, il ajoute que la différence de traitement du contenu est une pratique courante puisque les utilisateurs peuvent décider eux-mêmes du niveau de service qu'ils veulent en fonction de ce qu'ils payent : espace de stockage supplémentaire pour les e-mails, fonctions améliorées de recherche sur LinkedIn, vidéos en HD la place de la qualité SD. "À l'avenir, il sera possible de réserver un service avec une qualité assurée, en échange de quelques euros de plus. La différenciation de la qualité est loin d'être une révolution sur Internet, il s'agit d'un développement naturel." Pour l'opérateur allemand, la qualité d'accès aux contenus web dépend et dépendra de ce que payent les internautes.

L'Internet illimité en passe de disparaître en Europe?

Rappelons que depuis plusieurs années, la neutralité du net est fragilisée par un certain nombre de pratiques. En Allemagne par exemple, l'opérateur O2 avait déjà lancé un pavé dans la mare en mettant fin il y a un an à l'Internet illimité. Le fournisseur d'accès Internet a en effet remplacé ses forfaits fixes illimités par un système de fair use. En France, Orange et la Fédération Française des Télécoms avaient songé à une solution de ce type en 2011. « Oui, il y a certains forfaits sur lesquels on risque de mettre des seuils », confiait un porte-parole d’Orange, en ajoutant néanmoins que « s’ils ne concernent qu’ 1% des gens qui downloadent des films toute la journée, alors c’est envisageable. C’est inacceptable si cela impacte davantage de clients ». Avec la consommation croissante de data liée à l'engouement des Internautes pour la SVOD et les vidéos en haute définition, la génération d'une telle pratique est à craindre.

Les régulateurs garants de la neutralité du net

Se dirige-t-on vraiment vers un Internet à double vitesse ? Pas si sûr : les régulateurs nationaux tels que l'ARCEP en France seront chargés de veiller au respect de la neutralité d'Internet. « La neutralité du Net, c'est cette capacité à se connecter au réseau des réseaux, qui est devenu un véritable "bien commun" essentiel à la société et à l'économie. Je ne vois pas comment on peut organiser une neutralité à plusieurs vitesses » déclarait d'ailleurs à ce sujet Sébastien Soriano, le président de l'ARCEP, à nos confrères de Nextinpact.

Source : Telekom
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