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Hadopi cherche des alliés, seuls 52 artistes répondent présent

23
JUIN
2008
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compact discL’industrie du disque s’affole mais l’effet est mesuré. Seuls 52 artistes se prononcent en faveur de la loi Hadopi. La mobilisation reste faible et ne représente que les majors.

La loi Hadopi suscite des désaccords partout où elle passe. Même certains membres de la majorité s’avouent frileux devant ce projet. Le gouvernement se cherche donc des alliés afin de trouver une légitimité à cette loi qui est un modèle d’hypocrisie.

Alors que le projet de loi a été adopté en conseil des ministres la semaine dernière et que Christine Albanel espère une application dès le début de l’année prochaine, 52 artistes adressent un message en faveur du texte.

Premier élément qui étonne : seulement 52 artistes ? Voilà un nombre qui surprend pour un projet d’une telle ampleur. Une pétition avec une cinquantaine de signatures a déjà un faible potentiel, mais un appel approuvant une loi en cours d’adoption et qui ne trouve que cinquante soutiens frôle plus le domaine du risible. Si ces artistes voulaient y aller fort, il en aurait fallu quelques centaines pour démontrer l’unité du monde artistique derrière le projet de loi d’Albanel. Or, nous nous retrouvons face à 52 noms, pour la plupart très connus de la sphère médiatique, mais qui sont loin d’être significatifs.

Ces 52 artistes, une minorité non silencieuse, ont signé une tribune dans le Journal du Dimanche pour montrer leur soutien à Christine Albanel. L’appel finit d’ailleurs sur ces mots : « Le projet de loi, proposé par la ministre de la Culture, issu de la mission menée à l’automne dernier par Denis Olivennes, nous donne de très bonnes cartes pour qu’Internet, la culture et la création soient réconciliés. Nous le soutenons. »

Ce qui reste encore plus étonnant au sujet de ces 52 artistes, censés représenter la création hexagonale, est le lien qu’on peut établir avec les labels de musique. Ainsi, en cherchant un peu on s’aperçoit que ces 52 artistes représentent les quatre majors du disque (Universal, EMI, Sony-BMG et Warner). En organisant ces noms par label, voici ce que cela donne :

M Pokora MP3Universal :
Jenifer, Stanislas, M Pokora (dont le dernier album s’appelle MP3), Thomas Dutronc, Eddy Mitchell, Isabelle Boulay, Maxime Le Forestier, Martin Solveig, Marc Lavoine, Calogero, Gérard Darmon, Alain Bashung, Bernard Lavilliers, Rachid Taha, Bob Sinclar, Psy4delarime, Abd Al Malik, Arthur H, Renan Luce, Zita Swoon, La Grande Sophie.

EMI :
Etienne Daho, Raphaël, Keren Ann, Anis, André Manoukian, Charles Aznavour, Alain Souchon, Mademoiselle K, Soprano, Liane Foly, Shine (Bonsaï Music/distribution : EMI), Diam’s, Renaud, Romane Cerda, Cali.

Sony – BMG :
Francis Cabrel, Patrick Bruel, Jean-Jacques Goldman, Pascal Obispo, Elie Semoun (la liste du JDD indique « Elie Seimoun », soit nous avons affaire à une coquille, soit à un homonyme inconnu), Emmanuelle Seigner, Ridan, Empyr.

Warner :
Christophe Maé, Kery James, Sinik, BB Brunes, Johnny Hallyday, Kenza Farah, K-Maro (le nom sur la liste est « Camaro » mais nous pensons qu’il s’agit de K-Maro, sauf si les voitures de Chevrolet se considèrent comme des artistes).


KassavSeul Jacob Desvarieux (orthographié « Devarrieux » sur la liste, une coquille de plus), ancien chanteur du groupe Kassav, n’a pas l’air d’appartenir à une écurie précise. Mais la représentativité de ces artistes donne vraiment à sourire. Cette cinquantaine de noms représente les quatre majors du disque, un petit indépendant a réussi à se glisser dedans (Bonsaï Music) mais reste distribué par EMI. On peut donc se questionner sur la légitimité et la pertinence de cet appel.

Les artistes serviraient-ils de petits soldats aux majors car le projet de loi a du mal à faire l’unanimité ?

De plus, dans cet appel, le collectif lance : « Bien sûr, il faut permettre au public, grâce à Internet, de disposer d’une offre de produits culturels beaucoup plus large qu’avant. Bien sûr, il faut faciliter l’accès aux oeuvres. Bien sûr, il faut que la musique ou les films soient à des prix abordables. Bien sûr, il ne faut pas se servir des droits d’auteur comme un frein à l’exploitation des répertoires. Bien sûr, il ne faut pas limiter à l’excès la possibilité de faire des copies quand on a acheté régulièrement une chanson ou un film. » Aucun de ces « il faut » n’a été réalisé ni envisagé dans la commission de Denis Olivennes. Rien n’est spécifié dans le projet de loi en faveur de telles mesures. Les majors n’ont rien cédé. Seul le délai de la disponibilité de la VOD a été écourté et les maisons de disques s’engagent à supprimer les DRM un an après l’adoption de la loi. Les avancées sont donc minimes par rapport au volet répressif du projet de loi.

menottesSi cette cinquantaine de noms s’exprime en faveur d’un projet de loi hautement dangereux pour les libertés individuelles, cela laisse tout de même quelques milliers d’artistes en dehors de cet appel. Bref, on sent que cette tribune a été organisée en urgence, on prend une cinquantaine de noms connus par tous, on lance un texte appelant à la liberté de création et se concluant sur un soutien sans faille au projet de loi et le tour est joué (sauf pour les fautes dans les noms de la liste).

Ces 52 personnalités, au casting parfait, dénoncent l’hypocrisie qui règne autour de la liberté sur Internet. On peut tout de même s’interroger sur la franchise de ces artistes qui apportent leur soutien à une loi nuisant aux libertés individuelles. Sont-ils réellement conscients de l’acte qu’ils viennent d’accomplir ? « Il faut » leur laisser le bénéfice du doute…

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