A 15:18 dans Bouygues Telecom, Free

Bouygues Telecom poursuit l’offensive contre Free

2
MAR
2012
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Logo Bouygues TelecomAprès Xavier Niel, Stéphane Richard et Frank Esser, c’est au tour d’Olivier Roussat, dirigeant de Bouygues Telecom, d’être auditionné par la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale. Face à l’arrivée de Free Mobile et de ses tarifs agressifs, Bouygues Telecom mise sur l’innovation et ses ressources humaines pour résister.

Chacun des trois opérateurs semble miser sur un atout différent pour faire face à l’arrivée de Free Mobile. Il faut dire que le nouvel entrant n’a, pour le moment, développé que l’argument tarifaire pour amener les clients vers lui.

Orange a, par la voix de Stéphane Richard, défendu son image d’opérateur prônant la qualité de service. De son côté, Frank Esser a mis en avant toute l’activité réseau de SFR en expliquant que c’est dans l’ADN de l’opérateur au carré rouge d’investir dans les infrastructures. Devant la commission des affaires économiques de l’Assemblée Nationale, Olivier Roussat a développé les trois axes prioritaires de Bouygues Telecom : l’innovation, le réseau et les ressources humaines.

Bouygues Telecom veut rétablir des vérités

Pour rebondir sur les attaques de Xavier Niel qui ne s’est pas montré tendre avec Bouygues Telecom, Olivier Roussat tente d’inverser le discours pour montrer que le fonctionnement de Free Mobile est celui d’une entreprise de rendement alors que Bouygues Telecom favorise l’investissement à long terme.

Sur l’innovation, le dirigeant tient à rappeler que Bouygues Telecom a été le premier à lancer le forfait mobile en France, la voix en illimité sur mobile et la première offre quadruple play et constate : « Lorsque nous lançons une telle offre, nous n’insultons personne. »

Antenne-relais de téléphonie mobileConcernant le réseau, Olivier Roussat creuse le même sillon que ceux déjà tracés par les autres opérateurs en insistant sur la nécessité de « maîtriser l’infrastructure de bout en bout » et lance plusieurs chiffres : 10 milliards investis dans le réseau en 15 ans avec 13,6 % du chiffre d’affaires réinjectés en 2010, plus de 20 % en 2011 et plus de 30 % en 2012.

Olivier Roussat conclut sa présentation en évoquant la gestion avancée des ressources humaines de Bouygues Telecom. Pour répondre aux attaques de Xavier Niel sur la politique humaine de la filiale de Bouygues, le dirigeant dégaine ses chiffres : « Un salarié de Bouygues Telecom produit en moyenne 560 00 € de chiffre d’affaires par an c’est à dire quasiment autant qu’un salarié de Free qui est à l’origine de 493 000 € de chiffre d’affaires en moyenne. Là où nous différons c’est dans la façon de partager la valeur entre l’entreprise et le collaborateur. Le coût annuel moyen d’un salarié de Bouygues Telecom est de 69 000 €, le coût annuel moyen d’un salarié de Free est de 25 000 €. La différence est que la totalité de nos collaborateurs habitent en France, et pas à Rabat pour 40 % d’entre eux. »

Une approche pédagogique mais revendicative

Bouygues Telecom indique que son réseau mobile est constitué de 17 000 sites, ce qui lui permet de couvrir 99 % de la population en 2G et plus de 93 % en 3G. A partir de là, Olivier Roussat va se livrer à une explication sur la façon de transformer un site 2G en site 3G, schémas à l’appui :

Olivier Roussat de Bouygues Telecom à l'Assemblée nationale

Si l’impact de la démonstration est plutôt limité, elle sert de rampe de lancement aux chiffres de déploiement de Bouygues Telecom : 2 600 sites 3G déployés en 2011, 500 millions d’euros minimum investis pour la couverture. En comparaison, Free a déployé moins de 1 000 sites 3G depuis qu’il a obtenu la licence. Olivier Roussat tente de justifier cet écart de performances par des modèles de fonctionnement différents. Selon lui, le modèle technique de Free repose sur une idée simple : « Il est plus intéressant d’aller en marginal sur le réseau d’un autre plutôt que de déployer son propre réseau. »

Quel est l’intérêt de ne pas déployer de réseau ? Pour Olivier Roussat, cela permet à Free « de ne pas mobiliser de cash ». Du coup, l’opérateur peut pratiquer des tarifs très bas vu qu’il n’a pas besoin de dégager l’argent nécessaire pour entretenir une couverture. Le dirigeant de Bouygues Telecom estime que « l’ itinérance de Free a été choisie et non subie ». Autrement dit, le contrat passé avec Orange ferait partie intégrante de la stratégie de Free sur le mobile. Ce discours reprend un peu l’idée de ce qu’évoquait Frank Esser, PDG de SFR, avec les nuances de l’itinérance en complément ou en supplément du réseau propre.

Ecran SMSBouygues Telecom pointe également du doigt un autre élément de la stratégie de Free Mobile : la fameuse asymétrie de la TAM pour les SMS. L’opérateur a justement bénéficié d’un différentiel concernant la terminaison d’appel mobile des messages texte de 0,5 centime pendant 38 mois, soit 17 % de la valeur d’un SMS, puis de 0,2 centime pendant 10 mois, soit 8 % de la valeur d’un SMS.

Olivier Roussat explique qu’à cette époque, on envoyait moins de textos qu’aujourd’hui. Pour lui, si le souhait de Free d’obtenir un différentiel de 1,35 centimes se réalise, « on reverserait à Free jusqu’à 10 euros par mois et par client ». Le constat est similaire à celui évoqué par SFR quelques jours auparavant.

Des doutes sur la réalité du réseau de Free

Comme Frank Esser, Olivier Roussat émet des doutes sur la couverture effective du réseau de Free Mobile. Il explique qu’on peut « barrer » un site facilement : « Il est allumé, la liaison radio fonctionne mais le site est non utilisable. »

Pour lui, ces incertitudes sur l’efficacité du réseau de Free Mobile posent un problème de fond : « La question qui se pose est la façon dont fonctionne le marché. Si on accepte qu’on puisse construire un réseau au rabais sans faire les investissements nécessaires, alors il y a une distorsion de concurrence et ce n’est pas sain. »

Le dirigeant de Bouygues Télécom va même jusqu’à déclarer : « Si l’ARCEP estime que Free remplit ses obligations en écoulant 90 % de son trafic chez l’opérateur d’itinérance alors ça veut dire qu’on accepte les vraies-fausses couvertures ».

« On ne s’est pas nourri sur la bête »

La question des marges est revenue dans le débat comme lors des précédentes interventions des dirigeants d’opérateur. Olivier Roussat botte en touche au départ en expliquant que la comparaison est difficile puisque certains parlent de pourcentage d’excédant brut d’exploitation sur le chiffre d’affaires, d’autres de pourcentage d’EBIT et de pourcentage de résultat net. Bouygues Telecom réalise 8 % de résultat net. « Sur les trois, c’est nous qui avons [le taux] le plus bas ! » avance même le dirigeant.

Olivier Roussat veut insister sur le fait que Bouygues Telecom est loin d’être une cash machine qui s’engraisse sur le dos des clients : « On ne s’est pas nourris sur la bête ! […] L’acteur le plus profitable est celui qui a jeté l’opprobre sur les autres ! »

Combat Affrontement BusinessmenLa passe d’armes ne semble pas finie entre Bouygues Telecom et Free. Maintenant que les indicateurs tarifaires ont été établis, il ne reste plus aux deux opérateurs qu’à se livrer bataille sur la valeur revendiquée aussi bien par l’un que par l’autre : l’innovation.

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