A 10:58 dans Fibre optique, Orange

Etat des lieux du déploiement de la fibre optique

24
AVR
2008
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La fibre optique fait beaucoup parler d’elle ces derniers temps : l’UFC-Que Choisir accuse Orange de bloquer la concurrence, l’opérateur répond par un communiqué tandis que Maxime Lombardini, DG de Free, dénonce le risque d’un monopole orangé dans une interview accordée au Figaro. Qui a tort ? Qui a raison ? Tentons d’y voir plus clair.

Fibre optiqueNous pouvons dire que cette chère fibre optique se fait attendre, telle une star de cinéma. Mais en ce moment, elle serait plutôt en première page d’une rubrique consacrée aux ragots. Pas d’annonce importante de déploiement de la part des opérateurs, mais une bataille entre les différents acteurs créant un sac de noeuds qu’on pourrait qualifier de stérile.

Tout commence avec l’UFC-Que Choisir qui accuse ouvertement Orange de bloquer ses concurrents en vue d’instaurer une situation monopolistique au sein des immeubles (voir communiqué sur leur site). Or, l’association semble se tromper de cible et l’avoue à demi-mots : « […] le fournisseur d’accès à internet (FAI) qui déploie en premier son réseau dans une copropriété, a de fortes chances d’être le seul à le faire ! Il bénéficiera dès lors d’un monopole de fait qui lui donne un énorme pouvoir de négociation, voire la possibilité d’empêcher l’entrée d’autres FAI. » Cette situation est aussi bien valable pour Orange, que pour Free ou Neuf. Effectivement les opérateurs (et non les FAI comme le pense l’UFC) se lancent dans une course au raccordement car les enjeux sont de taille, mais l’absence de cadre réglementé est problématique pour tous les opérateurs.

Cette attaque de la part de l’UFC a le mérite de dénoncer une situation périlleuse pour le déploiement de la fibre mais prendre Orange pour cible principale semble un peu facile comme argumentaire. La situation de l’ADSL ne peut pas se répéter. Dans le cas du dégroupage, les opérateurs profitaient d’un réseau existant de liaisons cuivrées. Pour ce qui est de la fibre, l’infrastructure reste à déployer et tous les opérateurs doivent y prendre part. L’UFC conclue justement son communiqué par deux demandes concernant l’ensemble des acteurs du FTTH :

« Par conséquent, l’association demande au gouvernement :

1. Qu’il impose la mutualisation au NRO (noeud de raccordement optique) comme modalité de raccordement par défaut.

2. Qu’il contraigne Orange et l’ensemble des acteurs à partager leurs informations pour que le consommateur puisse bénéficier d’un réel choix !

Par ailleurs, l’inexistence de documents garantissant une réelle mutualisation conduit l’UFC-Que Choisir à maintenir sa position et à conseiller aux copropriétés d’attendre pour signer un accord avec un opérateur. »

fibre optiqueNous pouvons en déduire que ce n’est pas seulement Orange qui est en cause mais l’ensemble de l’organisation du déploiement. Le gouvernement avait dévoilé des mesures à ce sujet mais leur application se fait toujours attendre (voir article ici).


Toutefois, l’ARCEP semble saisir les enjeux de la fibre optique puisque Paul Champsaur, qui préside l’autorité , a indiqué dans son discours devant la Délégation à l’aménagement du territoire de l’Assemblée nationale que « le déploiement de la fibre optique jusqu’à l’abonné représente l’équivalent du déploiement du réseau cuivre dans les années 1970. […] Le coût de ce déploiement représente au moins 1 milliard d’€ par an pendant les 10 prochaines années. Le génie civil (creusement de tranchées et pose de fourreaux) représente une part importante de ce coût. »

Paul Champsaur président de l'ARCEPLe génie civil est effectivement la pièce maîtresse du déploiement du FTTH, Paul Champsaur a rappelé qu’il est « essentiel que le génie civil existant, appartenant pour l’essentiel à France Télécom, puisse être partagé entre les opérateurs. A la demande de l’ARCEP, France Télécom a ainsi proposé à ses concurrents une offre d’accès à ses fourreaux pour y déployer de la fibre. Les conditions techniques et tarifaires de cette offre ont vocation à être régulées d’ici l’été par l’ARCEP. »

Les premières mesures concernant l’accès aux fourreaux ne sauraient donc tarder. Dans son communiqué (disponible ici), Orange rappelle également : « Les modalités d’intervention dans les immeubles fibrés par France Télécom prévues par cette offre ont été définies en collaboration avec la FNAIM Ile de France ainsi qu’avec l’Association des Responsables de Copropriétés. Les conventions signées prévoient ainsi que le propriétaire autorise France Télécom et les autres opérateurs FTTH bénéficiaires de la mutualisation du réseau interne passif en fibres optiques, ou leurs sous-traitants, à pénétrer dans les parties communes de l’immeuble, à poser et à exploiter le réseau de fibres optiques et à raccorder de nouveaux clients, dans les mêmes conditions que France Télécom. De la même façon, les travaux de raccordement de France Télécom sont aussi réalisés par des sous-traitants que les opérateurs tiers peuvent tout autant faire intervenir, ainsi que France Télécom le leur a rappelé. »

Certes, Orange se justifie outre mesure par rapport à ce que reproche l’UFC. Il est probable que, sur le terrain, des tensions se fassent sentir, Orange ayant des facilités grâce à France Télécom.


fibre optiqueUn rapport de force s’installe donc entre les opérateurs. De son côté, Orange étend sa fibre sur plusieurs villes du territoire (Paris, Lille, Metz, Lyon, Grenoble, Marseille, Nice, Toulouse, Bordeaux, Poitiers et Nantes) alors que Neuf et Free travaillent actuellement sur l’interopérabilité de leur réseau de fibre optique. Pour l’instant, Free ne prévoit de déployer sa fibre que sur la capitale, avec comme objectif le raccordement horizontal de 70 % de Paris d’ici fin 2009 (lire article ici).

Maxime Lombardini, Directeur Général de Free, réclame également une intervention de l’ARCEP pour harmoniser le déploiement. Dans une interview accordée au Figaro, il déclare : « Orange dispose de ses relations anciennes avec les copropriétés pour signer des accords permettant d’installer la fibre dans les immeubles. Il va de soi qu’un seul réseau peut être installé par immeuble et qu’il doit être accessible aux autres opérateurs pour laisser aux foyers la liberté de choix. Les solutions techniques retenues par Orange et son refus de collaborer avec les autres opérateurs pour mettre en œuvre la mutualisation, en échangeant les informations relatives aux accords signés, font courir un grave risque de retour au monopole, avec son corollaire, la hausse des prix. »

La situation peut sembler avantageuse pour Orange au premier abord mais en étudiant le problème attentivement, d’autres paramètres entrent en jeu. Le déploiement de la fibre optique a un coût, il nécessite des moyens bien supérieurs à celui de l’ADSL. Compte tenu de ce constat, il est en effet tentant pour un opérateur, dans une volonté de peu investir, de laisser un autre fibrer au maximum et réclamer ensuite une mutualisation au nom de la concurrence. Mais il est également évident que l’accès aux fourreaux et la mutualisation doivent prendre en compte les coûts de génie civil liés au déploiement. Effectivement, tout ceci doit être encadré, régulé pour éviter les abus dans une situation comme dans l’autre. La chamaillerie actuelle résulte de cette absence de directive claire concernant le FTTH.

L’ARCEP a eu un rôle primordial dans le dégroupage du réseau téléphonique et veillera certainement à ce que des règles d’équité soient mises en place. Personne n’est totalement blanc dans l’histoire, Orange veut gagner du terrain rapidement coûte que coûte tandis que les autres opérateurs souhaitent profiter à moindre frais des possibilités de mutualisation. Espérons seulement que dans cette bataille, il n’y ait qu’un seul vainqueur : le parc des futurs abonnés.

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