Déploiement de la fibre optique : les collectivités tirent la sonnette d’alarme

5
JUIL
2012
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Fibre optiqueActuellement, la fibre optique peine à se développer en France et si rien ne bouge, l’objectif de couvrir 100% de la population en très haut débit d’ici 2025 ne sera pas tenu. A l’occasion de la journée du CREDO et de l’ARUFOG, les élus ont tenu à faire entendre leur voix dans « l’appel de Valence » du 3 juillet 2012 pour proposer leurs solutions.

La fibre optique est une arlésienne, on en parle beaucoup mais on ne la voit pas ou peu. Tout le monde a conscience de l’intérêt de cette technologie pourtant, le chantier est au point mort. Plusieurs signaux inquiétants montrent que si rien est fait immédiatement, l’objectif d’avoir une France couverte en 100 Mbps en 2025 restera un vœu pieu.

FranceAvec 140 000 prises FTTH au 3ème trimestre en 2011, 125 000 au 4ème trimestre, 105 000 au premier trimestre 2012, les opérateurs réduisent actuellement leurs investissements. Au premier trimestre 2012, le carnet de commandes des industriels du secteur était inférieur à celui du premier trimestre 2008. De plus, l’annonce de la commercialisation en 2013 du VDSL2 donc de l’amélioration et de la pérennisation du réseau téléphonique filaire en cuivre conforte l’idée que l’opérateur historique retarde le déploiement de la fibre optique au profit de la rente du cuivre. Au passage, l’Etat profite aussi de cette rente à hauteur de 30 %. Enfin, le déploiement de la 4G présentée comme un palliatif au FTTH est aussi un facteur de ralentissement. Pour toutes ces raisons, la France est au 17 ème rang européen pour sa couverture en FTTH.

Pourtant, d’après l’étude Mc Kinsey réalisée pour le gouvernement fin 2010, le chantier de la fibre optique créerait 700 000 emplois nets en 15 ans.

Face à cette situation, les élus en concluent que le laissez-faire ne permettra pas mener ce titanesque chantier et que seule une décision politique permettra de le mettre en œuvre. Ils insistent pour dire que si le Programme national très haut débit (PNTHHD) qui privilégie l’investissement privé sur les zones rentables, c’est-à-dire, les zones à forte densité de population, est maintenu en l’état, il limitera l’action des collectivités locales aux seules zones non rentables.

A ce jour, les seuls chantiers significatifs de déploiement de la fibre optique à l’abonné sont le fait de réseaux d’initiative publique portés par les collectivités locales. Ils représentent plus de 2 millions de prises en construction.


drapeau français mairieA l’occasion de la journée du CREDO et de l’ARUFOG qui s’est tenue à Valence le 3 juillet 2012, des experts en ont profité pour présenter l’ouvrage de référence pour le déploiement de la fibre optique dans les années à venir. Des élus ont également tiré la sonnette d’alarme et lancé « l’Appel de Valence » dans lequel ils font des propositions concrètes.

Tout d’abord les collectivités estiment qu’il est nécessaire de réaffirmer le choix de la fibre pour tous, sur tous les territoires. Actuellement, il existe une forte disparité entre les communes qui disposent de la connexion ADSL et ceux qui disposent du très haut débit. De plus, la moitié des élus sont tentés pas des solutions à court terme comme la montée en en débit ou laisser la place à des solutions alternatives pour les zones moins denses comme la 4G et le satellite par exemple.

L’idée de rendre le basculement du réseau filaire cuivre vers le réseau en fibre optique obligatoire à l’image de ce qui s’est fait pour le basculement entre la télévision analogique et la TNT serait une façon claire d’imposer le FTTH.

Jean Marc AyraultUne des idées maitresses est la nécessité d’un pilotage public national fort qui passerait par un pilotage stratégique État-collectivités et de la création d’une filière performante pour le déploiement de ce nouveau réseau, à la fois sur le plan de la formation, de la création d’emplois et de la production industrielle. De15 000 à 20 000 emplois seront nécessaires pour le seul déploiement du réseau.

Enfin, ce chantier ne se fera qu’en créant les conditions d’un effet de levier financier qui garantira, par des commandes publiques, l’investissement privé. On estime le montant de cet investissement entre 25 et 30 milliards d’euros, soit l’équivalent du chantier du grand métro parisien. Des experts préconisent que les collectivités assurent aux opérateurs leur migration sur la fibre dès leur raccordement. Enfin, en imposant le basculement vers la fibre, les opérateurs seraient aussi assurés de leur retour sur investissement.

Finalement, pour les élus, c’est le mécanisme actuel qui ralentit le déploiement du FTTH en France et seule une intervention forte de l’Etat pourra changer la situation sinon, on ne tiendra pas l’objectif 2025. Les collectivités doivent devenir des donneurs d’ordre et apporter des garanties aux investisseurs privés.

La création de cette filière apparaît comme une évidence pour un gouvernement qui cherche à réindustrialiser la France et à relancer l’emploi. Quant au grand public, l’arrivée d’un débit symétrique de 100 Mbps sera une nouvelle révolution. « L’Appel de Valence » aura-t-il le même destin que l’Appel du 18 juin du général De Gaulle ? Peu entendu au début, il permettra de rallier tous les acteurs pour faire triompher la fibre optique.

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