A 11:01 dans Internet, Médias

Twitter et Hadopi, même combat selon l’Elysée ?

24
AOÛ
2009
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TwitterUn conseiller en communication de l’Elysée assimile dans les pages du Monde la création d’une oeuvre artistique à un commentaire sur Twitter pour justifier le bien-fondé de la loi Hadopi.

C’est par la grande porte que Franck Louvrier entre sur la scène médiatique. Ce conseiller du Président de la République en matière de presse et de communication vient de signer une tribune dans le Monde afin de défendre la loi Hadopi, qui devrait faire son grand retour à la mi-septembre.

Au premier abord, qu’un membre du staff de l’Elysée prenne publiquement le parti d’un projet porté par le Président de la République, cela est dans l’ordre des choses. En ce sens, la tribune de Franck Louvrier dans le Monde du 21 août 2009 s’inscrit dans une stratégie de communication politique à l’ancienne.

Néanmoins, la réflexion menée par le conseiller de l’Elysée a de quoi surprendre. Celui-ci commence en effet par vanter les mérites des réseaux sociaux, et notamment de Twitter, S’appuyant sur l’exemple récent des élections présidentielles iraniennes, Louvrier voit dans le site de micro-blogging « l’axe de la démocratie réelle sur lequel le peuple iranien donne au monde une leçon de courage et de maturité ».

Franck LouvrierBien que l’engouement de Franck Louvrier (photo ci-contre) pour les vertus supposées de Twitter soit discutable, il illustre une certaine ouverture d’esprit à l’encontre de nouveaux modes de communication. Le conseiller estime d’ailleurs que la prétention de l’Etat « à contrôler la diffusion des contenus sur Internet devient un étalon de la liberté démocratique : c’est l’axe de la démocratie institutionnelle que certains pays sont tentés de bafouer en censurant des sites grand public ou en restreignant l’accès de leurs citoyens à Internet».

On ne peut que lui donner raison, et on pense inévitablement, en lisant « la prétention à contrôler la diffusion des contenus sur Internet » au projet de loi Hadopi. On se demande donc où Louvrier veut en venir.


D’autant plus qu’il ajoute quelques lignes plus bas que « la dynamique de la technologie elle-même finit toujours par permettre le contournement des filtrages et des blocages, qui rend presque obsolète l’idée même de censure », faisant ainsi écho à un des principaux griefs des opposants à la loi Création et Internet.

C’est à partir de là que s’opère un glissement étrange au sein du texte du conseiller de l’Elysée, et que sa réflexion devient quelque peu difficile à suivre. Selon lui, si Twitter est si précieux, c’est que les commentaires qui y sont laissés ont la valeur du témoignage authentique, qu’il oppose au journalisme ou à la communication institutionnelle.

On peut raisonnablement s’interroger sur la pertinence d’un tel jugement qui tend à jeter le discrédit sur tout travail journalistique et à assimiler toute communication gouvernementale à de la propagande. De la part d’un homme en charge de la communication de l’Elysée et des rapports de la présidence de la République avec la presse, de tels propos sont pour le moins stupéfiants.

Mariés de Vendée Didier BarbelivienMais cela frise franchement le ridicule, lorsque Franck Louvrier nous explique que, de la même manière qu’il faut protéger la liberté de témoigner des individus sur Twitter, il faut protéger, grâce à la loi Hadopi, la liberté de témoigner des artistes sur la toile : « il en va de même pour l’étudiant révolté des rues de Téhéran que pour l’artiste qui enregistre sa chanson à Paris : l’enjeu est de s’assurer que la vaste diffusion de son message n’étouffe jamais le lien qui l’unit à chacun de ses destinataires ».

Outre la vision étriquée de l’oeuvre d’art que laisse transparaître cette réflexion – celle-ci ne serait toujours qu’un témoignage individuel – le cheminement argumentatif qui sous-tend la démonstration de Louvrier a de quoi laisser dubitatif.

On se demande alors s’il s’agit d’une initiative personnelle de la part du conseiller, qui aurait voulu faire preuve de zêle, ou si celui-ci était en mission commandée pour l’Elysée. Dans les deux cas, le résultat semble bien loin de l’objectif premier.

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