A 10:21 dans Internet, Médias

Seuls 31 cinéastes soutiennent la loi Hadopi !

9
JUIL
2008
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Christine Albanel
Les amis de Christine Albanel se comptent sur les doigts de plusieurs mains. Dans le monde du cinéma, ils se sont réunis au nombre de six mains et un doigt pour défendre le projet de loi Création et Internet.

Nous vous parlions déjà des 52 noms du monde musical qui apportaient un soutien sans faille au projet de loi de lutte contre le piratage (voir article ici). Ils sont rejoints par 31 cinéastes qui signent un texte défendant une loi « juste, ambitieuse et adaptée aux enjeux de demain ».

Le Grand AppartementParmi cette trentaine de cinéastes, on retrouve Pascal Thomas (proche de la ministre de la Culture), Jeanne Labrune, Patrick Braoudé, Claude Lelouch ou encore Jean-Jacques Beineix. Il faut déjà signaler que les films de ces cinéastes se font très rares sur les réseaux P2P. Aucun film de Jeanne Labrune ou de Pascal Thomas ne s’y trouve par exemple. Il faut dire que « Le Grand appartement » ou « Cause toujours ! » ne déchaînent pas forcément les passions. On se demande donc pourquoi des cinéastes qui ne sont pas touchés par le piratage montent au créneau de façon aussi vive.

Il est d’ailleurs très étonnant de voir à quel point, selon eux, le cinéma français est dans une forme impeccable : « La vitalité et le dynamisme de notre création ont un prix que notre pays a toujours su défendre en adaptant notamment le financement de la création et la rémunération des auteurs aux évolutions technologiques. » C’est oublier tous les conflits de l’industrie du cinéma de ces dix dernières années (financement, intermittents…) et auxquels tous les ministres de la Culture ont été confrontés.

menottes
Pour résumer ce texte collectif, il s’agit purement et simplement d’une tentative de justification des mesures de la loi Hadopi qui « ne constituent pas un prix exorbitant » pour les internautes. Ce n’est visiblement pas l’avis du Conseil d’Etat, ni celui des députés européens, qui sont sûrement plus experts en matière de libertés individuelles que 31 cinéastes français.

A quoi s’engagent ces personnalités en échange de l’instauration du projet de loi ? Ils l’expliquent eux-même alors profitons-en : « Ces efforts ne sont pas, enfin, unilatéraux et déséquilibrés car les ayants droit du cinéma se sont engagés à entamer rapidement des négociations pour réformer la chronologie des médias et permettre la mise à disposition des films plus tôt après leur sortie en salles. Les amateurs de cinéma peuvent compter sur notre détermination à accélérer le calendrier prévu afin de mettre les nouvelles technologies au service de la plus large diffusion des oeuvres conforme à l’intérêt de tous. »

Clairement, en échange de la surveillance de millions d’internautes, de coupures d’accès qui ne seront pas forcément justifiées, de l’application d’une loi remplie de failles, la contre-partie donnée par ces signataires se résume à l’entrée en négociations avec l’industrie du cinéma pour modifier les délais de disponibilité sur les différents supports (VoD, DVD…). Rien ne garantit que cette trentaine de cinéastes pourra réformer la distribution des oeuvres. Rien ne garantit que ces négociations arriveront à un résultat concret. Qui est prêt à accepter ce projet de loi en échange de leur seule « détermination » ?

Le collectif en rajoute également dans le côté dramatique : « Parce que nous ne faisons pas partie de ceux qui préfèrent s’en remettre au fatalisme et à l’évolution inéluctable des pratiques et des technologies, nous ne sommes pas prêts à sacrifier à la mode de la gratuité de la culture, qui reste une escroquerie intellectuelle, et à nous résoudre à voir les capacités de création de notre pays battues en brèche et laminées ». L’amalgame avec la gratuité de la culture est nauséabond. Les personnes qui se sont engagées contre ce texte de loi ne défendent pas le piratage mais n’adhèrent pas à ce type de lutte. Les internautes doivent faire « des efforts » pour sauvegarder une culture française qui n’est pas capable de se défendre seule car elle a raté le virage de la nouvelle économie.

Salle de classeNous proposons à ces 31 artistes d’aller dans une salle de classe pour suivre un cours sur l’économie des réseaux, sur la délinéarisation des flux, sur la mondialisation de la culture et des échanges, sur la nouvelle temporalité créée par Internet. Car avant de donner des leçons de politique, il faudrait connaître le sujet sur le bout des doigts… de leurs 62 mains.

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