A 12:05 dans Free, SFR

SFR ne fait pas de cadeau à Free Mobile

24
FEV
2012
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Businessman avec gants de boxe
Frank Esser est passé sur le grill des questions des parlementaires de la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale. Le dirigeant de SFR s’est montré très critique vis à vis de la stratégie de Free Mobile et a tenu à rappeler que l’ADN de SFR reste le réseau.

Après Xavier Niel et Stéphane Richard, c’était au tour de Frank Esser d’être auditionné par la commission des affaire économiques de l’Assemblée nationale et de répondre aux questions des parlementaires. Si le sujet principal concernait les conséquences de l’arrivée de Free Mobile, le dirigeant de SFR a également répondu à des interrogations sur le déploiement du très haut débit, sur la TVA sociale ou sur un éventuel rapprochement avec Bouygues Telecom.

SFR est un opérateur de réseau qui investit

Dans son introduction, Frank Esser présente SFR en quelques phrases. Plus que sur les services, le dirigeant met l’accent sur le réseau en rappelant : « SFR est opérateur de réseau : investir dans le réseau, c’est notre ADN. »

Frank EsserLe PDG rappelle que SFR a construit la première infrastructure concurrente à France Télécom grâce à un investissement total de 15 milliards d’euros. L’opérateur a déployé pas moins de 57 000 km de fibre optique dans son réseau de transport et a déjà investi 500 millions d’euros pour raccorder les foyers en fibre.

Frank Esser signale que l’adoption technologique est plus avancée en France que dans les autres pays d’Europe notamment grâce à la stratégie développée par les opérateurs (package d’offres, subvention du mobile). Le dirigeant fait les comptes de son parc (20 millions de clients mobiles, 5 millions d’abonnés fixes et 150 000 entreprises clientes) et affirme que « 1 français sur 2 est client chez SFR ».

« Avec une offre à 2 €/mois, on ne finance pas le réseau »

Les premières questions des parlementaires portent évidemment sur l’arrivée de Free Mobile et de ses conséquences dans le positionnement de SFR sur le marché. Plutôt que d’apporter des détails sur la direction suivie par l’opérateur au carré rouge, Frank Esser pose la question suivante « Les offres de Free sont-elles pérennes ? »

Suite à cela, il se livre à une démonstration à peu près similaire à celle mise en place par Stéphane Richard : Free demande une terminaison d’appel SMS de 2,85 centimes par message, soit un tarif presque deux fois plus élevé que celui appliqué aux opérateurs actuels. Frank Esser déclare que cela reviendrait à « subventionner artificiellement les offres de Free » à hauteur de 7 à 10 euros mensuels par client.

2 eurosFrank Esser pousse sa logique encore plus loin. Il explique que les offres de Free Mobile n’apportent aucune innovation technique ou de service mais se positionnent uniquement sur un terrain tarifaire. En l’état actuel des choses, le dirigeant de SFR doute de la rentabilité des offres du nouvel entrant : « Avec une offre à 2 €/mois, on ne finance pas le réseau ».

Comment Free peut-il alors gagner de l’argent avec ses offres mobiles ? Frank Esser revient à l’attaque à propos du contrat d’itinérance signé avec Orange. Soit l’accord est très favorable à Free Mobile et lui permet donc de délivrer ces tarifs, soit ce n’est pas le cas et Free Mobile devra probablement revoir sa grille tarifaire prochainement : « Si le contrat avec Orange ne permet pas de rentabiliser ces offres, alors elles ne sont pas pérennes. »

Afin d’illustrer un peu plus son propos, Frank Esser prend l’exemple des offres de gros publiées par Free Mobile. Il pointe du doigt l’incohérence entre une offre de détail illimitée à 19,99 €/mois et la même offre proposée en gros aux MVNO à 75 €/mois.


SFR : des propositions pour Free mais pas de cadeau

Comme on pouvait l’imaginer, SFR a fait une proposition commerciale à Free concernant l’utilisation de son infrastructure 2G. Frank Esser réaffirme sa position sur une itinérance 3G : « Nous n’avons pas fait de proposition 3G à Free car c’est un opérateur de réseau pas un MVNO. »

De plus, avec l’essor des usages data sur le mobile, SFR n’a actuellement pas de surcapacité 3G à réserver aux abonnés de Free Mobile. Le dirigeant indique que l’itinérance 3G accordée par Orange a visiblement des conséquences sur la qualité de réseau de l’opérateur vu l’incident qui a eu lieu le 7 février.

Antenne-relais de téléphonie mobileFrank Esser revient sur les doutes à propos de la couverture de Free Mobile. SFR a procédé à des mesures du réseau du nouvel entrant quelques jours après l’ouverture commerciale et le dirigeant profite de l’occasion pour rappeler les résultats : 9 % de couverture sur Paris, 3 % sur Nantes, 68 % sur Le Havre, 12 % sur Montpellier ou encore 21 % sur Caen.

Pour SFR, une question se pose : « L’itinérance est utilisée en complément ou en supplément ? » En fait, Frank Esser se demande si Free Mobile se repose entièrement sur l’accord passé avec Orange pour pallier les faiblesses de son réseau ou si cette itinérance est un levier supplémentaire utilisé parallèlement au déploiement de son infrastructure.

Si on ne peut apporter de réponse à cette question, Frank Esser a sa petite idée sur ce sujet. Dans le mobile, des milliers de sites-relais sont partagés entre les opérateurs afin d’en partager les coûts. SFR a donc proposé à Free Mobile la location des 1 800 sites dont il est le propriétaire mais, selon Frank Esser, le nouvel entrant en a pris 3.

Bien entendu, le dirigeant prêche pour sa paroisse et on sent qu’il a mal digéré la façon dont Free s’est invité sur le marché. Il faut dire qu’après la virulence des propos de Xavier Niel lors de la conférence de lancement, les opérateurs visés ne lui feront certainement aucun cadeau.

SFR fait le plein de perspectives

Si l’entrée en scène de Free Mobile modifie la stratégie des acteurs du secteur, SFR veut démontrer qu’il en a encore sous le chapeau pour assurer son développement. Comme il l’a fait dès l’introduction, Frank Esser insiste sur la pièce maîtresse de son entreprise : le réseau.

Concernant le mobile, SFR continue à moderniser son réseau 3G et se préparer à l’arrivée de la 4G. Frank Esser affirme également être en discussion avec les autres opérateurs pour mettre en place un réseau partagé sur les 2 % du territoire restant afin de couvrir la France dans son intégralité.

Pour ce qui est du fixe, le très haut débit représente le prochain grand enjeu. Frank Esser rappelle que le déploiement de cette prochaine génération d’accès se fait sur trois segments :

  • Les zones très denses (6 millions de foyers) dans lesquelles est instaurée une concurrence par les infrastructures
  • Les zones moyennement denses (11 millions de foyers) pour lesquelles les opérateurs ont noué des accords de co-investissement
  • Les zones peu denses (24 millions de foyers) dans lesquelles plusieurs technologies peuvent cohabiter (fibre optique, 4G, satellite, montée en débit sur cuivre…)

Fibre optiqueLe dirigeant insiste : « Cet engagement de couverture de 17 millions de foyers en fibre avec des fonds privés est unique en Europe ». Il prévient donc que mettre en place des pénalités concernant les engagement sur les zones peu denses serait dangereux, le risque économique serait trop élevé surtout sur des zones où le retour sur investissement est très lent.

Cette ligne de défense face à la proposition de loi des sénateurs Maurey et Leroy fait écho à la réaction de la Fédération Française des Télécoms, dont Frank Esser est justement le président. Mais le dirigeant ne s’arrête pas là et évoque le dossier de la TVA sociale. Pour lui, les opérateurs vont être obligés d’absorber le coût de cette hausse de TVA sous peine de devoir libérer les clients de leur engagement pour cause d’augmentation de tarif. Vu les remous causés par la hausse de la TVA l’an dernier et le rétro-pédalage de SFR pour éviter la fuite des abonnés, on comprend la position de Frank Esser.

Après Orange et le service, SFR et le réseau

Cette audition par la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale est l’occasion pour Frank Esser de rappeler les raisons de sa méfiance vis-à-vis de Free Mobile mais elle permet de voir quels atouts met en avant l’opérateur pour défendre sa part du gâteau.

Là où Stéphane Richard n’avait que le mot « service » à la bouche, Frank Esser braque les projecteurs sur son réseau. En affirmant dès le départ que l’ADN de SFR réside dans le réseau, le dirigeant veut remettre la technologie au premier plan, devant le commerce ou le service. En expliquant que, depuis 2009, ce sont pas moins de 60 € par an et par client qui sont investis dans le réseau, SFR veut montrer que le déploiement et l’entretien d’un réseau de télécommunications représentent un coût considérable et met en doute la capacité de Free Mobile à assumer cet investissement.

Orange a misé sur le service, SFR sur le réseau, il reste maintenant à savoir quel aspect de son activité Bouygues Telecom mettra en avant la semaine prochaine devant les députés.

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