A 15:29 dans Free, Orange

Stéphane Richard riposte aux attaques de Xavier Niel

1
FEV
2012
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Stéphane RichardCe fut au tour de Stéphane Richard d’être auditionné par la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale. Une semaine après Xavier Niel, le PDG de France Télécom-Orange répond aux questions des députés et ne mâche pas ses mots concernant son nouveau concurrent mobile.

Certains pensaient que le climat du PMF (Paysage Mobile Français) allait se radoucir mais il n’en est rien. La semaine dernière, Xavier Niel avait lancé quelques piques à l’attention des autres opérateurs lors de son audition par la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale. Le fondateur de Free, qui a dénoncé une campagne de désinformation à l’encontre de Free Mobile, ne s’était pas privé pour démonter ses petits camarades du secteur.

Stéphane Richard sur LCP

Le 1er février, ce fut au tour de Stéphane Richard, dirigeant de France Télécom-Orange, de se présenter devant les députés de la commission. Le PDG a vivement réagi aux attaques de Xavier Niel mais il a apporté également plusieurs précisions concernant la stratégie du groupe sur la boucle locale cuivre et sur le très haut débit.

Sur les offres mobiles, Orange n’est pas inquiet

Stéphane Richard avoue avoir été surpris par l’agressivité de l’offre de Free Mobile mais, visiblement, la surprise a été de courte durée : « Elle ne représente cependant que du SIM Only, n’incluant pas de financement du terminal. Il est donc important de comparer ce qui est comparable. »

Quand on le questionne sur les raisons possibles de tarifs si bas, le dirigeant répond sans détour que la stratégie de Free est basée sur la tarification de la TAM (Terminaison d’Appel Mobile). Selon Stéphane Richard, « le modèle économique de Free est basé sur l’espoir d’une terminaison d’appel sur les SMS extrêmement élevée, de 2,85 centimes d’euro par SMS. Ce niveau-là est inadmissible et injustifié car il reviendrait faire financer par l’ensemble des opérateurs le développement de Free. Pour le forfait à 19,99 euros, cela reviendrait aux opérateurs concurrents à financer à hauteur de presque 10 euros. »

Le nouvel entrant bénéficie d’une tarification asymétrique pour la voix : il touche plus d’argent lorsqu’une communication vient d’un réseau tiers que ce qu’il dépense lors d’une communication vers un réseau tiers. Mais il n’est pas sûr qu’il obtienne gain de cause concernant une asymétrie de la TAM sur les SMS. Dans tous les cas, cette faveur serait temporaire et Stéphane Richard s’interroge : « Quelle est la soutenabilité du modèle de Free lorsqu’il n’y aura plus cette asymétrie de terminaison d’appel ? »

Dans la même optique que celle de Bouygues Telecom, Orange n’est pas qu’un réseau d’antennes et de fibre optique, mais également un réseau de personnes. Stéphane Richard indique que l’opérateur ne s’alignera pas sur les prix : « La réponse d’Orange est volontairement sur le terrain de l’innovation, de la qualité de service, de la qualité de réseau et de la proximité. »

Il cite par exemple le NFC qui sera un des leviers pour l’opérateur afin de déployer une nouvelle gamme de services autour des smartphones.


La polémique du réseau

Pour ce qui est du débat autour du réseau de Free Mobile, Stéphane Richard se montre moins incisif que ses concurrents : « La vérification du réseau est délicate car cela peut devenir un jeu du chat et de la souris. » Le dirigeant explique qu’on peut activer les antennes lors de la vérification et les désactiver ensuite ou qu’on peut également en modifier la puissance.

Il précise également : « Un réseau, ce sont des antennes, un backbone mais aussi un réseau de collecte. Ce sont tous ces éléments qu’il faut regarder ! » avant de conclure par un « J’attends que l’ARCEP fasse son boulot. »

Antenne-relais de téléphonie mobileIl faut rappeler que l’accord d’itinérance liant Orange à Free ne vaut que si ce dernier respecte les obligations de couverture fixées par l’ARCEP. Stéphane Richard explique que ce contrat est confidentiel mais que Free ne bénéficie pas d’avantage par rapport aux autres acteurs utilisant le réseau d’Orange.

A la question de savoir pourquoi Orange a accepté un accord sur l’itinérance 3G alors que seule la 2G était obligatoire, le dirigeant répond sans détour : « On pensait que l’obligation 3G arriverait inéluctablement. De plus, en termes d’image, il n’était pas bon de fermer les portes ». En clair, l’opérateur a certainement pu mieux négocier des conditions d’accès à la 3G avec cet accord que si cet accès lui avait été imposé et Orange aurait sûrement été accusé de faire barrage au nouvel entrant s’il n’avait pas accepté de discuter.

A propos de la réaction de Frank Esser, PDG de SFR, qui estime que c’est grâce à l’accord d’Orange que Free peut sortir des tarifs aussi bas, Stéphane Richard se montre bref : « Frank Esser s’est livré à un procès d’intention. Il ne connaît pas les éléments du contrat. »

Montrer les limites du modèle de Free

Les députés ont évoqué les récents embouteillages au niveau de la portabilité des numéros mobiles. Stéphane Richard explique que la partie technique est gérée par un GIE qui fonctionne avec des volumes prévisionnels transmis par les opérateurs. Selon le dirigeant d’Orange, Free Mobile aurait dû donner des prévisions plus conformes à ce qu’il attendait comme abonnés. Il profite de l’occasion pour souligner que, dans beaucoup de cas, le délai de portabilité est respecté et le retard est plutôt du côté de la réception de la carte SIM.

Logo de Free MobileCe dernier argument fait partie de l’artillerie déployée par Stéphane Richard pour atteindre un but précis : mettre en évidence les failles d’un modèle low cost dans la téléphonie : « Avec le low cost, on perd la perception de la valeur du service. »

Stéphane Richard va aller plus loin dans sa démonstration en affirmant que si l’arrivée de Free Mobile est une bonne affaire pour le consommateur, elle se révèle plutôt mauvaise pour le contribuable. Le dirigeant estime que l’Etat est « le grand perdant » dans l’histoire. Selon lui, la valeur de sa participation dans France Télécom a baissé de 4 milliards d’euros avec l’attribution de la quatrième licence mobile.

Si le charme a apparemment moins agi auprès des élus que lors de l’audition de Xavier Niel, le dirigeant d’Orange s’est montré plutôt efficace dans la défense de son modèle économique. En axant son argumentation sur la proximité (boutiques, investissement dans les zones rurales…) et l’impact de France Télécom dans l’économie française (100 000 salariés en France, rôle dans de déploiement des nouvelles technologies comme la fibre, la 4G…), Stéphane Richard se fait l’incarnation d’un opérateur puissant mais raisonnable face à un trublion plutôt malin jouant les coups de bluff.

Deux questions restent encore en suspend : Quelle sera la décision de l’ARCEP concernant la terminaison d’appel mobile ? Quel résultat donneront les nouvelles mesures de couverture de Free Mobile ? Il faudra attendre le printemps pour connaître les réponses à ces questions et ainsi désamorcer les polémiques sur ces épineux sujets.

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