A 16:54 dans Institutions, Mobile

Appels d’urgence et systèmes d’alertes : les eurodéputés mobilisés pour le 112

19
SEP
2017
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Les parlementaires européens veulent œuvrer pour l’amélioration du 112, le numéro d’urgence européen. Et poussent pour la création de systèmes d’alertes nationaux.

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Appels d'urgence : des propositions pour renforcer le 112Le 112 permet depuis plusieurs années déjà de contacter les services d’urgence où que l’on se trouve en Europe, sans frais, à supposer que la zone soit couverte par un opérateur, et parfois même sans aucune couverture apparente. Plus accessible, plus efficace : le numéro d’urgence doit encore évoluer pour devenir la bouée de sauvetage universelle des Européens en détresse, en particulier lors de déplacements intra-Union.

Tel est en tout cas l’avis des eurodéputés réunis au sein de la commission au Marché intérieur et à la protection du consommateur (IMCO). Lors d’un vote sur le projet de directive européen le 4 septembre dernier, plusieurs amendements ont été proposés afin de muscler le dispositif. Des avancées notamment saluées par l’European Emergency Number Association (EENA), une ONG qui défend les intérêts des services d’urgence et fournisseurs de solutions à Bruxelles.

Système d’alerte publique : vers un 112 inversé ?

La proposition phare de la Commission IMCO ne concerne pas à proprement parler les appels d’urgence : elle porte sur la mise en place dans les Etats membres d’un système de « 112 inversé ». Objectif : alerter « efficacement » les citoyens en cas de catastrophe naturelle ou d’autres urgences, comme les attaques terroristes qui se sont multipliées sur le Vieux continent depuis deux ans.

Sous quelles modalités ? Le modèle retenu par le gouvernement français (SAIP), n’a pas convaincu le sénateur Jean-Pierre Vogel. Au-delà des « défauts structurels » du dispositif pointés dans son rapport du 28 juin 2017, le parlementaire rappelait l’inconvénient que constitue l’installation préalable de l’application. Un défaut crucial que gomme le système dit de « diffusion cellulaire », par lequel un message d’alerte prioritaire est envoyé à tous les utilisateurs mobiles présents dans la zone concernée. Ce qui nécessite toutefois des investissements jugés trop conséquents par les opérateurs, expliquait le sénateur.

Autre piste, les SMS géolocalisés, bien moins chers à mettre en œuvre, mais qui posent d’autres problèmes : vitesse d’acheminement en cas de saturation des réseaux, caractère non prioritaire du message ou encore risque d’agrégation des données personnelles. C’est cette solution qu’ont mise en place en juin dernier les autorités belges dans le cadre du dispositif BE-ALERT. Mais qui nécessite, pour satisfaire aux exigences relatives à la vie privée, de se pré-enregistrer pour recevoir un éventuel SMS d’alerte.

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Le serpent se mort donc la queue… Sans parler des problèmes techniques que posent la mise en place de ce dispositif pour certains pays moins bien dotés en système d’information. Ou du risque de voir une telle disposition se heurter à la volonté de préserver les compétences de protection civile, qui restent l’apanage des Etats membres. Autant d’éléments susceptibles de faire obstacle à cette proposition, toute noble qu’elle paraisse dans son principe. De son côté, Benoît Vivier,  chargé d'affaires publiques à l’EENA, veut croire que l’intérêt de la mesure finira par l’emporter sur les réticences nationales.

Améliorer l’accessibilité

Sur le versant appels de secours, premier enjeu pour le 112 : qu’il permette à tous les Européens de contacter les services d’urgence. Ce qui implique, au préalable, qu’ils en connaissent l’existence. Les eurodéputés demandent ainsi que les Etats membres veillent à informer « correctement » leurs citoyens sur le 112, et pas seulement lorsqu’ils voyagent, comme le suggérait la proposition initiale de Bruxelles.

Sans oublier de livrer les informations d’accessibilité aux personnes en situation de handicap (atteintes de surdité et troubles du langage notamment). Ces dernières font l’objet d’une attention toute particulière de la part des parlementaires, notamment sur la question des services de communication utilisés (téléscripteurs, visio). Ce afin de faire en sorte, comme le souhaite l’exécutif européen, qu’elles disposent d’un accès aux appels d’urgence « équivalent à celui dont bénéficient les autres utilisateurs finaux ». A l’heure actuelle, un numéro existe en France, le 114, pour permettre aux personnes ayant des difficultés à entendre ou à parler d’alerter les secours. Mais de nombreux autres pays en sont encore dépourvus.

Au passage, les eurodéputés incluent également les réseaux privés dans la boucle du 112, afin, par exemple, qu’il ne soit plus nécessaire de taper le « 0 » pour effectuer un appel sortant, avant de composer le numéro d’urgence.

Traitement des appels plus efficace

Autre domaine dans lequel le 112 doit progresser : la prise en charge des appels, qui devra être équivalente au traitement des communications vers les numéros d’urgence nationaux. Et ce, précisent les eurodéputés, « en tenant compte la nécessité de fournir une réponse en plusieurs langues ». Pour s’assurer du bon fonctionnement du 112 à travers l’Union, il s’agirait aussi de mettre en place des « indicateurs de performance » qui serviraient à évaluer, tous les deux ans l’efficacité du dispositif.

Dans le même ordre d’idée, la commission IMCO propose la création d’une base de données transnationale intégrant les numéros des différents services d’urgence européens, afin de leur permettre de communiquer entre eux. L’outil existe déjà officieusement, à l’initiative de l’EENA, nous explique Benoît Vivier,  pour permettre aux professionnels de l’urgence de rentrer en contact lors de situations impliquant plusieurs services dans différents pays. Un fonctionnement artisanal assez surprenant au vu des enjeux, et qui mérite sans doute qu’on le consolide.

Une géolocalisation plus précise grâce au smartphone ?

Dernière avancée voulue par la commission IMCO : la possibilité d’utiliser les données de géolocalisation issues des terminaux mobiles. Ce qui permettrait aux services d’urgence de repérer l’endroit précis d’où provient l’appel. Si l’idée est évoquée dans l’exposé des motifs du projet de directive, elle ne figurait pas dans le texte avant l’intervention des eurodéputés. Et comme pour le 112 inversé, elle nécessitera de surmonter certaines difficultés techniques.

Principe : un appel au 112, qui ne permet de localiser que l’antenne-relais par laquelle a transité l’appel, déclenche quelques instants plus tard l’envoi automatique par le smartphone d’un SMS aux services d’urgence, précisant les coordonnées exactes de l’appel. Cette fonctionnalité dite d’« Advanced Mobile Location » est intégrée aux terminaux Android depuis la mise à jour de juillet 2016. Prête à l’emploi, elle n’est cependant activée que dans une poignée de pays, ceux ayant consenti les investissements nécessaires aux adaptations techniques. La liste compte huit pays en tout dans le monde, dont sept en Europe, mais n’inclut pas la France pour l’instant.

Gros point noir du dossier : Apple boude l’initiative. Les appareils de firme à la pomme disposent déjà de quelques fonctionnalités d’urgence, comme le système d’appel de secours géolocalisé de l’Apple Watch ou le mode « panique » développé pour les iPhone. Mais l’EENA aimerait voir le fabricant prendre pleinement part au mouvement. Après plusieurs mois de vaines sollicitations, indique Benoît Vivier, un premier contact vient tout juste d’être établi. Affaire à suivre...

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