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Le Troll de la semaine : Albanel et les livres numériques

16
AVR
2010
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Christine AlbanelLes rapports se suivent et ne se ressemblent pas. La petite trentaine de pages de celui remis par Christine Albanel à François Fillon concernant le livre numérique pourrait s’apparenter à un gag. L’ancienne ministre y dévoile des vérités toutes faites et, surtout, va totalement à contre-sens de ce qui l’a amenée à mettre en place Hadopi.

Rappelez-vous, chers internautes, le bon temps où Christine Albanel investissait les rangs de l’Assemblée pour défendre son projet de riposte graduée pour sauver l’industrie musicale. La grande prêtresse Hadopienne, marraine de notre Troll hebdomadaire, revient sur le devant de la scène grâce à son rapport sur le livre numérique.

Intitulé « Pour un livre numérique créateur de valeur », ce document dresse une analyse assez pointue de la situation de l’édition numérique. Alors que pour la musique, l’ennemi numéro 1 était le téléchargeur, pour le livre, les grands dangers sont au nombre de trois : Google, Amazon et Apple.

Selon le rapport, ils sont « susceptibles de déstabiliser la chaîne du livre, soit en s’arrogeant des prérogatives de l’éditeur, soit en provoquant une certaine désintermédiation, par exemple à travers la pratique de la vente directe par l’éditeur au risque de faire disparaître le libraire, sans oublier « l’auto-édition » qui peut tenter certains auteurs célèbres, dans l’espoir de conserver à leur seul bénéfice les droits d’exploitation numériques de leurs ouvrages ou des auteurs inconnus qui trouvent là l’occasion de proposer leurs œuvres, même si elle n’ont pas convaincu un éditeur. » Et face à eux, Christine Albanel entend défendre le projet culturel français.

Il est vraiment étonnant que l’ancienne ministre s’inquiète de la puissance d’Amazon ou d’Apple dans l’édition numérique alors que cette dimension lui a totalement échappé pour ce qui est de la musique en ligne.

Quid du piratage des livres numériques ?

piratesChristine Albanel écrit : « Il apparaît enfin que si 3 livres piratés sur 4 sont disponibles en vente papier, 95% des livres piratés ne font pas l’objet d’une offre numérique légale, ce qui montre que si le souhait d’accéder à des ouvrages épuisés ou non disponibles existe, la motivation du piratage repose également sur le prix mais aussi sur le désir de disposer de contenus en format numérique. »

Si les « pirates du dimanche », comme les appelait l’ancienne ministre, étaient la cible principale de la loi Hadopi, Christine Albanel prend pour la première fois en compte des paramètres importants : la disponibilité des œuvres et leurs tarifs. Une dimension qui a été totalement oubliée dans la loi « Création et Internet » mais qui apparaît ici comme une circonstance atténuante.

TrollChristine Albanel dresse la conclusion suivante : « le meilleur rempart contre ce fléau est le développement d’un modèle offrant la plus grande richesse de contenus dans des conditions d’utilisation les plus simples possibles, ce qui correspond aux attentes d’un lecteur, qui est aussi un usager quotidien de l’internet, avec les réflexes liés à sa pratique du réseau. » Elle en vient même à proposer l’idée très originale d’appliquer une TVA réduite à 5,5 % sur les livres numériques pour que le marché se développe.

Au final, l’idée lumineuse qu’elle a combattue pendant les longs mois de débats consacrés à la riposte graduée lui apparaît ici comme la meilleure solution : une offre variée, riche, utilisable dans de bonnes conditions et accessible à un tarif raisonnable. N’était-ce pas ce que demandaient les internautes et les nombreux acteurs de l’industrie culturelle au lieu de mettre en place un bête système de coupure d’accès ? Le retournement de veste de l’ancienne locataire de la Rue de Valois a de quoi laisser pantois…

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