A 12:04 dans Opérateurs

Fin des frais de roaming en Europe : des gigas et des dégâts

16
JUIN
2017
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Comment Orange, SFR, Bouygues et Free ont intégré la fin du mobile surtaxé en Europe ? Premier bilan de l’opération itinérance.

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Dès demain, plus rien à payer de plus pour appeler, envoyer des SMS ou utiliser Internet depuis et vers l’un des 28 Etats-membres, territoires ultramarins compris. Voulue par Bruxelles, l’« itinérance aux tarifs nationaux » est déjà incluse dans les offres des quatre principaux opérateurs français. Mais la fin des frais de roaming est une figure imposée qui leur coûte. Pour amortir le choc, il s'agissait donc d'au moins en faire un argument commercial, voire de récupérer ailleurs l'argent perdu. Pendant ce temps, du côté des petits opérateurs, la donne se complique.

Des opérateurs généreux

Fin des frais de roaming : les offres voyage des opérateursUne satisfaction pour commencer : plusieurs de nos poids lourds des télécoms n’ont pas hésité à aller plus loin que ce que leur imposait la Commission européenne. Quitte à intégrer une nouvelle contrainte, autant s’en inspirer pour faire la différence… Stratégie choisie par Free, qui avait grillé la politesse à tout le monde en mars dernier en appliquant la nouvelle donne sur son forfait à 19,99€ avec trois mois d'avance.

Prix du buzz pour Xavier Niel, prix de la simplicité pour Orange. L’opérateur historique a en effet choisi de permettre à tous ses clients d’utiliser l’intégralité de leur forfait en Europe et DOM. Ce qu’il n’était pas obligé de faire en matière d’Internet mobile, mais permet de communiquer un message simple et séduisant à ses abonnés futurs ou existants. Une approche également adoptée par SFR, qui va même plus loin avec des enveloppes supplémentaires exclusivement réservée aux usages depuis l'Europe et les DOM (2h +2h, 20 Go+20 Go).

Bruxelles, oubliée du roaming

Des largesses, certes, mais que les opérateurs ont la fâcheuse tendance à imputer à leur seule générosité. Difficile, en effet, de trouver mention de l’initiative européenne à l’origine de ces évolutions dans leurs communications en direction des clients. Les offres mobiles « s’améliorent encore » et « s’enrichissent », indiquent leurs sites web ou les mails et SMS envoyés aux abonnés. Quasiment aucune mention de l’institution bruxelloise pour expliquer le changement. Souvent critiquée, cette dernière n’aurait pourtant pas refusé qu’on lui témoignât un peu de crédit pour cette avancée qui bénéficiera à tous les consommateurs en voyage.

Roaming : les opérateurs oublient la Commission

SFR et RED : les abonnés informés ?

Exception notable : la filiale d'Altice, dont les pages web « Abolish Roaming » mises en ligne il y a quelques semaines sur les sites de ses deux marques font explicitement référence à la « réglementation européenne ». Au-dessus d’un module destiné à expliquer aux clients actuels comment évoluera leur forfait. Initiative louable… Encore faut-il connaître son existence. Ce qui ne semble pas être le cas de nombreux clients RED, qui n’ont, à ce jour, tout simplement pas été averti de la fin des frais d'itinérance. Quant aux clients SFR, il semble qu’ils aient été prévenus en ordre dispersé…

Tarifs en hausse ou services en baisse

Plus crispant pour nombre d’abonnés : les modifications contractuelles qui ont accompagné l’introduction du roaming inclus. Ainsi, les clients Bouygues n’ont guère goûté les hausses de prix appliquées aux forfaits mobiles et la suppression de l’avantage multi-lignes. Le tout en contrepartie de nouveaux services (roaming, bouquet presse) dont nombre d’abonnés se plaignent de n’avoir aucune utilité. Sans compter la suppression de la Suisse des destinations incluses en itinérance au 3 juillet, qui a achevé de hérisser ceux qui en profitaient.

Mentionnons aussi la disparition, sur les forfaits Sosh, de l’utilisation sans frais de l’application Libon. Un changement également déploré par nombre d’abonnés qui pouvaient ainsi appeler gratuitement depuis le monde entier via Wi-Fi.

On peut encore signaler le cas particulier des clients qui avaient choisi de payer un peu plus cher pour un forfait spécial Europe. Ils en sont aujourd'hui pour leur frais, puisque ces destinations sont désormais incluses. Pas sûr, par exemple, que tous les clients concernées chez SFR trouvent leur compte dans transformation de l’ancien avantage Europe en avantage Suisse et Andorre…

Le summum est atteint chez Bouygues, où les anciens forfaits B&You et Sensation Europe ont, semble-t-il, tous perdu les appels et SMS depuis la France vers l’Europe et les DOM dans la manœuvre. Pour certains clients, qui bénéficiaient déjà du roaming inclus dans les mêmes conditions qu’aujourd’hui, il s’agit donc d’une véritable régression…

La fin des frais pour les consommateurs, pas pour les opérateurs

Frais d'itinérance en Europe : le coût pour les opérateursC’est que l’opération n’est pas blanche pour les opérateurs, et ce sur deux tableaux. Si l’abonné ne paie plus rien de plus pour ses communications depuis l’Europe, son utilisation des réseaux étrangers (appels, SMS, Internet mobile) continue d'être facturée à son fournisseur.

Vos appels depuis l’Allemagne et votre data en Espagne restent donc à la charge de votre opérateur, sur la base d’un prix de gros révisé en forte baisse pour faire passer la pilule. Avec un effet deuxième lame pour les opérateurs des pays les plus touristiques – et la France n’est pas le moindre. En particulier sur la data, qu’Orange, Bouygues et les autres ne pourront plus facturer qu’à hauteur de 7,7€/Go, au lieu de 50€ auparavant, aux opérateurs des Européens voyageant en France.

Un manque à gagner total qu’Orange chiffre, pour son seul exercice 2017, à 130 millions d’euros de moins sur son résultat brut (Ebitda). Pas étonnant, donc, que les opérateurs cherchent à limiter la casse. Et que la France ait figuré parmi les pays partisans de prix de gros plus élevés lors des négociations préalables à la mise en œuvre du nouveau règlement roaming…

Concurrence faussée ?

Objet d’un compromis arraché en début d’année, les tarifs de gros (HT) ont finalement été fixés à 3,2 centimes par appel, 1 centime par SMS et 0,77 centime/Mo. Trop haut, ont encore une fois averti les MVNO, ces petits opérateurs sans réseau en propre, à l’instar de NRJ Mobile, Syma ou Coriolis en France. Ceux-là ne peuvent se permettent d’aller plus loin que les exigences de la Commission, comme le prouvent les offres mises en ligne aujourd’hui, parfois assorties de suppressions de services elles aussi.

Un « déséquilibre concurrentiel » qui « risque de nuire au consommateur en termes de tarifs, de variété d'offres et d'innovation », s'alarmait hier encore l'association MNVO Europe. Qui craint pour l'impact de la fin des frais d'itinérance sur les finances de ses membres. Ainsi, le lobby « ne serait pas surpris de voir un certain nombre d’opérateurs transmettre une demande de dérogation » au nouveau règlement roaming, et l’obtenir. Voire d’assister à une hausse de tarifs dans certains marchés.

Une fois n'est pas coutume, l'exécutif européen se voit donc accuser de fausser le jeu de la concurrence. Soucieux de rééquilibrer la donne, les petits opérateurs réclament à présent une « étude d’impact approfondie », en amont du réexamen des prix de gros, qui n’interviendra qu’en 2019. Pour l'heure, la trajectoire doit conduire le prix du gros du giga à 6€/Go au 1er janvier prochain et progressivement jusqu'à 2,5€/Mo en 2022.

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