A 16:35 dans SFR

Forfaits mobiles : comment SFR justifie sa hausse de prix

10
JUIL
2017
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Après Bouygues en juin, c’est au tour de SFR de se lancer dans une vaste opération d’augmentation des tarifs. En contrepartie, toujours plus de data et de services… encore faut-il en avoir l’utilité.

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SFR a une bonne nouvelle et une mauvaise nouvelle pour ses abonnés. La bonne : des avantages voix ou data illimitée et l’arrivée de nouvelles chaînes TV exclusives dans leur offre. La mauvaise : une augmentation des tarifs pour une grande partie du parc. La méthode est désormais éprouvée : une douceur pour faire passer une facture un peu plus salée. Avec, in fine, l’objectif de pousser un peu plus ses offres à valeur ajoutée.

« Votre offre mobile SFR évolue »…

A l’image de « l’enrichissement » des offres Bouygues le mois dernier, la marque qui deviendra bientôt Altice propose à son tour « plus de liberté et plus d’illimité » à ses clients existants grâce à des offres « Privilège ». Les clients commencent à connaître la musique : cette entrée en matière annonce en général des hausses de tarifs. Ici, il est question d’illimité : sur les appels pour ceux qui n’en bénéficient pas actuellement, et sur l’Internet mobile (pendant 12 mois) pour ceux qui disposent déjà des appels illimités. En sus, pour tout le monde, des contenus premium : 8 chaînes exclusives accessibles là aussi pendant un an, dont MyCuisine, Syfy, 13e Rue, E ! Entertainement ou les déclinaisons Discovery.

SFR : augmentation des tarifs et offres privilège

… votre facture aussi

« Pour refléter cet enrichissement », poursuit l’opérateur sur sa page dédiée, les conditions tarifaires évoluent également, très opportunément en plein été. Quelques euros de plus en fonction des offres - 5 euros pour un abonnement à 20 euros, selon l'exemple étudié par Next Inpact. Une bonne affaire, avance SFR, au regard des 14,98€ que vaudrait réellement l’illimité voix ou des 19,98€ de l’Internet illimité, assortis des nouvelles chaînes.

Admettons. Mais, pour le client, deux choses à savoir : s’il ne veut pas de ces services supplémentaires, il peut les refuser, mais n'échappera pas pour autant à l'augmentation. Deuxième point : l’internet illimité et les chaînes TV Privilège s’auto-résilieront au bout de 12 mois. Conclusion : SFR a beau présenter ces euros supplémentaires comme des « prix d’ami » pour de nouveaux services, il ne s’en agit pas moins de hausses de tarifs, quoique temporairement compensées.

Opération ARPU

Augmentation de la data, roaming inclus : les « cadeaux » du printemps allaient bien finir par se payer. Intégrés sans hausse des tarifs dans un premier temps, les gigas supplémentaires consommés et les usages à l’étranger ont un coût pour l’opérateur, et l'on pouvait craindre qu'ils ne se répercutent sur l'abonné. Sans oublier le déploiement à vitesse grand V qu’a dû consentir SFR pour améliorer sa couverture 4G. Face à cette hausse des coûts et des investissements, il était sans doute urgent de redresser un ARPU mobile (revenu mensuel moyen par abonné) qui dégringole pour sa part doucement mais sûrement, de 29€ en 2013 à 25,4€ en 2016.

La convergence en ligne de mire

Au-delà de cette équation financière « classique », le mécanisme de compensation choisi pour justifier ces hausses de prix s’inscrit dans la stratégie annoncée depuis plusieurs mois déjà par la maison-mère Atlice. Qui souhaite s’imposer grâce à une stratégie de convergence dans laquelle les contenus à valeur ajoutée lui permettront de surclasser la concurrence. L’idée donc ici est certainement de mettre en avant ses programmes exclusifs, pour inciter les abonnés à les conserver par la suite. Mais pas seulement.

En basculant une grande partie de son parc sur de la data illimitée pendant un an (hors mode modem), l’opérateur lève mécaniquement un frein à la consommation de contenus mobiles. Ses clients gorgés de data seront alors plus susceptibles de craquer pour des contenus qu’ils ne trouveront nulle part ailleurs. Chaînes maison (MyCuisine) ou distribuées en exclusivité (SyFY, 13e, Rue, E!, galaxie Discovery), sans parler de programmes comme la Champions League, acquise à grand frais il y a quelques semaines.

Zero-rating à l’envers

On n’est pas loin, finalement, du fonctionnement du zero-rating (data non décomptée du forfait pour certains services). Mais à l’envers, ce qui permet d’évacuer les problèmes inhérents à la pratique. Car alors que le zero-rating peut faire naître des distorsions de concurrence en incitant l’utilisateur à privilégier un service plutôt qu’un autre, Altice et SFR, en choisissant la voie de la data illimitée, n’ont plus qu’à laisser l’attractivité naturelle de leurs programmes exclusifs faire le travail. Le tout sans s'exposer aux critiques que peuvent rencontrer d'autres opérateurs en Europe.

Reste à voir si le pari de la data illimitée débridera les usages. Surtout lorsqu’on sait que la consommation moyenne des clients utilisant de l’Internet mobile, si elle augmente à vue d’œil, ne représente encore que 2,8 Go par mois, selon les derniers chiffres de l’Arcep. Pas sûr, en tout cas, que tous les clients y trouvent leur compte : ceux qui ne font qu’un usage limité d’Internet en mobilité ne verront là qu’une hausse de prix arbitraire. Qu’ils risquent fort de faire payer à SFR par une résiliation sans frais.

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