A 9:48 dans Câble, Fibre optique

Vers un nouveau monopole Orange sur la fibre entreprise ?

Par
16
JUIN
2017
Partager cette actu sur :

Les opérateurs télécoms alternatifs regroupés sous la bannière Alternative Télécom tirent la sonnette d’alarme depuis de nombreux mois. La création d’une nouvelle situation de monopole sur la fibre entreprise par Orange menace toute une filière du secteur des télécoms. Entretien avec Bernard Lemoine et Léonidas Kalogeropoulos…

FacebookTwitterGoogle+

Bernard Lemoine et Leonidas Kalogeropoulos

L’avenir numérique de la France entière est potentiellement menacé ! Telle est la mise en garde émise depuis de très nombreux mois par les opérateurs télécoms alternatifs pour les pros. Ils se retrouvent dans une situation très délicate. Ceci à cause d'une situation de monopole d'Orange sur les zones denses et moyennement denses (ZTD et zones AMII).

La raison ? Un réseau fibre optique qui n’est pas ouvert aux autres opérateurs, contrairement à ce qui se passe sur le grand public.

Une situation dénoncée également par l'Autorité de la concurrence, l’ARCEP, la FIRIP, les collectivités et de nombreux industriels du secteur des télécoms.

Vers une nouvelle situation de monopole ?

Orange profite en effet de sa situation privilégiée sur ces zones issue de son monopole historique en tant qu'opérateur historique France Telecom. De fait Orange possédait déjà les infrastructures de Génie Civil (canalisation, poteaux, fourreaux...) pour déployer plus rapidement et à moindre coût ses câble de fibre optique, notamment à destination des entreprises.

Pour le grand public, la mutualisation des réseaux fibres est actée et fonctionne plutôt bien. Ainsi, Bouygues Telecom et Free peuvent proposer leurs offres Box fibre sur des réseaux FttH déployés par d'autres opérateurs.

Intention de passer à la fibre

Reproduire le concept du dégroupage cuivre sur la fibre optique !

Là où Orange a déployé un réseau de fibre optique, les opérateurs demandent la mise en place d'une offre activée. Il s'agirait d'un accès au réseau fibre optique pour tous les opérateurs, selon un principe de location tarifée par l'ARCEP et les instances gouvernementales.

Alternative Télécom, mais également l'AOTA ou les instances de la filière fibre, insistent sur la nécessité d’un socle législatif et réglementaire plus ambitieux. Son but serait de garantir la mise en place d’un dynamisme concurrentiel sur le marché du Très Haut Débit Fixe à destination des entreprises.

INTERVIEW

Nous avons profité d’une interview avec Bernard Lemoine (Président de NERIM et Vice-Président d’Alternative Télécom, en charge du Collège Fixe) et de Léonidas Kalogeropoulos (Délégué Général de l’Association Alternative Télécom), pour faire le point sur la situation.

Quelle est la situation pour Alternative Telecom à ce jour ?

leonidas kalogeropoulosActuellement, les opérateurs MVNO pros représentent 10% du marché, et sur le fixe, ce sont aussi des centaines de milliers de clients. Mais la convergence des offres et les besoins en THD, donc en offres en fibre optique, font que nos membres ne peuvent plus être compétitif.

Surtout, Orange représente plus de 70% du marché télécoms destinés aux professionnels, et sûrement beaucoup plus sur le Très Haut Débit. Sur la fibre dédiée il y a de la concurrence, mais sur la fibre mutualisée, il n’y en a quasiment pas. Il y a un acteur ultra-dominant, Orange, qui ne propose pas d’offre de gros activée sur la BLOM (Boucle Local Optique Mutualisée).

Bref, avec la convergence et la digitalisation du marché entreprise, les sociétés qui veulent profiter de la fibre optique mutualisée en zones denses n’ont pas réellement de choix.

Les opérateurs télécoms alternatifs sont pourtant présents sur les réseaux SFR et sur les RIP ?

En effet, sur les réseaux opérés par SFR ou d'autres opérateurs, le problème ne se pose pas. SFR propose bien une offre activée sur son réseau câble (BSoD), en technologie DOCSIS. Sur nos clients B2B, l’éligibilité BSoD de nos clients est très faible, de l’ordre de 10 à 15%. Sur les RIP, par principe même, les réseaux fibres optiques sont ouverts.

D’ailleurs parfois avec des solutions plus innovantes. Notamment avec des débits symétriques très appréciés par les entreprises. De fait, la concurrence est ouverte, saine et équitable sur ces réseaux. On aimerait un fonctionnement similaire sur les zones AMII et les zones urbaines de la part d’Orange.

Mais le paradoxe vient du fait que là où il y a de la concurrence, il n’y a pas de beaucoup de clients (zones peu denses)… et réciproquement.

Quel est le timing du plan d'action que vous préconisez ?

Bernard LemoineIl y a grande urgence ! Nous ne pourrons pas attendre 12, 18 ou 24 mois qu’une décision soit prise et appliquée par l’ARCEP ! Chaque jour, nous perdons des clients. Cela vient du fait de leurs besoins de passer au THD pour rester compétitif. Ils n’ont comme seul choix que de passer chez Orange. De fait, on est en train de recréer une situation de monopole, avec l’opérateur historique qui profite de la migration des entreprises vers la fibre en étant le seul acteur présent !

Et on sait très bien qu’une fois qu’un client aura signé avec Orange, le plus souvent avec un engagement de durée, il nous sera très difficile de pouvoir le convaincre de revenir chez nous…

Appelons un chat un chat : on est en train de reconstituer un monopole de la part de l’opérateur historique ! Tout temps perdu conduit au renforcement inéluctable du monopole d’Orange.

D’autres solutions transitoires sont-elles envisageables selon Alternative Telecom ?

Il est une idée qui traîne : une solution en marque blanche, pour revendre une offre Orange Pro sous un autre nom. C’est une solution diplomatique, absolument pas une solution industrielle.  C’est de la poudre aux yeux. Nous ne sommes pas des traders, nous sommes de véritables opérateurs. Nous voulons une offre activée afin de proposer des offres adaptées et enrichies avec des services de qualité.

De même, il est aussi question d’un troisième acteur, le 'petit nouveau' Kosc Telecom. Cet opérateur devrait venir proposer des offres de gros. Mais là aussi, les délais de mise en place sont un vrai risque pour notre industrie. Sans parler des conditions de ces offres, qui sans consultations croisées, pourraient ne rien changer.

Avec Orange, le dialogue est-il au point mort ?

Nous avons adressé à Orange des demandes pour mettre en place au plus vite une offre activée sur leur réseau fibre mutualisée à destination des entreprises. Cela permettrait à l’opérateur de remplir ses tuyaux fibres et de toucher des revenus supplémentaires. De quoi lui permettre d’amortir plus vite ses investissements. De fait, Orange pourrait aussi accélérer encore les déploiements de ses réseaux fibre optique sur tout le territoire.

Un cercle vertueux et une concurrence saine qui serait bénéfique pour tous, y compris pour l'opérateur historique ! Il semble évident qu’à un moment donné, l’opérateur devrait proposer une offre de gros aussi sur son réseau fibre entreprise, mais le temps nous manque. Nous ne laisserons pas le scénario des 18 mois de délais se dérouler…

ARCEP Numérisation entreprises

Des offres de gros activée Orange sur la BLOM ? Oui, mais quand ?

Avec la numérisation de l’économie qui est le cheval de bataille du gouvernement, il est impératif de ne pas distordre la concurrence et d’accélérer l’accès aux offres THD, chez les particuliers et les entreprises.

Pour ces dernières, il est évident que le problème est identifié. Mais les pistes de solutions restent floues et trop lointaines… Après l’élection présidentielle et les législatives, les cabinets ministériels sont en cours de constitution. Il faudra attendre la confirmation des ministres, notamment de Mounir Mahjoubi, le nouveau Secrétaire d’État au Numérique. Peut-être pour espérer avoir une prise de position plus ferme de la part du Gouvernement ?

FacebookTwitterGoogle+

Articles en relation

comments powered by Disqus