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P.Y. Machavoine (Nomotech) : « Un nouveau chapitre dans le plan France THD serait logique » pour la 4G fixe

7
JUIL
2017
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Face à l’urgence numérique dans les territoires, quel espace dans le plan France THD pour la 4G fixe ? Pierre-Yves Machavoine (Nomotech) nous répond.

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Nomotech : la 4G fixe pour attendre la fibre ?Alors que les collectivités alertent sur l’urgence du très haut débit dans les territoires, l’exécutif fait le forcing pour tenir les échéances du plan THD. En promouvant, notamment, le recours aux solutions hertziennes là où la fibre optique ne pourrait pas aller. Avec l’annonce par l’Arcep de l’attribution de fréquences dédiées en septembre, les astres s’alignent donc pour les spécialistes de la 4G fixe (TD-LTE) comme Nomotech.

Le spécialiste du haut-débit par réseau hertzien annonce d’ailleurs le lancement de sa premières offres sur les Réseaux d'initiative publique, en Seine-et-Marne dès septembre, et la signature de contrats sur quatre autres départements d’ici à la fin de l’année. Son directeur réseaux Pierre-Yves Machavoine revient avec nous sur les enjeux et perspectives de cette technologie dans le cadre du plan France THD.

Degroupnews : Le Président Macron a pris publiquement position pour l’alternative 4G fixe il y quelques semaines. Comment expliquez-vous le regain d’intérêt pour cette technologie depuis le début de l’année ?

C’est vrai que l'intervention d’Emmanuel Macron a fait pas mal bouger les lignes depuis une quinzaine de jours. Mais c’est un sujet sur lequel nous travaillons depuis au moins deux ans, et sur lequel nous avons déjà travaillé avec son cabinet, ce qui explique sans doute qu’il soit assez au fait de la question. Je ne sais pas véritablement ce qui l’a fait bouger, mais je sais que, lorsqu’on prend un peu de recul, sur l’aménagement numérique du territoire, on a des experts du domaine qui nous disent que le FTTH, ça sera long. Il y a eu aussi le rapport de la Cour des comptes en janvier, qui a émis des réserves sur le budget du plan. Et c’est aussi un mouvement issu du terrain, des collectivités confrontées à la nécessité de répondre aux besoins immédiats en THD de leurs administrés.

Degroupnews : Quel est le ressenti des collectivités par rapport à l’alternative 4G fixe ?

Nous sommes régulièrement sollicités par des départements pour savoir comment faire pour répondre à la problématique du THD. Paradoxalement, Nomotech n'a jamais été jamais autant été sollicité pour faire de la radio que depuis que les collectivités veulent faire de la fibre. Au mois de janvier, l’Arcep a fait une consultation pour voir quel était l’intérêt d’attribuer des fréquences pour faire de la 4G fixe, ils ont eu énormément de réponses d’industriels et de collectivités, l’AVICCA s’est mobilisée, la FiRIP (dont Nomotech est membre, ndlr) également, et c’est ce qui a déclenché le fait d’attribuer des fréquences. Il y a une vraie prise de conscience au niveau des entités publiques, qu’elles soient nationales ou locales, sur la nécessité de technologies alternatives en attendant le FTTH.

Degroupnews : Quelles sont les prochaines échéances pour Nomotech ?

L’enjeu, ce sont les fréquences, et de pouvoir bénéficier du plus large spectre possible, puisque plus nous aurons de fréquences disponibles, plus nous pourrons faire passer de débit, aujourd’hui du 30 Mb/s, demain du 60 Mbs/S et peut-être plus. L’Arcep a confirmé que des fréquences allaient être attribuées en septembre pour faire de l’aménagement numérique du territoire, et que nous allions bénéficier de 40 MHz minimum de bande passante.

Le dispositif doit être mise en place en septembre. Pourquoi septembre ? Parce que c’est important que l’on n’attende plus. Cela fait déjà près de trois ans que nous travaillons sur ce type de technologie. Elles sont matures, nous en avons fait la démonstration : Nomotech a déjà commencé à déployer de manière expérimentale, en collaboration avec l’Arcep, et des particuliers les testent depuis plusieurs mois déjà. Maintenant, la grosse attente des collectivités, c’est de pouvoir rentrer dans le concret. Elles ont besoin aujourd’hui de cet outil pour parachever la complétude de la desserte THD au niveau de leur territoire. Et pour répondre aux besoins des citoyens qui réclament du très haut débit tout de suite, pas dans cinq ou dix ans.

Degroupnews : Les collectivités qui avaient déjà misé sur la radio seront avantagées…

Effectivement, les départements qui ont déjà initié un réseau radio vont partir avec un potentiel supérieur parce qu’il y a déjà dans certains départements des pylônes. Celles qui n’ont pas fait ce choix-là par le passé, si elles veulent retenir la 4G fixe, devront investir dans des pylônes, mais pour un coût qui n’a rien à voir au regard du FTTH, de l’ordre de quelques millions d’euros pour couvrir un département.

Vu l’ordre de grandeur entre l’investissement sur le FTTH et la 4G fixe, nous estimons qu’il y a la possibilité de mettre en place ce type de solution d’attente de la fibre optique pour pouvoir répondre immédiatement aux besoins des territoires. Car l’intérêt de la 4G fixe est aussi qu’elle se déploie beaucoup plus vite : pour couvrir un département il faut compter 12 à 18 mois, contre plusieurs années pour la fibre. Il y a véritablement une fenêtre ouverte aujourd’hui, pour qu’en attendant la fibre optique, on puisse déployer ce type de technologie.

Degroupnews : Malgré tout, les collectivités ont-elles les moyens d’investir dans cette solution transitoire, en plus des engagements pris sur le déploiement de la fibre optique ?

Aujourd’hui, une collectivité qui veut investir sur un réseau radio n’a pas la possibilité d’avoir des subventions d’Etat. C’est-à-dire que l’Etat ne subventionne, à travers le Plan France THD, ni la fibre optique dont on a besoin pour raccorder un site, ni le pylône, ni les antennes, ni les équipements actifs. C’est entièrement à la charge de la collectivité, alors que le plan France THD permet des choses sur la fibre et sur le cuivre. Il serait logique qu’il y ait un nouveau chapitre dans le plan France THD qui intègre la possibilité de cofinancer, également par l’Etat, ce type d’installation. Sachant, que ce sont des montants qui restent modestes à l'échelle du plan, et qui ne sont pas de nature à la remettre en cause.

Degroupnews : Justement, l’accélération actuelle sur la 4G fixe est-elle compatible avec les ambitions à long terme sur le FTTH ?

Nous sommes d’accord pour dire qu’il s’agit d’une solution complémentaire. Il n’existe pas dans la gamme d’outillage d’aménagement numérique, l’outil absolu qui réponde au tryptique : faire du THD à 1 Gb/s, très rapidement, et pour pas cher. Il y a eu beaucoup d’investissement sur la fibre optique, car effectivement, c’est l’avenir, c’est le média par excellence. On sait bien par contre que cela a des coûts et des délais de déploiement très importants. Il y a aussi des choses qui peuvent être faites sur le cuivre.

Mais une fois ces deux actions réalisées, on s’aperçoit que sur un département, il y a encore des difficultés, des zones non desservies. On ne peut pas imaginer que des franges entières de la population attendent encore 10, 15 ou 20 ans que la fibre optique arrive. C’est là qu’intervient la 4G fixe, et la combinaison de ces trois outils fait qu’on doit pouvoir proposer un aménagement numérique harmonieux du territoire, dans des délais qui soient relativement proches de nous.

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