A 11:33 dans Fibre optique

Plan France THD : UFC-Que Choisir dénonce la fracture et la facture

27
SEP
2017
Partager cette actu sur :

UFC-Que Choisir dresse un constat alarmant du déploiement du THD et met en garde contre une inflation de la facture Internet pour les consommateurs lors du passage à la fibre.

FacebookTwitter

Alors que les pouvoirs publics s’efforcent de rétablir une équation du plan France THD malmenée depuis des mois, UFC-Que choisir rue dans les brancards avec une étude en forme de réquisitoire. Elle y dénonce les inégalités persistantes en matière d’accès à un Internet de qualité sur le territoire, que le plan France THD ne sera pas en mesure de résorber dans les délais prévus. Autre préoccupation : « un risque majeur de transhumance forcée des consommateurs vers un Internet cher » une fois que la fibre optique aura supplanté l’ADSL. L’Arcep et les pouvoirs publics sont invités à réagir.

Mauvais haut débit

Premier constat de UFC-Que Choisir : la situation « dramatique » de 11% des foyers français n’ayant pas accès à un abonnement Internet offrant au moins un débit théorique de 3 Mb/s. Ce qu’on définira, en étant très indulgent, comme étant le minimum vital. S’y ajoutent 9% encalminés entre les 3 et 8 Mb/s théoriques, que l’association de consommateurs jugent insuffisants pour bénéficier de l’ensemble des services de base, y compris la visiophonie.

Une pierre jetée au passage dans le jardin d’Emmanuel Macron, dont l’objectif transitoire de « bon haut débit » - initialement défini entre 3 et 8 Mb/s - pour tous en 2020 n’a pas l’honneur d’une seule ligne dans cette étude. On notera d’ailleurs qu’hier dans Le Monde, le secrétaire d’Etat Julien Denormandie à la Cohésion des territoires se montrait plus ambitieux sur cet objectif intermédiaire, évoquant « un débit minimum de 8 Mb/s » pour tous « dès 2020 ».

Haut débit des villes, bas débit des champs

Un seuil qui reste de toutes façons insatisfaisant aux yeux de UFC-Que Choisir, au regard d’usages toujours plus gourmands en débit, et multiples au sein d’un même foyer. Et que seul le très haut débit est en mesure de satisfaire, ce qui laisse de côté une large majorité d’usagers dans les communes de moins de 1 000 habitants. Seuls 20,6% des foyers y ont en effet accès à une offre THD – soit 30 Mb/s théoriques, et ça se gâte si on durcit les critères. En retenant le seuil de 100 Mb/s pour exclure les mauvais VDSL et autres câbles chétifs, on constate que jusqu’aux communes de moins de 10 000 habitants, la disponibilité d’un THD musclé reste rare.

Le THD supérieur à 100 Mb/s dans les territoires, selon UFC-Que Choisir

L’association de consommateurs déplore ainsi que la stratégie de déploiement du THD n’ait fait qu’aggraver le fossé numérique entre zones urbaines et zones peu denses. Moins prioritaires sur le papier car disposant déjà d’un accès Internet de qualité sur le cuivre, les grandes agglomérations, plus rentables pour les opérateurs, ont pourtant été les premières à être fibrées.

D’où l’appel lancé au gouvernement, sommé « d’orienter en priorité ses financements dans les réseaux de l’Internet fixe dans les zones aujourd’hui dépourvues d’un Internet de qualité ». A cet égard, pas sûr que les attentes de l’association soient comblées par le Grand Plan d’Investissement, qui se borne à réaffirmer l’engagement de 300 millions d’euros restant à engager sur le total de 3,3 milliards initialement promis pour le THD dans les territoires. Et pas sûr non plus que chaque département ou région soit disposé à renégocier de nombreux plans de déploiement désormais sur les rails.

Objectifs « quasiment inatteignables »

Sur le volet déploiement justement, UFC-Que Choisir n’y va pas non plus de main morte. Quitte à dramatiser un tantinet les chiffres pour mieux se faire entendre. Elle prophétise ainsi un taux de couverture en fibre optique de 42,1% en 2022, bien loin des 80% visés. Mais retient pour y arriver une moyenne de déploiement – 1,38 million/an sur les quatre dernières années – artificiellement figée et bien inférieure à la dynamique actuelle, qui tournait autour de 2,5 millions sur les 12 derniers mois au pointage le plus récent. Et conserve ce rythme quelque peu artificiel pour brandir une perspective très polémique de 80% FttH en 2035, à la veille d’un rapport parlementaire qui plaidera pour du 100% FttH dès 2025.

UFC-Que Choisir : 80% FttH en 2035

Si l’on s’en tient aux données invariables – 22,7 millions de foyers à couvrir en six ans (chiffres à fin 2016) – on ne peut que partager le diagnostic de l’association : « il faudrait couvrir 3,78 millions de logements en FttH d’ici à 2022 » pour tenir cet objectif de 80%. Alors que 2017 touche à sa fin sur un rythme inférieur à 3 millions, on dépasse même les 4 millions de prises à déployer lors des 5 prochaines années. Les efforts cumulés d’Orange (2 millions sur les 12 derniers mois), de SFR, qui promet 2 à 2,5 millions par an, et des autres opérateurs positionnés sur les réseaux d’initiative publique (150 000 sur les 12 dernier mois) y suffiront-ils ? Si arithmétique n’est pas pratique - les opérateurs ne son pas exempts de reproches sur leurs engagements passés - on peut toutefois juger catastrophiste les retards anticipés par l’association.

Le 100 % THD en 2022 à la trappe ?

Pour sa part, UFC-Que Choisir reste persuadée que cette faillite annoncée du plan THD sur le FttH condamne « de facto » l’objectif de 100% très haut débit en 2022. Et doute, d’une manière générale, que l’on parvienne à accomplir la seconde moitié du chemin – 50% de la population bénéficiait du THD à fin 2016 – dans les cinq ans qui restent.

Un chemin semé d'embûches que le gouvernement s’emploie à déminer, en négociant d’arrache-pied avec les opérateurs afin de les contraindre à accélérer sur les déploiements 4G, qui pourraient pallier les déficiences du réseau filaire. Sans oublier l’appoint de la 4G fixe, pour laquelle l’Arcep doit prochainement libérer de providentielles fréquences. Cela suffira-t-il ? L’association, là encore, se montre sceptique. Car, à supposer que les déploiements soient effectivement réalisés, sur la 4G et le VDSL notamment, débit théorique ne vaut pas performance réelle, estime-t-elle , non sans avoir souligné les mauvais résultats de la France en la matière.

Hausse de la facture

On l’aura compris, UFC-Que Choisir voit d’un mauvais œil le choix consistant à privilégier la fibre pour apporter le THD à un maximum de Français. Elle dénonce un « calendrier intenable » sur le FttH « aboutissant à écarter des solutions transitoires, comme la montée en débit sur les réseaux cuivre », malgré leurs limites. Une stratégie de déploiement qui, selon elle, pourrait laisser durablement au bord du chemin quelque 7 millions de foyers, essentiellement en zone rurale. Entre préparation de l’avenir numérique et urgence dans les territoires, trouver le juste équilibre est délicat : UFC-Que Choisir estime qu’un poids accru du cuivre dans le mix permettrait de redresser la balance, sans qu’on sache vraiment comment tout cela pourrait entrer dans les plans des collectivités.

Au-delà de son rôle potentiel dans l’amélioration du débit servi aux territoire, l’ADSL a un autre intérêt pour l’association : celui de constituer un point d’ancrage empêchant actuellement le tarif de la fibre de s’envoler. Elle met ainsi en garde - même si rien n’y est pour l’instant arrêté à cet égard - contre ce qu’elle perçoit comme une « transhumance forcée » vers la fibre, perçue en filigrane du nouveau statut de Zone fibrée. Qui plus est sur un marché où la garantie d’une véritable intensité concurrentielle ne lui paraît pas optimale – le « quasi-monopole » d’Orange sur le déploiement des réseaux est notamment montré du doigt.

Fibre optique : une hausse de la facture de 30%, selon UFC-Que Choisir

Autant d’éléments qui pourraient déboucher, selon ses calculs, sur une inflation de 30% de la facture finale, pour des offres fibre durablement ancrées autour des 40 euros, sous l’effet d’un tarif de location de la boucle locale beaucoup plus élevé qu’en ADSL. Estimant « la facture payée par le consommateur la grande oubliée de l’équation » du déploiement fibre, l’association réclame ainsi de l’Arcep une « analyse prospective sur l’évolution à long terme des tarifs d’accès à l’Internet fixe au regard des coûts de déploiement et d’accès aux réseaux FttH ».

L'étude d'UFC-Que Choisir

FacebookTwitter

Articles en relation

comments powered by Disqus