Vendée Numérique : cap sur la fibre avec Orange, un CREM pour rester maître à bord

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FEV
2018
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Vendée Numérique a inauguré la semaine dernière son réseau public de fibre optique. Le GIP a confié le marché à Orange mais garde la main sur le déploiement.

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65 000 foyers raccordés en fibre et plus de 5 000 entreprises : c’est l’objectif que se donne Vendée Numérique d’ici à fin 2019. Une ambition rappelée par le Groupement d’intérêt public à l’occasion de l’inauguration officielle de son réseau fibre le 24 janvier dernier. Officielle, car, depuis décembre, les premières prises FttH sont commercialisées pour les particuliers dans le secteur de Challans. Pour l’heure, seul Orange, en charge du déploiement, propose ses offres, « mais les négociations sont actuellement ouvertes et avancées avec d’autres opérateurs », nous indique Vendée Numérique. Côté entreprises, la commercialisation a également débuté, avec une offre plus diversifiée.

Ces ouvertures illustrent les priorités stratégiques définies par le département dans le premier volet de son schéma d’aménagement numérique (SDTAN 1). D’une part, fibrer les 13 villes les plus importantes du territoire (hors agglos de La Roche-sur-Yon et des Sables d’Olonnes, en zone AMII). Après Challans, la fibre optique débarquera ainsi dès 2018 dans les foyers de Montaigu, Fontenay-le-Comte, Les Herbiers et Mortagne sur Sèvre. Au programme également d'ici à fin 2019, 1 000 sites dits « prioritaires » : santé, éducation, économie, administration, culturel…

Fibre en Vendée : Challans,Montaigu, Fontenay-le-Comte, Les Herbiers et Mortagne sur Sèvre

Les entreprises de Vendée au cœur du dispositif

Dernier élément structurant : la mise en place de « liaisons dédiées et sécurisées (FttE) » pour les entreprises. Un axe de déploiement qui, précise Vendée Numérique, entend « pérenniser voire dynamiser le modèle économique singulier des entreprises à la campagne qui a fait la réussite du territoire vendéen ». Cette spécificité a conduit non seulement à prioriser la disponibilité du FttE – 400 zones d’activité doivent être équipées d’ici à fin 2019 – mais aussi son accessibilité.

Pour irriguer un tissu économique composé à 98% de PME (moins de 50 salariés) et à 93 % de TPE (moins de 10), l'idée était en effet « démocratiser » l’accès à la fibre entreprise. D’où la cohabitation de deux offres : l’une passive, l’autre activée en partenariat avec Orange Wholesale France « sur la base d’une nouvelle offre qui constitue une première en France, » annonce le GIP, « le FttE (offre Très Haut Débit professionnel) : débit garanti, symétrique, GTR4, ligne dédiée et sécurisée… à un tarif de raccordement et d’abonnement nettement inférieur aux offres FttO proposées en zones rurales habituellement ». Une articulation qui a déjà convaincu 4 opérateurs en propre, trois opérateurs de gros et 9 distributeurs de se positionner sur ce RIP.

Vendée Numérique : l'offre fibre entreprises FttE

Vendée Numérique garde la main

Pour pouvoir déployer cette stratégie,  un montage juridique original a été retenu : le marché CREM (Conception, réalisation, exploitation, maintenance). Là encore, « une première en France », souligne Vendée Numérique, qui compte sur ce dispositif pour conserver la totale maîtrise du projet. Contrairement à une DSP classique, ce véhicule lui permet en effet d’être propriétaire du réseau dès le départ, d’en assurer la commercialisation en direct avec les opérateurs, et surtout de garder la main sur le pilotage de son déploiement « dans l’espace et dans le temps ».

L’idée est en effet de rester maître du calendrier, mais aussi de prioriser l’aménagement du territoire – avec les objectifs de desserte détaillé ci-dessus  - plutôt que la rentabilité. Là où le modèle habituellement retenu, la DSP, incite l’opérateur, qui investit et se rémunère sur l’exploitation du réseau, à « déployer rapidement les prises les plus rentables », analysait le département dans son SDTAN 2, publié en décembre dernier. Modèle qui, en contrepartie, permet aux collectivités de réaliser de substantielles économies, comme l’illustrent les derniers marchés signés. De son côté, le projet vendéen, dans sa première phase, est entièrement financé sur fonds publics, à hauteur de 92 millions d’euros, dont près des trois quarts à la charge des collectivités.

L'option DSP ne convainc pas

Et pour la seconde phase, qui vise à fibrer l’ensemble du territoire vendéen d’ici à 2025, c’est la même logique qui semble s’imposer. Car pour la suite des événements, le département penche déjà ouvertement pour un Marché public global de performance (MPGP), « prolongement naturel » du CREM, écrit-il dans son SDTAN 2. « L’enjeu stratégique de l’aménagement numérique équilibré de tout notre territoire se place au-dessus de l’intérêt financier plus immédiat », peut-on notamment y lire.

Quant à l’option DSP, plus alléchante financièrement, elle n’est décidément pas en cour. Son « équilibre financier à moyen et long terme interroge au regard du constat actuel en Vendée : un déploiement de la zone AMII de seulement 20 % des prises en 3 ans », cingle la collectivité, « et des contraintes de déploiement importantes, aussi bien en zone privée qu’en zone publique ».

Bon haut débit pour 74% des locaux

Pour équiper tous les locaux du département post-2020, on s’oriente donc vers un investissement public conséquent : 270 millions d’euros, dont 200 millions à la charge de la région, du département, de Vendée Numérique et des intercommunalités. Le tout pour installer un nombre encore considérable de prises - 273 000 -  sur une zone d’initiative publique qui figure au 6e rang français en termes de locaux à desservir. Un projet qui pourra toutefois s’appuyer sur les acquis de la première phase, avec un parc de 90 Nœuds de raccordements optique (NRO) tous installés avant 2020.

Vendée : la fibre dans 13 communes en 2020

La perspective de très haut débit par la fibre reste néanmoins lointaine pour une grande partie du département, représentant 80% des foyers et entreprises de la zone d'intervention publique (voir ci-dessus). D'où une vaste poussée sur le cuivre ces trois dernières années :  121 opérations de montée en débit, qui ont amélioré le sort de 33 000 lignes. Résultat : 74% de locaux bénéficient aujourd'hui de 8 Mb/s minimum, le fameux seuil de « bon débit » édicté l’été dernier par l’Elysée.

La radio en renfort en attendant le 100% fibre

Malgré cet effort, plus de 58 000 lignes restent en-deçà de ce seuil aujourd'hui, et quelque 25 000 le seront encore en 2020 à l’issue du SDTAN 1, selon les projections du département. Pour ceux-là, restent les solutions alternatives : les box 4G des opérateurs, qui pourront profiter de la fibre de Vendée Numérique pour densifier leur couverture, et proposer plus massivement cette solution d’attente, conformément aux préconisations de l’Arcep. Et surtout le THD Radio, actuellement à l’étude. Cette solution pourra s’appuyer sur l’infrastructure WiMax existante pour tenter d’atteindre l'échéance de 2020, puis celle du 100% Très haut débit en 2022, prévue par le plan France THD.

Carte réseau Wimax Vendée  

Le GIP devait se porter candidate aux fréquences libérées en début d’année et les mettre à disposition d’Altitude Infrastructure, exploitant sortant du réseau, puis de son éventuel successeur. Si les débits promis sont au rendez-vous (30 Mb/s), la perspective semble prometteuse au regard de l'emprise du réseau actuel sur le département. Reste à voir comment le THD Radio cohabitera avec les box 4G des opérateurs...

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