A 15:30 dans Fibre optique, RTTH

E. Macron et THD : du débit pour tous en 2020, oui mais lequel ?

18
JUIL
2017
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Le président de la République a finalement arbitré en faveur d’une réponse rapide, dès 2020, à l’impatience numérique dans les territoires. Quitte à bouleverser la marche du plan France THD.

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Il y avait deux trajectoires. Poursuivre dans les rails du plan France Très Haut Débit en l’état, et inviter de nombreux citoyens en zone rurale à attendre encore de longues années avant de bénéficier d’une connexion Internet digne de ce nom. Ou se concentrer sur des objectifs de court terme pour offrir à tous les internautes, faute de très haut débit, les 8 à 10 Mb/s qui constitueront le minimum vital d’ici quelques années. C’est finalement cette dernière piste qui a été retenue par Emmanuel Macron. Estimant que la fracture numérique est « la première chose qui nourrit les extrêmes », le chef de l’Etat veut faire vite, très vite.

Complémentarités technologiques

« Je souhaite encore accélérer ce calendrier afin de parvenir à une couverture en haut et très haut-débit d’ici la fin de l’année 2020 », a-t-il ainsi annoncé. L’auditoire bourdonne : oui, il a bien dit 2020, et pas 2022. Mais il a aussi dit haut-débit, soit 8 Mb/s au minimum, ce qui n’est plus la même chose que le très haut débit (à partir de 30 Mb/s). Car l’accélération du plan à une contrepartie évidente : un mix technologique s’appuyant sur des technologies plus rapides à déployer, mais moins performantes que la fibre optique. Parce qu’il est « impossible de tenir la promesse de tirer de la fibre dans tous les logements de la République », Emmanuel Macron souhaite à présent « regarder la nature du plan qui a été pensé par l’Etat pour envisager les complémentarités technologiques ».

Pour en savoir plus, ne comptons pas, en revanche, sur l’expertise du Président, qui s’est borné hier à mettre en avant « les complémentarités entre la fibre et le mobile, et en particulier l’Internet mobile ». Avant de s’embarquer dans un curieux programme : « Nous pouvons déployer des cellules dites cellules femto, et nous pouvons jouer sur la complémentarité avec le déploiement satellite ».

Feu de tout bois

On s’appuiera plus volontiers sur le délai imparti – trois ans – et la composante HD/THD pour anticiper les technos utilisées : 4G à usage fixe (TD-LTE) et satellite, et pourquoi pas encore un peu de montée en débit sur cuivre, en plus des actions déjà engagées sur la fibre. L’objectif étant notamment de subvenir aux besoins des zones rurales, la Fédération des industriels des Réseaux d’initiative publique est déjà sur le coup. Suite à la réunion interministérielle du 13 juillet, elle a ainsi annoncé qu’elle proposerait une feuille de route au gouvernement afin de « tendre vers l’objectif de 100% » de Français connectés en THD en 2020.

Les pouvoirs publics misent probablement sur toutes les solutions possibles pour apporter à l’ensemble des Français une connexion décente. Et il n’est pas interdit de penser que les solutions « 4G fixe sur réseau mobile » des opérateurs OCEN (Box 4G de Bouygues, 4G Home d’Orange) puissent trouver leur place dans le puzzle qui s’annonce. Lorsqu’il évoque la problématique du THD, l’insistance du Président sur l’alternative de l’Internet mobile et sur la lenteur des déploiement 3G/4G des opérateurs semble en tous cas aller dans ce sens.

Là aussi, Emmanuel Macron entend en tous cas accélérer le mouvement. Et « prendre d’ici à la fin de l’année des dispositions nouvelles d’incitation et de contrainte à l’égard des opérateurs de téléphonie ». Si les contraintes restent à fixer, les mesures incitatives sont déjà connues : report des reconduction des licences mobiles et révision de la fiscalité sur les infrastructures des réseaux mobiles (Ifer). Au pire, l’Etat prendra sur les 50 milliards du plan d’investissement pour aller déployer « là où des carences seront constatées » et « se substituer aux opérateurs défaillants », a précisé le président Macron.

Qui veut gagner des mégas ?

Pour parer à l’urgence, se profile donc un assemblage disparate de solutions technologiques qui feront sans doute des heureux à court terme. Même si les solutions alternatives ne sont pas sans inconvénients : contraintes topographiques sur la LTE fixe, risques d’engorgement et fair-use sur les box 4G et le satellite. Mais il y aura peut-être aussi des déçus, dans le cas de foyers ou d’entreprises déjà sur le seuil des 8 à 10 Mb/s. Ceux-là, déjà pourvus en haut-débit, risquent fort de passer en bas de la liste des priorités pour pouvoir tenir les objectifs de ce calendrier resserré. A cet égard, il sera intéressant de voir comment les schémas d’aménagement numérique des territoires (SDTAN) arbitreront la question.

Mais l’impact de la nouvelle impulsion présidentielle sur les objectifs des collectivités à moyen-long terme sera scruté d’encore plus près. Le fait d’avoir répondu à l’urgence ne risque-t-il pas de se traduire par un « lâcher-prise » sur les objectifs en matière de fibre optique ? Et, passé quelques années, de rouvrir une fracture numérique que n’aura colmatée qu’un temps le présent plan ? Après l’annonce d’Emmanuel Macron, Etienne Dugas, président de la FiRIP, affirme pour sa part que répondre à l’urgence avec un plan « France Bon Débit » n’hypothèque pas l’avenir numérique du territoire :

Pendant ce temps, chez SFR…

Dans un courrier transmis au gouvernement, la FiRIP réaffirme en tout cas qu’elle sera au rendez-vous du plan THD, avec « des engagements de déploiement effectif du FttH compatible avec l'échéance de 2022 ». Contrairement aux grands opérateurs, qui accumulent les retards en zones moyennement denses (AMII), rappelle opportunément la Fédération, au moment où SFR/Altice affiche des ambitions qui laissent perplexes les milieux des télécoms.

SFR veut fibrer la FranceRésolu à fibrer la France intégralement et sur ses propres deniers, l'opérateur organise demain une conférence de presse sur le sujet. Il y expliquera plus en détail pourquoi il veut bâtir une infrastructure concurrente aux Réseaux d’initiative publique, quitte à faire capoter ces derniers. Et surtout comment il compte s’y prendre pour faire tout seul ce que les différents acteurs du déploiement jugent difficilement réalisable à l’échelle du secteur.

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