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THD Radio : déploiement, concurrence, 5G… Le point avec Philippe Le Grand (Nomotech)

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JUIL
2018
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Les projets THD Radio décollent doucement depuis six mois. Premier enseignements et perspectives avec le vice-président de Nomotech, Philippe Le Grand.

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Philippe Le Grand, VP NomotechLe gouvernement promet le Très haut débit (THD) pour tous les Français à fin 2022 : 30 Mb/s minimum, dont plus de 2 millions de foyers et entreprises ne pourront pas bénéficier via la fibre optique, le câble ou éventuellement le cuivre (VDSL), selon le dernier Observatoire du THD d'InfraNum (ex-FiRIP). Ceux-là devront s’en remettre, au moins temporairement, au satellite, ou à la solution THD Radio, pour laquelle une partie de la bande de fréquence 3,5 GHz est exclusivement réservée jusqu’en 2026. L’Arcep a ouvert en décembre dernier un guichet où collectivités et opérateurs peuvent déposer leurs demandes d’autorisation pour pouvoir exploiter cette partie du spectre (3410-3460 MHz)..

Six mois plus tard, nous en sommes à 5 dossiers déposés, et un accepté pour l'instant. Un départ poussif ? Non, nous assure Philippe Le Grand, à l’occasion d’un entretien. Pour le vice-président de Nomotech, l’un des principaux pourvoyeurs de solutions THD Radio en France, il s’agit simplement de la traduction des délais nécessaires aux études et délibérations avant le lancement d’un appel d’offres, 1 à 2 ans en général. Avec quelques collectivités « avant-gardistes », qui ont pu dégainer rapidement, comme la Seine-et-Marne, ou la Charente, deux départements signés par Nomotech en 2017. Sans oublier la Vendée, qui choisira son opérateur de réseau en septembre.

THD Radio : fréquences Arcep

Une vingtaine de projets THD Radio en deux ans

D’autres collectivités sont sur les rangs, à divers stades : Eure et Bourgogne-Franche-Comté ont déjà annoncé leur intention de lancer un appel d’offres, trois autres départements ont fait une déclaration de lancement d’appel d’offres, tandis que 13 ont annoncé qu’ils intégreraient le THD Radio à leur projet d’aménagement numérique. D’ici 18 à 24 mois, ce sont donc une vingtaine de projets qui se concrétiseraient. « C’est un peu plus rapide que ce qu’on avait prévu », confie Philippe Legrand, qui s’attend à terme à voir émerger 40 à 50 projets de Très haut débit radio sur le territoire.

Où verront-ils le jour ? Plutôt sur des collectivités affichant un planning de déploiement de fibre optique « raisonnable », résume le dirigeant. Entendez : pas sous trois, quatre ou cinq ans pour du 100% FttH, délais jugés irréalistes par notre interlocuteur. Et ayant aussi identifié un ensemble significatif de locaux non desservis à 8 Mb/s actuellement, et a fortiori 30 Mb/s d’ici 5 ans. Ce qui représente en général, pour une collectivité donnée, un effectif de 20 000 à 30 000 locaux ayant besoin d'une solution d'attente, pas seulement en zone rurale du reste. Et pas forcément, non plus, sur des territoires déjà équipés d’infrastructure radio : « Sur la trentaine de départements qui n’avaient jamais fait de radio, il y en a cinq ou six qui se disent aujourd'hui intéressés par cette technologie ».

300 000 abonnés THD Radio en 2022

Le taux de pénétration des offres THD radio va osciller selon les territoires entre 10 et 20% – plutôt 20 que 10 – au bout de deux ans d'exploitation, estime Philippe Le Grand. Sa projection sur ces bases : 250 000 à 300 000 abonnés THD radio en France à fin 2022, tous réseaux confondus.

Pour l’heure, le VP de Nomotech se félicite d’une performance commerciale « conforme, voire supérieure à nos espoirs ». Dans la Seine-et-Marne, « en deux à trois mois, sur les sites ouverts à la commercialisation, nous avons doublé le nombre d’abonnés ». Un engouement alimenté, poursuit-il, par le surcroît de débit, les services ou encore la présence de plusieurs fournisseurs d'accès.

Objectif Gigabit

TDH Radio NomotechIl s’agit désormais de consolider cette tendance en montant en puissance sur les débits : « Nous sommes en train de réfléchir à la transcription de la 5G sur le fixe », annonce-t-il ainsi. En deux étapes, une première en « 4,5G », qui devrait permettre de monter à 100 Mb/s d’ici fin 2020, et une seconde, d’ici quatre ans environ, qui délivrerait des débits « de l’ordre du Gigabit ». Une telle évolution exigera des adaptations techniques, mais nécessitera aussi de pouvoir « utiliser pleinement la fréquence », c'est-à-dire l'intégralité des 50 Mhz alloués.

En parallèle, la question de la disponibilité à plus long terme du spectre se posera aussi. « Ce que nous avons demandé au sein d'InfraNum, c’est une prolongation de l’échéance » d’utilisation de la fréquence, de 2026 à 2031, pour suivre le calendrier de la 5G mobile. « Il faudra prolonger l’utilisation de cette fréquence tant elle sera indispensable pour les territoires », prophétise un Philippe Legrand peu optimiste sur les perspectives de 100% FttH promises à certains départements sous 4 ou 5 ans. Et d’autant moins, insiste-t-il, dans le contexte actuel de tension sur la main d’œuvre et l’approvisionnement en fibre.

Plus de discrimination

Des débits démultipliés sous 2 à 5 ans : un argument de plus à faire valoir auprès des collectivités, en plus d’un coût présenté comme modeste comparé à l’effort requis pour le FttH. 100 à 150€ la prise raccordable en THD Radio, soit 3 à 5 millions par département. Un poids financier supplémentaire, néanmoins, en parallèle d'investissements déjà lourds dans la fibre. De quoi les faire hésiter ? Non, affirme Philippe Le Grand : ces montants représentent moins de 1% du budget THD des collectivités, avec à un coût à la prise dix fois inférieur au FttH.

Pas vraiment d’obstacle financier, donc, pour le THD Radio. Ce qui n’empêche pas InfraNum, dont Nomotech est membre, de plaider pour un soutien accru de l’Etat à ces projets. Par exemple en piochant dans le reliquat de 300 millions d’euros de subventions du Fonds pour la société numérique (FSN) « disponibles immédiatement » - affirmation qui fait débat. L'idée est avant tout de « ne pas être frappé de discrimination vis-à-vis des autres technologies », nuance Philippe Le Grand, après des années de prime au cuivre. A cet égard, les industriels du secteur attendent le lancement, en septembre, d’un appel à projets de l’Agence du Numérique qui permettra aux FAI présents sur les réseaux THD Radio de se référencer. Objectif : permettre aux foyers éligibles de prétendre à une aide d’Etat de 150€ pour les aider à s’équiper et se raccorder.

4G fixe et « perlimpinpin »

Quid de la concurrence potentielle des offres « 4G fixe » sur réseau mobile des opérateurs nationaux ? Font-elles hésiter les collectivités qui envisagent une solution THD Radio ? « De la poudre de perlimpinpin », tranche Philippe Le Grand, qui ne pense pas que ces offres seront viables sur un réseau 4G mobile qu’il voit saturé à moyen terme. « Vous avez connu le meilleur de la 4G », martèle-t-il ainsi, prophétisant une dégradation des performances dans les années à venir. « Il y a eu jusqu’à 50 000, peut-être 100 000 abonnés sur ces offres 4G fixe sur réseau mobile, mais on est arrivé au maximum de ce que ces solutions pouvaient offrir », insiste le dirigeant de Nomotech. Qui n’y voit qu’une alternative complémentaire, par exemple sur des zones impossibles à couvrir en THD Radio, au même titre que le satellite.

Les collectivités entendent-elles ce discours ? Globalement oui, même s'il « faut parfois faire de la pédagogie ». On note toutefois que certains territoires, bien qu’équipés WiMax, ne misent pas pour l’instant sur le THD Radio pour viser le 30 Mb/s, malgré un programme de déploiement FttH « raisonnable » au sens précisé plus haut.

Et les utilisateurs ? Ne se tourneront-ils pas plus volontiers vers ces offres portant le label de grands opérateurs. Tenus, qui plus est, de déployer chacun leur solution 4G fixe d’ici à la fin de l’année ? Une puissance commerciale dont convient Philippe Le Grand : « Cela va nous prendre un peu d’abonnés, des utilisateurs que nous aurions pu convertir au THD Radio », reconnaît-il, mais pas de quoi l’inquiéter outre-mesure. Sur les réseaux radio d’ancienne génération exploités par Nomotech, la déperdition d’abonnés au profit de la 4G fixe se chiffre ainsi à 10% maximum. Le satellite, en comparaison, a plus souffert de cette concurrence, conclut-il.

   

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