A 16:55 dans Fibre optique, RIP

Eric Jammaron : Axione prêt à fibrer en zone privée « dans un cadre légitime »

24
NOV
2017
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Eric Jammaron, directeur général délégué d’Axione, fait le point sur les derniers déploiements de fibre optique réalisés par l’opérateur de réseaux dans les territoires. Et fait part des ambitions de son groupe face aux nouvelles exigences formulées pour le plan France THD.

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Eric JammaronPlus de 2,3 millions de prises fibre optique contractualisées sur le territoire, et 4 millions envisagées d'ici 5 ans. Telle est la trajectoire envisagée par Axione, qui distille pour l’heure ses premières commercialisations sur plusieurs réseaux d’initiative publique.

Dernière étape en date pour l’opérateur de réseaux, filiale du groupe Bouygues : les Hauts-de-France, où quelque 11 000 foyers et entreprises situés en zone d’initiative publique peuvent d’ores et déjà souscrire à une offre fibre. Ce à peine 12 mois après la signature de la délégation de service public entre la société de projet d’Axione, THD 59/62, et le syndicat mixte chargé de superviser les déploiements sur le Nord et le Pas-de-Calais, La Fibre Numérique 59/62.

THD 59/62 : premières commercialisations

« Un temps record », se félicite Eric Jammaron, qui attribue cette célérité à l’effort de coopération territoriale mené par ses équipes. « On a beaucoup fédéré au niveau des entreprises locales », avec, entre autres, « la mise en place d’une plate-forme d’insertion avec les opérateurs locaux de l’emploi ». L’initiative, poursuit-il, a débouché sur le recrutement d’une centaine de personnes sur les 300 actuellement employées par THD 59/62, avec de premiers CDI en ligne de mire. Une performance que le dirigeant ne résiste pas à mettre en perspective avec les difficultés d’autres opérateurs, comme SFR, qui déplorait il y a peu dans la presse nordiste les difficultés à trouver de la main d’œuvre locale.

Au total, Axione compte déployer 120 000 prises supplémentaires sur les deux départements l’an prochain, puis 150 000 en 2019. A l’horizon 2021, l’achèvement de la première tranche de travaux permettra de de raccorder 560 000 locaux. Et non la totalité de la zone RIP 59/62, soit 681 000 prises, comme pouvait le laisser entendre le communiqué publié à cette occasion. Explication : « Une deuxième tranche complémentaire se met actuellement en place pour que l’ensemble soit fini six ans après la signature ».

4 opérateurs déjà présents, Bouygues et Free sous peu

Autre satisfaction : la présence de quatre opérateurs commerciaux dès l’ouverture (Nordnet, K-Net, Ozone et Vitis). Et bientôt six, puisque Bouygues « devrait arriver avant la fin de l’année », suivi de Free, qui s’installera sur son premier RIP « opérationnellement en février 2018 ». Avec l’espoir qu’un effet d’entraînement attire les « autres opérateurs nationaux », même si le contexte actuel de bataille d’appels d’offres sur les RIP n’est pas forcément propice à ce type de collaboration pour l’instant.

Les contrats-cadres nationaux signés avec Bouygues Telecom et Free doivent pour leur part déboucher sur l’arrivée de ces opérateurs sur les réseaux en exploitation. Ce en fonction de leurs stratégies commerciales, qui requiert « un minimum de volume, soit des NRO de 1 500 à 2 000 prises », précise Eric Jammaron. En l’occurrence, « ça déroule » notamment du côté de Bouygues, qui a commencé en octobre à ouvrir ses services dans la Loire (RIP THD 42), et sur le réseau Vaucluse Numérique.

Sur ce dernier RIP, après une première phase pilote qui a permis de commercialiser 10 000 prises, une nouvelle tranche a été engagée par Axione, confirme Eric Jammaron. « Le département a souhaité accélérer les phases complémentaires » initialement positionnées sur des plans quinquennaux ultérieurs « pour engager 50 000 prises additionnelles, et nous allons réfléchir avec le département pour engager rapidement le complément – cela reste encore conditionné – pour terminer d’ici 2022 ».

Coup d’arrêt en Savoie

Trajectoire inverse en Savoie, en revanche. Le département vient en effet de résilier la DSP attribuée en 2016 à la société de projet THD 73 mise sur pied par Axione, qui a été indemnisé à hauteur de 7 millions d’euros. Le tout sur fond d’imbroglio politico-économique, dont « le décryptage est très compliqué, avec des histoires locales de rivalités soit politiques, soit publiques », résume le dirigeant.  « Et il y a aussi un moment, poursuit-il, où le département a été courtisé par des opérateurs » promettant un déploiement gratuit.  Là où la DSP signée avec Axione impliquait une participation publique de plus de 130 millions d’euros, dont 64 millions de la part des collectivités. Sans compter les évolutions technologiques survenues durant les six ans qu’avait mis le projet à se concrétiser.

Une décision accueillie « très douloureusement » du côté d’Axione et de ses employés « qui s’étaient mobilisés, qui avaient même choisi de vivre en Savoie », et qui doivent aujourd’hui organiser leur départ. C’est aussi « un an de conception et d’études mis à la poubelle », ajoute Eric Jammaron, soulignant le temps perdu pour les Savoyards en attente de débit. Un pessimisme que ne partage pas Hervé Gaymard : le patron du département a depuis affirmé que l’ensemble du territoire serait bel et bien intégralement fibré d’ici à 2024. Et à un coût moindre pour la collectivité.

Sanctuarisation et stabilisation

Une déconvenue qui illustre en tout cas la nécessité de clarifier les règles du jeu, et d’assurer la « sanctuarisation des réseaux d’initiative publique », selon le dirigeant. Ambition, justement, de la récente proposition de loi du sénateur Patrick Chaize : « La démarche est excellente » même si le texte « aurait pu aller plus loin », par exemple, sur le rôle des collectivités, réagit-il sans surprise après l’expérience savoyarde. Ce qui ne l’empêche pas d’accueillir favorablement l'initiative, comme toute autre qui contribuera à « stabiliser le cadre » et préserver l’organisation des « énergies » fédérées depuis 2012 par les programmes de THD rural. Des projets d’envergure dont la motorisation industrielle et financière est désormais « prête à partir en vitesse de croisière » pour accélérer le déploiement. Sous condition de stabilité des règles.

L’impératif financier est notamment souligné, dans un contexte où les engagements de fonds privés sur les RIP vont croissant – « sur le Nord-Pas-de-Calais, par exemple, nous avons mis 400 millions d’euros sur la table » – tandis que la part publique fond à vue d’œil. La déstabilisation du cadre réglementaire des RIP risque ainsi de rendre la situation « incompréhensible pour les marchés financiers, les obligataires, les investisseurs institutionnels qui ont confiance dans le fait que les infrastructures numériques représentent un actif pérenne, avec des rendements stables », prévient Eric Jammaron.

Oui à la zone privée, dans « le cadre le plus légitime possible»

Il ne s’agit pas pour autant de déclarer la guerre aux déploiements privés, auxquels Axione « pourrait très bien participer » du reste, poursuit-il. Sous réserve que certains principes soient respectés, avec « des logiques de réseaux ouverts, neutres, et qui puissent accueillir le plus vite possible tous les opérateurs ». Tout en restant « indépendants des fluctuations du marché et de la position économique de chaque acteur » ajoute le dirigeant à la lumière des récentes difficultés de certain opérateur. Il défend à l’opposé des initiatives « 100% financées sur toute leur durée avec des montages financiers dédiés aux projets », jugés « plus rassurants », que ce soit sur les zones publiques ou privées.

Ainsi, « nous sommes prêts, avec Mirova (filiale d’investissement de Natixis/BPCE, Ndlr), à participer à des déploiements en zone d’investissement privé comme peuvent le faire Orange ou SFR. Ce sont des choses que l’on n’écarte pas du tout ». En zone AMII, si d’aventure elles venaient à être repartagées, du moment où cela s’opère « dans un cadre qui soit le plus légitime possible ». Pour atteindre les objectifs de 100% THD en 2022, voire de 100% fibre en 2025, « c’est trop aléatoire que de laisser cela à un ou deux acteurs. Nous sommes prêts à y participer avec des engagements forts et des garanties, à partir du moment où nous sommes légitimes à intervenir dans une zone », justifie ainsi Eric Jammaron.

En phase, donc, avec les réformes suggérées par l’Arcep, et la mise en place d’engagements opposables aussi en zone privée ? « C’est notre métier, tranche-t-il. Et c’est aussi la meilleure des garanties pour respecter un calendrier ». Un discours auquel ont fait écho les pouvoirs publics ces derniers jours, jusqu’au chef de l’Etat hier, promettant des engagements « contraignants » et des « sanctions pécuniaires » pour les opérateurs afin d’accélérer les déploiements. Reste à savoir si d’autres acteurs qu’Orange et SFR seront autorisés à aller déployer en zone conventionnées, comme le suggèrent notamment l'Arcep et l'Agence du Numérique...

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