A 16:31 dans SFR

Altice : le pompier Drahi tente d’éteindre l’incendie boursier

16
NOV
2017
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Alors que l’action Altice dévissait de plus de 40% à Amsterdam, Patrick Drahi a fait amende honorable et défini de nouvelles priorités pour le groupe.

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Altice : chute en bourseLe grand ménage à la tête du groupe n’avait pas suffi à rassurer les investisseurs, et l’action Altice continuait de plonger à la Bourse d’Amsterdam. Il y avait donc urgence à envoyer un nouveau signal fort, et c’est Patrick Drahi lui-même qui s’y est collé – conformément au rôle accru qu’il entend jouer dans la nouvelle gouvernance. D’où son apparition impromptue à la conférence Technology, Media and Telecom organisée à Barcelone par Morgan Stanley.

Finances : place au désendettement

A écouter les dirigeants d’Altice, la dette faramineuse accumulée par le groupe ces dernières années – 50 milliards de dollars – n’est pas un problème. En effet, les échéances de remboursement sont lointaines, 6 ans en moyenne, et pas un centime à rembourser avant 2022 en Europe, le « silo » le plus endetté.

Il n’empêche : après un nouveau trimestre décevant, l’heure est à la sobriété en Europe, où le groupe va désormais se concentrer sur la réduction de l’endettement et l'amélioration de la rentabilité de ses activités. L’idée est de reproduire en Europe ce qu’Altice a accompli aux Etats-Unis, en dégageant la rentabilité et les liquidités susceptibles d’atténuer progressivement l’effet de levier sur sa dette.

Back to basics

« Pas d’acquisition, retour aux fondamentaux, et pas de dépense superflues » pour tenter d’aller puiser dans d’autres sources de revenus, a ainsi détaillé son directeur financier Dennis Okhuijsen. Le tout agrémenté de cessions d’actifs non stratégiques, comme les pylones, et d’autres économies - « plusieurs centaines de milliers d’euros » -  provenant du report du changement de nom de SFR en Altice.

Au chapitre des pertes, le groupe pourra en revanche inscrire une bonne partie des 200 millions d’euros qu’il dégageait grâce au taux de TVA réduit sur les abonnements presse, chiffre donné par Patrick Drahi en personne.

Stratégie commerciale à revoir

Dans cette perspective, les yeux seront bien entendus rivés sur le marché français, où SFR aura bien du mal à être rentable s’il ne parvient pas en parallèle à reconquérir des abonnés. « On doit rendre les clients heureux d’être avec nous », explique le n°1 d'Altice, n’hésitant pas à reconnaître que son groupe « ne s’occupe pas bien d’eux » actuellement.

Ce pourquoi SFR, malgré son « réseau qui fonctionne » et ses « bons produits », a continué de reculer sur un marché français pourtant revigoré en 2017, poursuit Patrick Drahi. La faute, notamment, à une approche commerciale dont l’ancienne équipe dirigeante vient de payer l'échec, et qui conjuguait hausses de prix forcées et vente liée («bundling »), alimentant un peu plus l'hémorragie de clients. C'en est fini de ces opérations très controversées, a ainsi tranché Patrick Drahi, reconnaissant une « mauvaise gestion » de la hausse des tarifs et de la commercialisation des contenus. « Nous avons déstabilisé notre base de clients et n’avons rien gagné en retour », résume-t-il.

Altice : Patrick Drahi tente de rassurerMais il ne s'agit en définitive que de la « mauvaise mise en œuvre » d’une stratégie à laquelle le tycoon des télécoms n’entend au demeurant rien changer : l’avenir reste à la convergence, et le groupe entend bien le prouver dans les années à venir, une fois qu’il diffusera en exclusivité la Ligue des Champions. Un investissement sur lequel il compte bien doubler sa mise, a expliqué Patrick Drahi dans un implacable numéro d'arithmétique. En attendant, d'ici quelques semaines seulement, il « garantit » une amélioration des KPI opérationnels « sur toutes les lignes ».

Et Fibrer la France dans tout ça ?

Grand absent de la discussion : le projet de SFR visant à équiper l’intégralité du territoire en fibre à ses frais, même là où des réseaux publics sont en cours de déploiement ou en projet. Une annonce face à laquelle le scepticisme le dispute à l’inquiétude depuis cet été, tant la direction de SFR s’est montrée inflexible dans son entreprise. Au point de nécessiter un recadrage de la part de l’Arcep, à la demande des sénateurs, suivi d'une initiative législative.

Aujourd'hui, la déconvenue boursière d’Altice semble apporter de l’eau au moulin des collectivités et des opérateurs positionnés sur les RIP, potentiellement menacés par l’initiative de SFR. S'il a su réconforter les investisseurs en réaffirmant les objectifs de son groupe, Patrick Drahi n'a pas démenti la fragilité du modèle de déploiement privé en hors-piste, dont les conséquences imprévisibles sont redoutées dans les territoires.

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