Menaces sur le plan France THD ? Antoine Darodes se veut rassurant !

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11
SEP
2017
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Depuis le mois de juillet et l’emballement suscité par les déclarations de SFR de Fibrer seul la France, ou celles du gouvernement pour un Très Bon Débit pour tous pour 2020, un point avec l’Agence du Numérique était plus que nécessaire.

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Agence du Numérique Nous avons profité de quelques minutes accordées par Antoine Darodes, Directeur de l’Agence du Numérique, pour remettre à plat la situation sur le plan France THD. Déploiements des infrastructures télécoms en France, coup de semonce de SFR, viabilité du plan France THD.

Alors que se multiplient les réunions entre les acteurs des télécoms français, les collectivités, les institutions et le Gouvernement, la rentrée des classes s'annonce très mouvementée aussi sur le plan des réseaux internet et mobile français...


Antoine Darodes, Directeur de l'Agence du Numérique, à propos du plan France THD

DegroupNews : Pouvez-vous nous faire un pré-bilan de l’état du plan France THD pour cette rentrée 2017 ?

Antoine Darodes : Nous n’avons pas encore tous les chiffres définitifs du plan France THD pour le deuxième trimestre, mais nous en sommes à peu près à 55% de couverture en Très Haut Débit. Nous étions à 27% fin 2012, nous sommes sur la trajectoire et nous n’avons pas d‘alertes particulières de retards même si la pente devant nous reste raide.

A la fin du 1er semestre nous étions à plus de 8,9 millions de prises FttH construites. Nous constations depuis quelques mois une accélération des déploiements fibre en zone AMII. A la fin de l’année (T4) on sera sur un rythme annuel de près de 2M de prises FttH uniquement  sur cette zone AMII. Sur les zones très denses, on est en queue de comète… Sur les 6,1 millions de prises de la zone,  plus de 5 millions seront réalisées en fin d’année.

Antoine Darodes, Directeur de l'Agence du NumériqueL’essentiel des efforts s’est transposé sur les zones AMII avec surtout un réveil de SFR. Cela se voit dans les chiffres. Dans cette zone, SFR a déployé deux fois plus de prises fibre sur le premier semestre 2017 que sur l’ensemble de l’année 2016.  C’est plus qu’encourageant même si l’écart avec la dynamique d’Orange sur le FttH reste considérable. L'an dernier, SFR avait déployé moins de 150 000 prises FttH face à près de 1,8 millions pour Orange.  Au premier semestre 2017, Orange a rendu raccordables près de 7 fois plus de prises FttH que SFR. Mais l’important c’est la dynamique d’accélération.

DegroupNews : Pas de retards en zone d'initiative publique suite aux annonces de SFR de fibrer seul toute la France d’ici 2025 ?

Antoine Darodes : Nous n’avons constaté aucun ralentissement du plan France THD qui se poursuit avec une bonne dynamique. On aura une douzaine de marchés qui seront attribués ou qui entreront en négociation exclusive d’ici la fin d’année. Sur les zones d’initiative publique, les projets avancent convenablement même si nous constatons fréquemment quelques retards dans les premiers mois de mise en œuvre opérationnelle. Heureusement, ces retards initiaux sont généralement résorbés par la suite.

Si nous considérons les annonces de SFR avec attention et sérieux, celles-ci n’ont pas particulièrement bouleversé la dynamique même si elle ne manque pas d’interroger les élus. Et cette course à l’échalote pour aller déployer y compris dans des territoires plus ruraux n’a pas eu que des effets négatifs. Cette nouvelle donne avec SFR est même plutôt une bonne nouvelle.

Dans l’absolu, cela signifie plus d’investissements privés, et cela nous conforte dans l’idée que nous allons dans la bonne direction. De son côté, SFR essaye de renforcer sa position en tant qu’investisseur dans les infrastructures, ce qui est largement compréhensible lorsque l’on sait que l’on construit une infrastructure pour plusieurs décennies.

Il fait maintenant tout faire pour bien articuler toutes ces énergies dans le cadre des objectifs politiques visés. Nous sommes prêts à une certaine souplesse et pragmatisme pour accueillir des investissements privés. Mais sans remettre en cause la certitude des objectifs qui sont : une couverture exhaustive : 100% de THD en 2022 et de Bon Haut Débit d’ici 2020. Et à terme la réalisation de la Gigabyte Society. Les discussions sont en cours avec SFR.

Antoinde DarodesJe suis convaincu que l’opérateur a toute sa place dans le Plan France THD et nous sommes prêts à certains aménagements pour que SFR toute sa place aux côtés des autres opérateurs. Mais à la fin, c’est son choix d’adopter une stratégie autonome de stand alone ou alors de s’inscrire dans un schéma global et coordonné d’aménagement numérique du territoire. Nous souhaitons que SFR s’inscrive dans ce Plan et qu’il accepte certaines de ses contraintes. Mais le Plan remplira ses objectifs même si SFR choisit une stratégie isolée non coordonnée. Nous souhaitons faire avec mais nous pouvons faire sans.

Ce qui est certain c’est que la réalisation des objectifs fixés par le Président de la République ne peut dépendre du seul bon vouloir d’un opérateur privé. L’enjeu est tellement stratégique pour les territoires que je ne vois pas comment on peut envisager de ne pas coordonner les acteurs et avoir des garanties de bonne réalisation de la partition. Laisser aveuglément et naïvement faire le marché sans un minimum de coordination, d’organisation et de contraintes, c’est l’assurance que les territoires et les foyers les plus isolés ne seront pas servis dans les délais fixés par le Président de la République.

Si SFR rentre dans une logique de s’inscrire dans le plan national d’aménagement numérique du territoire, nous pourrons alors regarder comment on peut identifier des zones actuellement dans le périmètre des RIP qui pourraient faire l’objet d’engagements de déploiement de l’opérateur.

En effet, tout ceux qui n’ont pas encore lancé leur procédure sont potentiellement concernés par cette nouvelle donne, mais cela peut potentiellement intéresser aussi les collectivités qui n’avaient pas encore décidé de tout faire ou qui ‘avaient contractualisé qu’une première phase de travaux. Dans ces cas, l’arrivée de nouveaux investisseurs privés peut être une solution du moment qu’ils respectent le dossier en termes de temporalité et de complétude.

En fait, ce plan France THD a suscité une certaine cohésion, une forme de solidarité  entre les différents niveaux des collectivités, indispensable pour faire face à un tel défi. L’aménagement numérique ne peut s’envisager seul dans son coin. C’est tout le sens des schémas directeurs d’aménagement numérique des territoires prévus par la loi et c’est ce qui explique que le Plan exige des projets a minima départementaux. Par rapport aux initiatives de SFR, je crois que les collectivités territoriales s’affaibliraient considérablement si elles ne maintenaient pas cette cohésion et cette solidarité face aux opérateurs privés.


Antoine Darodes à propos du projet SFR Fibrer la France et des RIP...

DegroupNews : Potentiellement, quelles régions pourraient être concernées par ce type de réattribution ?

Antoine Darodes : Nous estimons en nombre de lignes que cela puisse concerner entre 1 et 2 millions de foyers et locaux (jusqu’à 3M en cas de forte coordination) en zone d'initiatvie publique. Sans pour autant remettre en cause les équilibres des RIP, ni les investissements et contrats déjà engagés. Il faut protéger l'investissement public et privé, et cela reste la ligne forte sur laquelle nous ne reviendrons pas.

Et nous parlons aussi bien de SFR que d’autres investisseurs privés, y compris Orange. SFR a fait un grand show pour dire son intention de déployer au-delà des zones AMII, mais l’opérateur historique n'est pas en reste. Il propose déjà depuis plusieurs mois aux collectivités de grignoter la zone RIP avec par exemple des conventions de déploiement sur le Territoire de Belfort ou dans les Hautes-Pyrénées.

Mais les collectivités ont exigé dans ces territoires qu’Orange s’engage sur la complétude des déploiements FttH sur les zones concernées afin de ne pas se limiter à une simple préemption des prises les plus rentables en laissant un territoire en lambeaux avec des trous de couverture. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, contrairement à ce qu’on a pu lire parfois, Orange ne s’est pas engagé à un déploiement intégral du département des Hautes-Pyrénées mais procède avec les services du département à une identification des zones, notamment les écarts, pour lesquelles une intervention publique sera encore nécessaire.

Bref, ces nouveaux investissements privés sont un nouveau souffle bienvenu qui va permettre de faire bouger quelques lignes et d’accélérer encore mais sans faire tomber l’édifice du Plan.  Ceci dit, nous ne sommes naïfs, ce n'est pas non plus la panacée... En particulier, pour ne pas lâcher la proie pour l’ombre, il conviendra d’obtenir des opérateurs des engagements de couverture permettant d’avoir des garanties similaires à ce qu’apportait le RIP.

DegroupNews : Quelle est la situation dans le Grand Est ? Il y a quelques jours encore, Salvatore Tuttolomondo indiquait que SFR s’activait sur ce projet en parallèle ?

Antoine Darodes : On peut craindre en effet sur certains territoires des déploiements conflictuels dans les mois à venir, mais on en appelle au dialogue entre SFR et les collectivités. On va surveiller cela de très. On a une situation de mise sous tension des déploiements par SFR qui joue des coudes et veut se faire une plus grosse place en tant qu’investisseur d’infrastructure. C’est assez rationnel comme comportement stratégique. Simplement, il ne faut pas que cela mette en péril l’intérêt général qui est la couverture rapide et complète de l’ensemble du territoire.

Si on laisse faire le marché, on aura des duplications de réseaux FttH là où c’est le plus rentable mais on pénalisera alors l’objectif d’une couverture complète. Sans oublier aussi les problèmes concurrentiels que cela peut poser.

Région Gran EstConcernant spécifiquement le projet du Grand Est, dont la dynamique a été initiée à Strasbourg en avril 2016 par le Ministre de l’Economie de l’époque, je me souviens que jusqu’au mois de juin dernier, SFR le considérait comme l’un des plus beaux projets du Plan et ne manquait pas de louanges à son égard.

Nous considérons également qu’il s’agit d’un projet remarquable tant dans sa forte ambition que dans sa capacité inédite à avoir réussi à mobiliser des investisseurs privés, fonds et banques, nationaux et européens, de premiers plans.  Il n’y a pas de doute sur la qualité de ce projet, qui a bien veillé à se construire en complémentarité des intentions d’investissement des opérateurs privés (pas d’intervention en zone AMII, ni sur les zones de réseaux câblés privés).

Après, concernant le choix de la collectivité d’avoir retenu l’offre proposée par NGE (un des premiers groupes français de travaux publics), Altitude et leurs investisseurs privés, plutôt que le projet d’Altice,  si ce dernier estime avoir été lésé au terme de la procédure, il existe des voies de droit qui sont lui sont ouvertes.

Par ailleurs, en cas de déploiement en parallèle sur une même zone, il appartiendra à l’ARCEP de faire respecter les déploiements avec ce principe de mutualisation définit sur ces zones d’initiative publique. Il faut bien comprendre les difficultés d’un réseau fibre optique en doublon et les surcoûts inutiles. Sans même parler des équipes à former, et du matériel nécessaire (câbles de fibre optique, fourreaux, machines…) pour installer ces infrastructures.

C’est un énorme paquebot. On est passé de 1 million de prises produites en 2014 à 2 millions en 2016, plus de 2,5 millions en 2017 et 3 millions en 2018 ! Si on consacre une partie de cet outil industriel à déployer deux réseaux dans certaines zones, c’est autant de ressources en moins pour les autres territoires.

Plan France THDDegroupNews : Quelle est la position de l’Agence du Numérique sur l’inverse, à savoir des acteurs télécoms des RIP qui voudraient empiéter sur des zones AMII, un peu comme cela s’est passé sur Lille Métropole avec Orange et Covage ?

Antoine Darodes : Nous ne sommes pas fermés, mais à partir du moment où des opérateurs ont déjà pris des engagements de déploiements avec une vraie transparence, ce qui peut faire l’objet d’améliorations, j’en conviens, il n’y a pas de raisons de revenir sur cet engagement. Encore une fois, on a presque un problème de riche.

Mais il faut bien séparer le bon grain de l’ivraie. Que de nombreux acteurs souhaitent déployer des réseaux FttH, c’est bien mais il faut encore savoir ce que signifient leurs intentions (notamment en terme de complétude) et comment ils les conditionnent (co-investissement d’opérateurs tiers par ex).

L’article L33-13 du code des postes et des communications électroniques introduit par la loi pour une République Numérique en octobre 2016 offre aux opérateurs un cadre particulièrement pertinent pour prendre des engagements précis et crédibles au regard des impératifs d’aménagement numérique des territoires.

Bref, le temps est venu de passer des muses à la scène !

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