AVICCA d’automne 2017 : ralentissement de l’accélération du plan France THD

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DEC
2017
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Le colloque de l’AVICCA de fin novembre a permis de faire un point sur le fléchissement de la dynamique ressentie sur les déploiements de la fibre optique en France. Sur fond d’incertitudes, d’hésitations et de tentatives de déstabilisation, il serait temps de fixer un vrai cap.

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AVICCALe point sur le plan France THD, fixe et mobile du dernier colloque de l'AVICCA, a permis de mieux comprendre une situation plus que tendue. Des points de blocages et des hésitations freinent une accélération des déploiements des réseaux numériques sur nos territoires.

Au final, on a retrouvé durant ce TRIP AVICCA d'automne à peu près la même situation qu'en mai dernier sur l'internet fixe. Avec les déploiements FttH qui progressent mais sans accélérer suffisamment :

  • sur les zones très denses, l'objectif de couverture fibre à 100% devrait être atteint, mais c'est le plus facile. Et si sur Paris et Lyon on est à plus de 80% de couverture FttH sur tous les arrondissements, sur Marseille, on est plutôt sous les 50% en moyenne.
  • dans les zones AMII, malgré la mutualisation des réseaux et les co-investissements, atteindre 100% de couverture FttH d'ici fin 2020 semble totalement hors de portée. Patrick Chaize évoquait plutôt du fin 2023 !
  • sur les RIP, les choses sont plus encourageantes, avec tous les dossiers qui devraient être attribués fin 2018. Mais encore une fois, si on peut viser un maximum de couverture fibre pour fin 2025, on ne sera jamais à 100% !

Sur l'ensemble des régions, les 3/4 sont à moins de 25% de couverture FttH des logements et locaux au 30 septembre 2017 !

Comme le rappelait Julien Denormandie, Secrétaire d'État auprès du Ministre de la Cohésion des Territoires :

« il faut accélérer, sinon de 3 à 5 millions de foyers n'auront pas du Très Bon Débit (NDLR : >8 mbps) en 2020 ! »

Pas de repartage des zones AMII et RIP... sauf si !

Que cela soit la FIRIP, l'AVICCA, l'Arcep et surtout Julien Denormandie, qui l'a réaffirmé une nouvelle fois haut et fort :

« Il ne faut pas remettre en cause les zones AMII et RIP qui fonctionnent bien dans la majorité des cas… juste les renforcer »

Bref, a priori, il n'y aura pas de repartage de la zone AMII. Ni de modifications des périmètres des zones d'initiatives publiques. Sauf cas exceptionnels, retards excessifs ou attaques déloyales d'un côté pu d'un autre !

AVICCA et Plan France THDPour les phases conditionnelles ou non encore contractualisées, les collectivités resteront les seules décisionnaires. Elles sont en droit bien entendu de négocier le contrat de déploiement complémentaire de la fibre optique, avec un autre opérateur que celui choisi sur les premières phases. Y compris un OCEN qui déploierait sur fonds propres.

Même si comme le rappelait David El Fassy, Vice-président de la FIRIP, la logique voudrait que la Collectivité discute au préalable avec l'opérateur délégataire des premières phases.

Et toujours en évitant en zone peu denses le doublonnage des réseaux à construire. Un fil rouge à ne pas dépasser, quoiqu'il arrive.

Guerre de tranchées pour la fibre optique

Une prise de position qui fait presque l'unanimité, sauf un intervenant majeur : SFR. Ses déclarations récentes sur une réattribution plus équitable des marchés en zone AMII (80% pour Orange !) ou son arrivée en doublon sur les RIP, ont révélé des faiblesses du plan France THD. Un manque d'encadrement législatif et un besoin de sécuriser les investissements engagés pour le déploiement des réseaux fibre optique sur les zones d'initiative publique.

L'AVICCA a déjà eu échos de plusieurs tentatives de SFR, souvent au niveau désormais des Communautés de Communes, voire directement des communes, pour proposer de fibrer sur ses fonds propres.

David El Fassy,  comme d'autres responsables d'opérateurs d'infrastructures, ont rappelé que les opérateurs de RIP n'iront pas naturellement déployer sur les zones AMII plus denses.

Sauf si :

  • une carence de déploiement des opérateurs est constatée ouvertement par la collectivité. Comme cela s'est passé par exemple sur la MEL ou dans les Hauts-de-Seine en zone AMII.
  • si un opérateur vient chicorer sur un RIP déjà engagé par un contrat.

David El Fassy :

" Si on a des opérateurs qui viennent de but en blanc essayer de nous chicorer sur les zones d'initiative publique, c'est sûr que notre réaction sera très nette. On ira aussi chicorer sur les zones AMII. Ce sera juste de la défense "

Le doublonnage de réseau fibre : il est déjà là !

RIPAlors que tout le monde s'accorde à dire qu'il serait suicidaire et néfaste pour l'ensemble des français et de l'économie de déployer des réseaux fibre optique en double, des brèches sont en train de s'ouvrir.

Et comme le rappelle Patrick Chaize, la situation la plus emblématique est sur l'île de La Réunion, avec même jusqu'à 3 réseaux fibre optique déployés sur certaines communes ! De 10% de doublonnement avant l'été on est passé à 20% sur octobre. Un grand n'importe quoi et un gâchis financier inutile.

D'où l'urgence d'une loi pour sécuriser les investissements engagés sur les RIP et recadrer les opérateurs déloyaux. La PPL de Patrick Chaize semble consituter une base solide applaudi unanimement.

Le raisonnement court-termiste de certaines collectivités est compréhensible. Pour des raisons budgétaires ou les collectivités qui estiment être dans les phases de déploiements tardives, il est facile de céder à l'appel des sirènes de certains opérateurs qui promettent un déploiement sur fonds propre. On parle essentiellement de SFR, mais également d'Orange. Ces deux opérateurs attaquent certains territoires et communes pour passer parfois au-dessus du projet du département ou de la région.

Un comble surtout pour Orange, détenu à 23% par l'Etat. Ce dernier est clairement dans une situation du type " Faites ce que je dis, pas ce que je fais ! ".

Les collectifs mis en cause sur les retards

Un autre mot qui a été très souvent évoqué durant cet AVICCA a été celui des collectifs. Des citoyens et associations qui s'érigent contre l'installation d'infrastructures, de pylônes ou des travaux de génie civil.

Cela peut se justifier par des problèmes d'esthétisme ou de respect de règles architecturales ou d'urbanismes, mais également des inquiétudes sur la santé avec les émissions d'ondes électromagnétiques. En particulier pour les personnes dites électro sensibles.

Difficile dans ces conditions de concilier une couverture mobile à 100% des français ou l'accélération du déploiement de la fibre optique. Cela occasionne des retards, pouvant atteindre plusieurs mois dans certains cas. Du fait parfois d'un seul point de blocage.

Bref, sauf à imposer par la législation ces infrastructures en les qualifiant d'intérêt général et de service publique essentiel, encore un frein supplémentaire pas toujours anticipé.

Sur ce sujet aussi, Julien Denormandie a confirmé avoir présenté dans le projet de loi logement, un bloc sur le numérique avec Jacques Mézard. Il aura notamment pour objectif de faciliter au niveau législatif les déploiements d'infrastructures de réseau numérique. De même, il a indiqué avoir écrit au président d'Enedis. Un courrier afin de trouver des solutions pour accéder plus aisément au génie civil des infrastructures de l'ex-ERDF (souterraines et aériennes). De quoi sérieusement booster les déploiements des réseaux fibre optique et mobile, et à moindre frais.

AVICCA

Vers une pénurie de matières premières : fibre optique et l'humain !

Deux autres éléments qui pourraient freiner le déploiement de la fibre optique en France viennent tout simplement de carences. En personnels formés et en fibre optique elle-même.

Sur ce dernier aspect, il semble que certains opérateurs et acteurs industriels soient déjà dans une logique de stockage. Ils créent potentiellement ainsi un effet de pénurie là où il n'y en aurait peut-être pas eu. Rappelons qu'ACOME, société française, représente environ 50% de la fibre optique fabriquée en Europe.

Sur les besoins en personnels formés pour déployer la fibre optique, là aussi, des solutions sont en cours de mises en place. De nombreuses formations ont été créées, soit directement par les opérateurs ou via la FIRIP. Des actions comme celle initiée par Les Plombiers du Numérique sont aussi à saluer. Et comme suggéré par Etienne Dugas, Président de la FIRIP  à l'Agence du Numérique, quelques campagnes pubs pour orienter les personnes en situations d'insertion et de reconversion vers la filière fibre serait plus que bienvenues.

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