Le réseau mobile passe mal chez vous, alors votre smartphone bascule sur les appels Wi-Fi. C'est pratique, surtout dans les logements où Orange, SFR, Bouygues Telecom ou Free peine à passer correctement.
Mais puisque l'appel transite par votre Wi-Fi, une question se pose : quelqu'un connecté à votre box pourrait-il écouter la conversation ?
En pratique, non. Connaître le mot de passe de votre Wi-Fi ne suffit pas pour espionner vos appels.
La technologie n'est pas pour autant exempte de failles. Plusieurs équipes de chercheurs ont trouvé ces dernières années des problèmes de sécurité dans certains équipements d'opérateurs et certains smartphones.
Être connecté à votre box ne suffit pas pour écouter vos appels
Un appel Wi-Fi ne circule pas en clair sur votre réseau domestique.
Le smartphone établit une connexion sécurisée avec le réseau de l'opérateur via un équipement appelé ePDG (Evolved Packet Data Gateway). Les échanges sont protégés par des tunnels IPsec.
Autrement dit, le système est prévu pour fonctionner même si le réseau Wi-Fi utilisé n'est pas considéré comme totalement fiable. C'est ce qui permet à la VoWiFi, ou appels Wi-Fi, de passer par votre box mais aussi, lorsque le réseau l'autorise, par une connexion Wi-Fi extérieure.
Un voisin ou un colocataire connecté au même Wi-Fi ne peut donc pas simplement lancer un logiciel de capture réseau et récupérer le contenu de vos conversations.
Les failles découvertes par les chercheurs se trouvent ailleurs, notamment au moment où cette connexion sécurisée est mise en place.
Chez 13 opérateurs, les mêmes clés privées étaient réutilisées
En 2024, des chercheurs de l'Université de Vienne, de SBA Research et du CISPA ont étudié les infrastructures VoWiFi de centaines d'opérateurs.
Leurs travaux, présentés à USENIX Security 2024, ont mis en évidence une configuration particulièrement problématique.
Treize opérateurs représentant environ 140 millions d'abonnés sur trois continents utilisaient le même ensemble global de dix clés privées statiques.
Tous les équipements concernés étaient des ZTE ZXUN-ePDG.
Ces clés intervenaient dans l'établissement des connexions sécurisées. Selon les chercheurs, leur connaissance permettait de retrouver les clés partagées utilisées par certaines sessions VoWiFi et d'en compromettre la confidentialité.
La vulnérabilité a été référencée sous le nom CVE-2024-22064. ZTE a depuis publié une version corrigée de son logiciel.
Ce scénario n'a donc pas grand-chose à voir avec quelqu'un assis dans l'appartement voisin avec votre mot de passe Wi-Fi. La faiblesse se trouvait dans une partie de l'infrastructure utilisée par les opérateurs.
Des modems MediaTek pouvaient accepter un chiffrement moins robuste
Les chercheurs ont aussi identifié un problème sur certains modems MediaTek utilisés dans des smartphones.
Lors de l'établissement de la connexion VoWiFi, certains appareils pouvaient être poussés à accepter une méthode cryptographique moins robuste que celle proposée au départ.
L'attaque demandait toutefois bien davantage qu'un accès au réseau Wi-Fi. Il fallait être capable d'intervenir activement dans les échanges entre le smartphone et le réseau.
Cette vulnérabilité porte la référence CVE-2024-20069. MediaTek indique avoir transmis un correctif aux fabricants concernés avant la publication de son bulletin de sécurité.
Le problème venait ici du modem et de la manière dont il gérait la négociation de la connexion VoWiFi, et non d'Android dans son ensemble.
En 2025, 13 autres problèmes ont été repérés sur 21 équipements
Une autre équipe de chercheurs a poursuivi le travail en 2025 avec VWAttacker, une plateforme conçue pour tester les implémentations VoWiFi.
Elle a été utilisée sur 21 équipements à travers 1 116 scénarios de test. Les chercheurs ont relevé 13 problèmes de sécurité différents.
Certains appareils acceptaient encore des algorithmes ou des paramètres cryptographiques trop faibles. Dans certains cas, cela pouvait conduire à une connexion moins bien protégée ou exposer certaines informations sur l'utilisateur.
Ces résultats montrent surtout à quel point la VoWiFi dépend de plusieurs éléments à la fois : le smartphone, son modem et les équipements de l'opérateur doivent tous appliquer correctement les mécanismes de sécurité prévus.
Faut-il désactiver les appels Wi-Fi ?
Pour la grande majorité des utilisateurs, non.
Les études citées ici ne montrent pas qu'une personne connectée à votre box peut facilement écouter vos conversations. Les attaques documentées nécessitent des conditions techniques beaucoup plus particulières.
Les deux vulnérabilités de 2024 évoquées dans cet article ont par ailleurs fait l'objet de correctifs côté ZTE et MediaTek.
Le meilleur réflexe reste donc assez banal : installer les mises à jour de sécurité de son smartphone.
Et si les appels Wi-Fi sont indispensables chez vous parce que le réseau mobile passe mal, cela peut aussi valoir le coup de vérifier la couverture des autres opérateurs.
Notre test de couverture mobile à l'adresse permet de comparer Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free autour de votre domicile. Notre carte des antennes 4G et 5G permet également de voir quels réseaux sont déployés à proximité.
Partager son Wi-Fi avec un voisin ne lui donne donc pas, à lui seul, la possibilité d'écouter vos appels. Les failles identifiées par les chercheurs concernent des mécanismes beaucoup plus profonds dans la chaîne VoWiFi.