Un chantier de raccordement à la fibre optique a pris une tournure inattendue dans le Calvados. En creusant une tranchée destinée au réseau Très Haut Débit, des ouvriers ont découvert des dizaines de munitions datant de la Seconde Guerre mondiale, rapporte Ici Normandie. Une trouvaille spectaculaire, mais pas totalement isolée : entre animaux égarés, vestiges archéologiques et souterrains oubliés, le déploiement de la fibre réserve parfois de drôles de surprises.
Dans le Calvados, la fibre déterre 75 munitions
La journée avait pourtant commencé comme beaucoup d'autres pour cette équipe chargée de poursuivre le déploiement de la fibre optique dans une commune du Calvados. L'objectif était simplement de creuser une tranchée afin d'y installer les fourreaux destinés aux futurs câbles.
Mais les travaux ont été interrompus après la découverte d'un engin explosif enfoui dans le sol. Les techniciens ont aussitôt stoppé le chantier et alerté les autorités.
La gendarmerie et les services de déminage ont sécurisé le périmètre. Et en inspectant la zone, ils ne sont pas tombés sur une seule munition, mais sur un ensemble bien plus conséquent.
Au total, 75 bombes, obus et autres engins datant de la Seconde Guerre mondiale ont été retrouvés sous terre. Certaines munitions étaient encore potentiellement dangereuses, plus de 80 ans après la bataille de Normandie.
Le chantier de fibre s'est donc transformé en opération de déminage. Le raccordement des habitants devra attendre, mais les travaux auront au moins permis de neutraliser un danger oublié sous leurs pieds depuis plusieurs décennies.
Pourquoi les chantiers de fibre réservent-ils autant de surprises ?
Le déploiement de la fibre ne consiste pas uniquement à accrocher de nouveaux câbles sur des poteaux. Les techniciens doivent aussi ouvrir des chambres souterraines, réutiliser d'anciens fourreaux du réseau téléphonique ou creuser de nouvelles tranchées.
Certaines installations n'ont pas été ouvertes depuis plusieurs dizaines d'années. D'autres traversent des rues anciennes, des terrains ruraux ou des secteurs marqués par l'histoire. Les équipes télécoms peuvent donc tomber sur bien autre chose que du cuivre ou des câbles optiques.
Un drôle de squatteur au milieu des câbles télécoms
En mai 2021, à Pacé, près de Rennes, des techniciens venus raccorder un abonné ont ouvert une armoire de rue. Ils s'attendaient à y retrouver des connecteurs et des jarretières optiques. Ils ont découvert à la place un boa constricteur d'environ 1,20 mètre.
Le reptile, échappé de chez son propriétaire, avait trouvé refuge dans l'armoire télécom, visiblement assez calme et chaude pour lui servir de cachette.
Les techniciens ont dû appeler les pompiers avant de reprendre leur intervention. Une panne de fibre avec un serpent dans l'armoire : même le service client le plus imaginatif aurait eu du mal à prévoir ce scénario.
Des ossements découverts sous une rue d'Auxerre
À Auxerre, les travaux de passage de la fibre ont également pris une tournure inattendue à l'automne 2020.
Alors que des ouvriers réalisaient des travaux de terrassement dans une rue, ils ont mis au jour des ossements humains. Le chantier a été suspendu afin de laisser la place aux spécialistes de l'Institut national de recherches archéologiques préventives.
Les investigations ont révélé une ancienne nécropole datant du Haut Moyen Âge. Une quinzaine de sépultures se trouvaient sous la chaussée, oubliées depuis plusieurs siècles.
La fibre devait connecter les habitants au réseau du XXIe siècle. Elle aura d’abord fait ressurgir une partie de l'histoire médiévale de la ville.
Des sous-sols parisiens pas toujours aussi vides qu'ils en ont l’air
À Paris, l'entretien des réseaux télécoms conduit les techniciens dans un vaste dédale de galeries, de chambres techniques et de souterrains.
Ces espaces peuvent croiser d'anciennes carrières ou se trouver près du réseau non officiel des catacombes, fréquenté par les cataphiles. C'est ainsi que des techniciens ont mis au jour des accès clandestins sciés menant directement au réseau non officiel des catacombes.
Certains passionnés avaient même profité du réseau électrique et télécom pour aménager de véritables pièces de vie et salles de projection sous la capitale, comme lors de la célèbre découverte sous le Trocadéro en 2004.
Quand les anciennes installations deviennent des capsules temporelles
L'arrivée de la fibre oblige aussi les techniciens à rouvrir de vieilles chambres de tirage autrefois utilisées pour le réseau en cuivre.
Certaines n'ont pas été visitées depuis les grands travaux des PTT dans les années 1970 ou 1980. Leur ouverture peut révéler des objets abandonnés depuis des décennies : anciens emballages, journaux, outils, bouteilles, mais aussi des messages laissés par les équipes de l'époque, comme autant de capsules temporelles.
Ces trouvailles rappellent que la fibre prend la suite d’un réseau entretenu par plusieurs générations de techniciens.
Maxime Blondet
Responsable éditorial DegroupTest